LA TRIBUNE DIMANCHE — Les informations sur l'état de santé de Boualem Sansal sont confuses. Pouvez-vous nous dire comment il va ?
NOËLLE LENOIR — Pour être franche, c'est le trou noir. Il a entamé une grève de la faim et il aurait refusé ses traitements contre le cancer dont il souffre. Voilà une semaine, il a réagi de manière extrêmement forte quand des émissaires du gouvernement sont venus lui demander de remplacer son avocat français sous prétexte que celui-ci était juif. Sa réaction aurait été de déconstituer ses avocats algériens commis d'office et d'entamer une grève de la faim. Dans une interview au journal El Watan, le bâtonnier d'Alger récuse ces informations et affirme que Boualem Sansal aurait révoqué tous ses avocats, y compris son conseil français, pour se défendre seul. Le comité de soutien n'accorde aucune crédibilité à ces propos. Nous sommes en tout cas inquiets. Se lancer dans une grève de la faim est un ultime acte de résistance, mais exprime aussi du désespoir.
Boualem Sansal ne se retrouve-t-il pas otage de la dégradation des relations entre l'Algérie et la France ?
Les médias algériens évoquent de supposées divisions internes en France et présentent notre pays comme décadent. C'est inacceptable. Nous ne mélangeons cependant absolument pas le peuple algérien et son gouvernement qui fait régner un régime de terreur. D'ailleurs, nous comprenons que beaucoup d'Algériens se soient émus de découvrir, au détour des polémiques autour de la détention de Boualem Sansal, les privilèges dont jouissent les notables du régime.