Pour une véritable éthique de la responsabilité

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A l'initiative de l'Association Ethic (1), l'Euro-China Centre for Leadership and Responsibility (Ecclar) (2) à Shanghai et le Global Ethics Forum Association (3) organisent les 2 et 3 juillet au Palais des nations, à Genève, le Global Ethics Forum. Plus de 400 responsables (entreprises, gouvernements, ONG...) de plus de vingt-cinq pays vont débattre du rapport mis à mal par la crise entre éthique et entreprise, rappelle Henri-Claude de Bettignies, professeur titulaire de la chaire de l'Union européenne à la China Europe International Business School (CEIBS), professeur émérite à l'Insead et directeur d'Ecclar à Shanghaï.

L'effondrement du système financier et ses conséquences planétaires, les scandales à la Enron (ou Madoff !), deviennent le carburant d'une puissante machine à remettre en cause - voire à tenter de détruire - le modèle capitaliste dominant et sa priorité accordée à la rétribution de l'actionnaire. Le climat change, les ressources naturelles se raréfient, l'écart riches-pauvres s'accroît, le nombre des exclus grandit, autant de symptômes interprétés comme porteurs de la probabilité du suicide de notre planète.

L'entreprise - institution la plus créatrice de valeur (par ses produits ou ses services, ses emplois et son innovation, ses impôts, son mécénat) - est identifiée comme le vilain, par ses externalités négatives et par l'obsession de croissance et de profit de ses dirigeants. En fait, sa finalité est remise en cause. Les valeurs qui sont la trame sur laquelle elle tisse sa stratégie sont contestées, ses priorités discutées, l'obsession des gains de productivité, de la réduction des coûts, de la flexibilité est remise en question. La crise actuelle a donné des vitamines à la contestation, dissolvant la confiance dans les dirigeants (leur rémunération est jugée obscène) et pouvant conduire la société à retirer la permission d'opérer à l'entrepreneur (comme on le voit, pour de bonnes raisons, en Chine).

Cette remise en question des valeurs soutenant le paradigme dominant a contribué à la notoriété progressive des concepts de responsabilité sociale de l'entreprise (RSE), d'entreprise citoyenne, d'innovation sociale avec l'essor du développement durable. Pour les sceptiques, ces approches ne sont au mieux que des rustines pour réparer un système usé par les scandales, accidents et mauvais exemples, par l'appât du gain et l'irresponsabilité d'une élite managériale plus soucieuse de maximiser le retour sur investissement, les bonus et options qu'attentive au développement d'un leadership responsable. Pour d'autres, pire, la RSE n'est qu'un réarrangement des chaises sur le pont du Titanic, effort de relations publiques utilisé comme cosmétique sans être véritablement intégré dans la stratégie de l'entreprise.

Les démarches de RSE, les entrepreneurs sociaux réussissant l'innovation sociale sont l'illustration de "valeurs" mises en pratique, d'éthique de la responsabilité par des leaders responsables qui alignent leur action sur leurs paroles, elles-mêmes reflétant leurs valeurs. Il convient donc dans le climat d'incertitude actuel de faire le point sur l'application d'une éthique de la responsabilité dans l'entreprise et dans la société, non seulement parmi les dirigeants d'entreprise mais aussi chez les autres acteurs de la société, en Europe mais également à travers le monde.

L'objectif du forum de Genève des 2 et 3 juillet vise, dans une perspective éthique - au sein de laquelle la Chine recevra autant d'attention que les Etats-Unis ou l'Europe -, à examiner comment, en période de crise, la responsabilité sociale est intégrée dans les stratégies et les pratiques des entreprises à travers le monde, en mettant l'accent à la fois sur l'innovation sociale et sur le rôle des "business schools" dans le développement de leaders responsables. Pour enrichir cette réflexion, trois dimensions seront explorées au cours d'exposés-débats, de tables rondes et d'ateliers : les stratégies et pratiques de RSE (quand le contrôle des coûts devient essentiel) ; le challenge posé par la création et la gestion d'entreprises sociales (quand le soutien réel est souvent loin des mots qui les encouragent) ; l'utilisation d'un nouveau paradigme développé par plusieurs "business schools" pour modifier les modèles implicites des dirigeants.

Le forum rassemblera des CEO, des universitaires en provenance des Etats-Unis (Harvard, Yale, Darden, Aspen Institute), d'Europe (Insead, Essec, Pompeu Fabra), de Chine (CEIBS, université Jiaotong), d'Afrique (université de Pretoria), et des représentants d'organisations de la société civile actifs dans le domaine de l'éthique et de la RSE.

Comme il s'agira moins de faire un diagnostic de la situation et des problèmes qu'elle pose, que d'explorer le résultat d'initiatives (d'entreprises ou individuelles) de responsabilité et d'innovation sociale, un éventail d'exemples concrets sera présenté et discuté. Le forum permettra de mieux comprendre l'articulation entre les valeurs des leaders et les stratégies de RSE, à une époque où l'on perçoit bien la faim de valeurs autour desquelles pourrait s'organiser concrètement la responsabilité sociale, surtout lorsque la tentation de la sortir des priorités est réelle.

Enfin, le forum mettra en évidence que la problématique des stratégies d'entreprises est moins de chercher des outils d'optimisation et des techniques de réduction de coûts que de penser différemment le rôle de l'entreprise et de ses dirigeants, en essayant d'y intégrer sinon le souci du bien commun, au moins le souci de l'autre.

(1) Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance, présidée par Sophie de Menthon (www.ethic.fr)
(2) Ecclar créé la CEIBS (The China Europe International Business School), à Shanghai, en 2006
(3) www.globalethicsforum.org

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