Un dispositif mis en place par la Mutualité sociale agricole (MSA) vient en aide aux exploitants, qui présentent un risque de suicide 40 % plus élevé que le reste de la population active.Il y a près d'un an, Jérôme a failli en finir avec la vie. Éleveur bovin installé dans le Tarn, cet homme de 46 ans gère une exploitation agricole de 200 hectares où il a succédé à ses parents. Depuis toujours, il travaille dès 6 heures du matin jusqu'à la tombée de la nuit, trois cent soixante-cinq jours par an, sans jamais prendre de vacances.
Submergé par les problèmes financiers, l'épuisement, une guerre ouverte avec son ex-compagne, il broie du noir à longueur de journée, ne dort plus la nuit. « On fait un métier tellement difficile que quand, en plus, votre vie personnelle, familiale, s'écroule, vous perdez pied. Parfois, je partais à pied et je marchais jusqu'au cimetière, confie-t-il aujourd'hui. Je ne savais pas quoi faire pour m'en sortir. »
Un soir, il songe vraiment à passer à l'acte. Tout est prêt. Une dernière pensée pour ses deux enfants va l'empêcher de se tuer. C'est un ami, à qui il va enfin se confier, qui va, assure-t-il aujourd'hui, lui « sauver la vie ». Ce voisin de 35 ans, éleveur lui aussi, lui confie suivre depuis plusieurs mois une thérapie d'un genre spécial, dans le cadre d'un dispositif mis en place par la Mutualité sociale agricole (MSA), le régime de protection sociale obligatoire des personnes salariées et non salariées des professions agricoles. Une confidence rare dans un monde où recourir à un ou une thérapeute demeure largement tabou, voire impensable.
« Ici, quand vous demandez aux gens comment ils vont, ils vous répondent toujours "ça va", sourit Ivona Artus, psychologue installée dans le village de Naucelle, dans l'Aveyron. Ils ne se plaignent jamais. Les hypocondriaques, vous n'en croisez pas, Il faut au contraire toujours prétendre qu'on va bien, se montrer fort, sans quoi cela peut être interprété négativement. » Même la maladie grave est vue comme une preuve de faiblesse dont il ne faudrait pas parler. Il n'est pas rare que les personnes concernées par le dispositif n'aient pas consulté de médecin depuis au moins dix ans...