UN ÉTÉ AVEC SOCIETY – Pendant la soirée du 31 décembre1978, la jeune pharmacienne Danielle Judic s’évapore sans laisser de traces sur l’île bretonne de Belle-Île-en-Mer. Quarante-six ans plus tard, le mystère demeure. Mais les hypothèses sont nombreuses.Il reste quelques photos en noir et blanc. Une jeune femme au visage rond, presque enfantin, qui prend la pose, le regard sombre, encadré de longs cheveux châtain. À la coiffure, au haut de la robe, on devine un style bohème à la Janis Joplin. En plus de ces quelques images demeurent surtout une énigme, des rumeurs en pagaille. Danielle Judic était la pharmacienne du Palais, la plus grande commune de Belle-Île-en-Mer. Elle a disparu, avec sa voiture et sans laisser de traces, le dernier jour de l'année 1978. Évaporée un soir de réveillon sur cette île de 85 kilomètres carrés de lande et de falaises.
Originaire de la région nantaise, Danielle était arrivée quelques années plus tôt, au milieu des années 1970. À tout juste 25 ans, elle avait racheté la pharmacie du bourg du Palais, à quelques rues du port aux façades colorées. Belle-Île, à l'époque, est difficilement accessible. Mais ses côtes déchiquetées, ses immenses étendues de sable blanc, ses criques aux eaux turquoise lovées dans les falaises de schiste attirent une jeunesse en quête de liberté et d'expériences. L'été, des jeunes des grandes villes viennent camper sur les plages. La drogue circule.
Ancien maire du Palais, Serge Albagnac, arrivé à peu près à la même époque de Toulouse pour prendre le poste d'instituteur dans le village de Bangor, l'une des quatre communes de l'île, se souvient du sentiment de liberté mêlé à celui d'impunité qui régnait alors. « On buvait, on fumait, on conduisait sans ceinture. Et il y avait un parfum de drogue, comme il y en a toujours eu à Belle-Île. » La drogue arrive par bateau : des cargaisons tombent à proximité de la côte, qu'un plongeur viendra récupérer plus tard.
Par Sophie Tardy-Joubert et Billie Bernard, à Belle-île-en mer