"My tailor is not rich"

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Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

Alistair Darling, le chancelier de l'Échiquier, va vivre aujourd'hui des heures éprouvantes. C'est à lui que revient le triste privilège de présenter le projet de budget le plus lourdement déficitaire de l'histoire britannique en temps de paix. Les estimations tournent autour d'un déficit équivalent à 12 % du produit intérieur brut pour les exercices 2009-2010 et 2010-2011. Et dire que, de l'autre côté de la Manche, les États de la zone euro ont l'impression de commettre des transgressions inouïes parce que leurs déficits publics flirtent avec les 5 % du PIB !
L'inquiétude est palpable en Grande-Bretagne tant va être compliquée l'équation budgétaire. Il va s'agir, en pleine récession, de commencer à réduire les dépenses publiques, sans pour autant pénaliser les ménages. Contrairement à ce que pourrait laisser penser son gonflement spectaculaire, le chiffre du déficit ne résulte pas des mesures de relance de l'activité prises par Gordon Brown. À l'exception d'une seule, la baisse de 2 points de la TVA qui est entrée en vigueur en décembre.
La plupart des économistes ? plus Nicolas Sarkozy, toujours bon camarade ? critiquent cette décision, extrêmement coûteuse pour le Trésor, et dont les effets sur les prix se perdent, aux yeux des consommateurs, au milieu des rabais de 15 %, 20 % ou 30 % consentis par tous les commerçants du royaume. Tout juste peut-on constater que la consommation des ménages britanniques a jusqu'ici plutôt bien résisté, largement soutenue, il est vrai, par des taux d'intérêt proches de zéro (dans une nation endettée à taux variables, le bol d'air est considérable).
Outre le manque à gagner sur la TVA, le déficit public est causé par deux facteurs : la baisse des revenus de la City et l'effondrement des transactions immobilières. Les deux mamelles du modèle britannique des quinze dernières années se sont taries en même temps. Car, comme le soulignait hier une grande enquête du "Financial Times" intitulée "Another country ?" (un autre pays ?), la part des services financiers a énormément augmenté dans le produit national ? mais pas dans l'emploi, dont la City ne représentait que 1 %. Les profits des institutions financières ont fondu, et les impôts avec. De même, l'arrêt du marché immobilier et la baisse des prix ont réduit d'autant les droits de mutation. Privé de recettes, l'État n'a plus qu'à espérer que son crédit international est préservé. Pour emprunter, c'est préférable.

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