Liu Xiaobo, samouraï chinois

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L'attribution du prix Nobel de la paix en 2010 a rendu mondialement célèbre Liu Xiaobo. Ce citoyen chinois a écopé en 2009 de onze ans de prison, pour ses opinions et sa défense des droits de l'homme. C'est cher payé. Mais que pense et a fait cet ancien professeur de littérature qui déplaît tant au régime communiste ? On peut désormais le savoir avec la publication de « la Philosophie du porc », un ensemble de ses textes sur les sujets les plus divers. Jean-Philippe Béja le rappelle dans son introduction, le brillant universitaire a d'abord exercé ses critiques sur le milieu académique chinois, avant d'aller enseigner à l'étranger. Puis il y eut Tiananmen. Comme Andreï Sakharov en URSS, le fin lettré renonce à une prestigieuse carrière, et se métamorphose en s'investissant totalement dans le mouvement. Surtout, il y découvre le courage et la « common decency » du petit peuple de Pékin. Depuis, le dissident, avec pour seules armes la vérité et le courage - l'orgueil, diront ses détracteurs -, dénonce l'arbitraire d'une société où le mot d'ordre « Enrichissez-vous » altère la morale, où l'hypocrisie et la corruption sont devenues la norme.

En lisant ces textes dont certains sont la chronique du quotidien des Chinois, Liu Xiaobo est proche de George Orwell, celui d'« Hommage à la Catalogne ». Comme lui, il est lucide sur le fonctionnement des sociétés, même les plus démocratiques. « Depuis la disparition des aristocrates des temps anciens, la qualité d'une société moderne se juge à la capacité d'une minorité de contrebalancer la majorité dans un système qui accorde la primauté à la liberté. Cette minorité d'élites se préoccupe du sort des faibles et critique le pouvoir politique, elle sait résister aux goûts des masses, c'est-à-dire qu'elle conserve son autonomie et son esprit critique vis-à-vis à la fois du pouvoir et des masses, supervise le gouvernement par la critique et guide les masses. » Il y a du samouraï chez Liu Xiaobo.

« La Philosophie du porc », par Liu Xiaobo, Éditions Gallimard/Bleu de Chine, 518 pages, 26 euros.

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