En cas d’empêchement judiciaire pour Marine Le Pen, Jordan Bardella serait, de facto, le candidat présidentiel de substitution du RN. Un scénario qui fait grincer quelques dents au parti, malgré la grande popularité de l’intéressé.
Jules Pecnard
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Marine Le Pen et Jordan Bardella au palais de l'Élysée le 26 août 2024 lors de la consultation par Emmanuel Macron des présidents des groupes politiques et des chefs de partis concernant la nomination du futur premier ministre.
LTD/ALAIN GUILHOT
Surtout ne rien laisser paraître. Le 8 mars, à Valenciennes, Sébastien Chenu passe six heures sur un tabouret au côté de Jordan Bardella. Le président du Rassemblement national est venu effectuer une de ses séances de dédicaces où affluent des centaines de personnes. Cela fait quatre mois tout rond que ses Mémoires, Ce que je cherche, sont parus chez Fayard et font un tabac - plus de 206 000 exemplaires vendus.
Derrière l'événement commercial, c'est une réconciliation politique qui est mise en scène ce jour-là dans la sous-préfecture du Nord, voisine du fief de Sébastien Chenu. À l'automne, ce dernier s'était répandu en allusions narquoises sur le contenu du livre, jugé simplet. Vexé, Jordan Bardella avait profité d'une réunion de députés pour - fait rare - morigéner le vice-président du RN devant témoins.
Désormais, sans envisager de partir en vacances avec le jeune leader d'extrême droite, l'ancien UMP soupèse ses mots. Le calendrier judiciaire de Marine Le Pen y est pour quelque chose. Au-delà des considérations hiérarchiques, « l'entourage de Sébastien se demande à quelle sauce il va être mangé si jamais la patronne est empêchée », décrypte un ami de l'élu de Denain.
L'interrogation taraude une partie de la galaxie frontiste depuis des mois. Dès les réquisitions du parquet de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Front national, une hypothèse s'est matérialisée : l'impossibilité pour la fille de Jean-Marie Le Pen d'être sur un bulletin de vote lors de la prochaine présidentielle.
La meilleure, c'est Marine. C'est elle qui est prête.
Dans la logique du « ticket » mis en place avec Jordan Bardella, l'idée du remplacement de l'une par l'autre a percolé dans les cerveaux plus vite que prévu. « Il y a une évidence derrière l'équation "plan B, plan Bardella", rappelle un député Rassemblement national de poids, mais la meilleure, c'est Marine. C'est elle qui est prête. » Par déduction, lui ne le serait pas ? Le partage des rôles reste le même depuis les législatives de 2024 : Bardella à Matignon, Le Pen à l'Élysée. On se souvient des carences qui ont privé le premier de son objectif. « On a perdu parce qu'on a donné le sentiment de ne pas être prêts, résume une tête pensante lepéniste. Là, il nous faut des ministres à dévoiler. »
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