Bernard Thibault (CGT) : "S'unir pour résister et promouvoir le progrès social"

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Mercredi 3 décembre, près de 20 millions de Français, salariés et employeurs, sont appelés à élire leurs conseillers prud'homaux. Alors que les relations sociales se tendent sous l'impact de la crise économique et que vont entrer en vigueur les nouvelles règles de la représentativité syndicale, La Tribune a demandé aux leaders de six organisations de salariés de nous dire quel rôle doit jouer le syndicalisme aujourd'hui. La réponse de Bernard Thibault (CGT).

Comme à ses origines, le syndicat est une association volontaire d'hommes et de femmes d'horizons et de sensibilités divers qui décident de défendre ensemble leurs intérêts face à leur employeur public ou privé. Le syndicalisme d'aujourd'hui est l'héritier de plus de cent cinquante ans de luttes sociales qui ont démontré la validité de cette conception : s'unir pour résister et au-delà pour promouvoir le progrès social. Le syndicalisme doit conjuguer ces deux aspects complémentaires de son rôle dans un contexte transformé par la place nouvelle de l'individu dans la société. Il doit le faire dans une société plus complexe, au milieu d'un salariat éclaté et diversifié et dans le cadre d'une mondialisation qui met en concurrence les salariés à l'échelle mondiale.

Le syndicalisme doit relever trois grands défis. Le premier est de transformer l'intérêt des jeunes en engagement en son sein. La CGT attire autour de 40 % des jeunes de moins de 35 ans, ce qui lui donne une responsabilité éminente dans le renouvellement des forces syndicales. L'attrait des jeunes pour le syndicalisme se joue dans sa capacité à s'opposer à la régression des droits des salariés mais aussi de formuler des propositions innovantes. Ainsi, la sécurité sociale professionnelle, proposée par la CGT, ne peut plus être ignorée, tant elle répond aux attentes des salariés, des jeunes en particulier. Elle vient même d'entrer de plain-pied dans le langage présidentiel qui tente d'en détourner le sens.

Le second défi est celui de la division syndicale chronique qui handicape sa capacité d'action et brouille souvent ses objectifs. La CGT a avancé le concept de syndicalisme rassemblé. Il se heurte à des stratégies syndicales fondées sur la pérennisation d'appareils syndicaux qui campent sur des critères de représentativité obsolètes (ceux qui avaient été institués pour contourner il y a plus de quarante ans le poids de la CGT). Les règles nouvelles de représentativité qui sont issues de la négociation patronat-syndicats de janvier 2008 et de la loi adoptée en juillet s'inspirent des revendications de la CGT et de la CFDT. Elles contribueront à enrayer l'émiettement syndical qui affaiblit les salariés face aux employeurs.

Le troisième défi est que le syndicalisme doit pouvoir disposer de réels moyens d'intervention à tous les niveaux de décision, depuis l'entreprise jusqu'au niveau mondial. L'unification opérée dans la Confédération syndicale internationale (CSI), qui a permis d'organiser le 7 octobre une première journée d'action mondiale en faveur du travail décent, préfigure la place nouvelle que les syndicats doivent prendre dans les rapports économiques et sociaux qui vont émerger de la crise actuelle. La CGT s'investit fortement dans la Confédération européenne des syndicats (CES) et dans la CSI et souhaite que le syndicalisme exige un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salaires et une harmonisation par le haut des normes pour contrer le dumping social et environnemental.

La capacité du syndicalisme à être réellement un acteur des transformations sociales dépend de la réponse à ces défis dans un contexte de crise économique qui appelle à repenser le système économique en profondeur. Le syndicalisme dispose d'atouts pour relever ces défis : il représente un espoir comme en attestent les enquêtes d'opinion et il a amorcé au niveau international son unification. Le syndicalisme appréhende mieux aujourd'hui les nouvelles données du contexte économique et social et coopère avec de nouveaux acteurs sociaux comme les ONG sur différents thèmes comme la faim dans le monde, les droits de l'homme, l'environnement. C'est ce qui lui permet d'être présent sur des questions majeures comme le changement climatique et plus largement le développement durable. Reste une hypothèque lourde à lever : au-delà des déclarations de principe, l'Etat doit garantir partout en France l'exercice effectif des libertés syndicales, libertés constitutionnelles trop souvent bafouées dans les entreprises.

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