SONDAGE MUNICIPALES EXCLUSIF. Rachida Dati en tête, la gauche divisée
Ludovic Vigogne

Sondage Elabe pour BFM TV et La Tribune Dimanche - Intentions de vote Elections municipales 2026.
LTD/Alessandro SAFFO-SIME / Only France via AFP
Ludovic Vigogne

Sondage Elabe pour BFM TV et La Tribune Dimanche - Intentions de vote Elections municipales 2026.
LTD/Alessandro SAFFO-SIME / Only France via AFP
Après un quart de siècle de règne socialiste sur Paris, une page s'apprête-t‑elle à être tournée ? À neuf mois des prochaines élections municipales, le PS apparaît en effet doublement menacé, selon le sondage réalisé par l'institut Elabe pour La Tribune Dimanche et BFMTV. Si l'élection avait lieu dimanche, il le serait par Rachida Dati, qui arriverait très largement en tête du premier tour. Mais il le serait aussi au sein de la gauche, puisque l'ordre d'arrivée s'y annonce très incertain.
En 2020, à l'issue de son premier mandat, Anne Hidalgo s'était classée très largement en tête. Avec 29 % des voix, elle devançait très largement au soir du premier tour Les Écologistes, conduits par David Belliard (11 %), et La France insoumise, menée par Danielle Simonnet (5 %). Cette fois, alors que la successeure de Bertrand Delanoë a décidé de ne pas se représenter, les socialistes apparaissent en grand danger et le premier tour pourrait par ricochet jouer le rôle de primaire pour départager les forces de gauche.
➡️ Retrouvez l'étude complète ici : Intentions de vote élections municipales 2026 Paris - Sondage Elabe pour BFM TV et La Tribune Dimanche
Le 30 juin, les adhérents PS de la capitale désigneront entre Emmanuel Grégoire, ex-premier adjoint d'Anne Hidalgo, élu en juin 2024 député, et Rémi Féraud, président du groupe Paris en commun au Conseil de Paris, et sénateur, celui qui portera leurs couleurs en mars prochain. Dans notre enquête, tous deux enregistrent des scores très faibles, qui ne leur garantissent pas d'arriver en tête à gauche.
« Il y a une fragilité des héritiers du PS, conclut Bernard Sananès, le président d'Elabe. Être issu du camp de la maire n'apporte pas de dynamique. » Dans le détail, Emmanuel Grégoire ferait néanmoins légèrement mieux que Rémi Féraud. Si l'ex-député Horizons Pierre-Yves Bournazel était candidat, il obtiendrait 16 %, et s'il ne l'était pas, 19 %. Bénéficiant d'une notoriété très faible, Rémi Féraud, lui, récolterait seulement 14 % ou 15 %.
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Le PS se retrouve ainsi très sérieusement menacé d'être devancé dans la capitale par Les Écologistes. De nouveau en lice, David Belliard récolterait entre 17 et 22 % selon les cas. L'adjoint à l'Hôtel de Ville chargé des transports et de la mobilité depuis six ans écraserait notamment largement Rémi Féraud. « C'est une critique en creux du bilan d'Anne Hidalgo en matière d'écologie puisque les deux dépositaires officiels de celui-ci sont, presque dans toutes les hypothèses, devancés », explique Bernard Sananès.
Les Insoumis connaissent également de leur côté une vraie dynamique. La députée de l'Est parisien Sophia Chikirou décrocherait entre 14 et 17 % et triplerait ainsi le score de son camp en 2020. Lors des européennes de l'an passé, LFI avait déjà réalisé un très bon score dans la capitale avec 17 %. Si le mode de scrutin n'est pas entre-temps modifié, le camp Mélenchon pourrait dans certains arrondissements provoquer des triangulaires très dangereuses pour la gauche.
Au nom de la droite et du centre, Rachida Dati arrive, elle, très largement en tête avec un résultat, variant selon les scénarios, entre 28 et 34 %. « Un tel niveau peut créer une dynamique de vote utile en sa faveur alors qu'il y aura une vraie envie d'alternance », avance Bernard Sananès. Dans l'hypothèse où Pierre-Yves Bournazel serait sur la ligne de départ, celui-ci la priverait néanmoins d'une partie du vote macroniste (un électeur sur cinq), obtenant 7 ou 8 %.
Le candidat Horizons souffre notamment d'une notoriété faible. De son côté, si la ministre de la Culture clive, comme le montre son niveau élevé d'image négative (54 %), elle bénéficie d'une opinion largement favorable au sein du socle commun : 64 % chez les électeurs Renaissance-Horizons-MoDem du premier tour des législatives de 2024 et 60 % chez ceux de LR.
« L'enjeu pour Rachida Dati sera de mener une campagne qui lui permette de faire le plein au centre sans laisser trop d'espace à droite », indique Bernard Sananès. Sur ce flanc, l'offre sera en effet cette fois très différente par rapport aux précédentes municipales, où la liste du Rassemblement national avait récolté 1 %. L'extrême droite pourrait être doublement représentée, d'une part avec le RN Thierry Mariani, qui rassemblerait 7 à 8 %, et d'autre part avec la députée européenne Sarah Knafo, qui engrangerait 5 à 6 %.
L'un comme l'autre profitent notamment de leur forte notoriété due à leur présence au niveau national. Cette poussée électorale confirmerait la tendance déjà observée il y a un an aux européennes, où la liste Bardella avait obtenu 9 % et la liste zemmouriste conduite par Marion Maréchal, 6 %.
Sur le papier, les priorités que les Parisiens souhaitent demain voir traitées par le successeur d'Anne Hidalgo servent plutôt Rachida Dati, puisqu'il s'agit de la sécurité et de la propreté, deux thèmes sur lesquels l'équipe sortante est en difficulté. À gauche, c'est le logement qui est la priorité.
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Le clivage gauche/droite se retrouve aussi géographiquement et sociologiquement. « Rachida Dati fait 50 % dans l'Ouest et le total de toute la gauche est de 55 % dans l'Est, note Bernard Sananès. Cette ligne de fracture Est/Ouest se retrouve évidemment dans l'analyse par classe d'âge. Rachida Dati serait largement en tête auprès des retraités alors que la gauche dominerait auprès des moins de 50 ans. »
Ludovic Vigogne