OPINION. « Ne dramatisons pas la baisse des naissances ! », par Hippolyte d’Albis, vice-président du Cercle des économistes
La baisse des natalités en France n’est pas une calamité, assure Hippolyte d’Albis, vice-président du Cercle des économistes. Laissons de côté les classiques politiques de relance et mettons l’accent sur l’insertion des jeunes générations et l’activité des personnes d’âge actif, propose ce professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Hippolyte d’Albis
La baisse des natalités en France n’est pas une calamité, assure Hippolyte d’Albis, vice-président du Cercle des économistes.
La publication cette semaine par l'Insee du nombre des naissances recensées en 2024 a donné lieu aux habituels et unanimes commentaires déplorant la diminution de la fécondité en France. En quelques mots, l'argumentaire repose sur l'idée que les naissances étant insuffisantes pour renouveler les générations, notre système de protection sociale serait en danger et notre économie serait vouée à stagner. Nous deviendrions « vieux », qualificatif qui aujourd'hui est systématiquement perçu comme péjoratif et nécessairement associé à l'image du déclin.
Pour se convaincre que la baisse du nombre de naissances n'est pas nécessairement une catastrophe, essayons tout d'abord de nous représenter le scénario inverse. Supposons un moment que 2024 ait été une année avec un boom des naissances avec non pas 660 000 nouveau-nés mais, mettons, 800 000 comme il y a 15 ans.
Comment ferions-nous avec notre déficit apparemment irréductible, nos services publics exsangues et notre difficulté à adopter une loi de finance pour accueillir convenablement dans nos maternités, nos services à la petite enfance et, ensuite, notre système éducatif toutes ces petites personnes supplémentaires ? La réalité est peut-être cruelle mais elle oblige à admettre que nous n'aurions pas été prêts et que c'est dans ce scénario que la catastrophe aurait été patente.
On peut pinailler sur l'intervalle exact, mais si l'on retient en première approximation que les âges actifs sont compris entre 25 et 64 ans, la proportion est actuellement de 49 %.
La baisse continue des naissances depuis 2010 offre donc plutôt un bol d'air à court terme, qui se traduit par exemple par une diminution du nombre d'élèves par classe, mais il est légitime de se demander si cette évolution peut « à terme » avoir des conséquences négatives. En matière économique et de finances publiques, l'indicateur démographique pertinent est la proportion de personnes d'âge actif dans l'ensemble de la population.
Ce sont en effet elles qui produisent les biens et services que tous consomment et qui majoritairement financent la protection sociale. On peut pinailler sur l'intervalle exact, mais si l'on retient en première approximation que les âges actifs sont compris entre 25 et 64 ans, la proportion est actuellement de 49 %.
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Il est probable qu'elle se dégrade de 2 points d'ici 2033 du fait du passage à la retraite des générations nombreuses nées dans les années 1960 mais elle serait ensuite relativement stable. Ceci s'explique par le fait que les moindres naissances que nous constatons depuis quinze ans atteindront les âges actifs au moment où les générations moins nombreuses des années 1970 les quitteront.
Le moment crucial concerne donc les dix prochaines années, pendant lesquelles la proportion d'actifs va se dégrader. Cet horizon implique que toute politique de relance de la natalité est peu efficace car ses effets éventuels sur le marché du travail ne se matérialisent au mieux que vingt ans plus tard. Il faut donc agir différemment. Tout d'abord, en favorisant l'activité des personnes d'âge actif.
Pour les seniors, bien sûr, en poursuivant la reprise entamée depuis la fin des années 1990, mais également pour les femmes dont le taux d'activité entre 25 et 50 ans reste inférieur de plus de 8 points de pourcentage à celui des hommes. Il est, ensuite, crucial d'améliorer les compétences et l'insertion des jeunes générations. La protection sociale, dont nous fêterons les 80 ans cette année, est un trésor qui peut résister au vieillissement des baby-boomers si les générations suivantes sont mieux formées et travaillent un peu plus, pas en se disant qu'il « suffit » de relancer la natalité.