« Nous essayons de nous éloigner le plus possible de la spéculation »

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Un an après sa nomination, Dominique Lefebvre, le président de la Fédération nationale du Crédit Agricole fait le point sur les priorités de son mandat, notamment la réorientation de la banque vers les clients.

Quel premier bilan dressez-vous un an après votre élection à la présidence de la Fédération nationale du Crédit Agricolegricole (FNCA) ?

J'ai été surpris par le contenu du travail. Je l'imaginais de manière complètement différente. C'est un travail de représentation et de lobbying très intéressant. Mon arrivée en 2010 a coïncidé avec la mise en place de nouvelles équipes et du projet de groupe dont nous sommes aujourd'hui en train d'écrire les phases opérationnelles. L'une de mes missions est de veiller à la construction d'une vision commune au Groupe.

L'un de vos objectifs était d'augmenter la part des sociétaires parmi vos clients...

Près de 30 % de nos clients sont sociétaires. Nous ne pourrons pas doubler cette proportion en deux ans. Mais nous progressons. La situation est bien sûr différente selon les caisses régionales. Pour être sociétaire, il faut au moins une part sociale qui coûte entre 1,5 euro et 20 euros selon les caisses. Et pour inciter les clients fidèles à devenir sociétaires, nous avons développé depuis 10 ans une offre spécifique qui leur est destinée. Nous voulons un vrai sociétariat engagé. Et nous l'avons puisque 500.000 sociétaires sont physiquement présents chaque année aux assemblées générales de caisses locales, soit 8 % de l'ensemble des sociétaires, ce qui est ?considérable.

Vos sociétaires ne sont-ils pas inquiets de votre présence en Grèce ?

Il est normal que nos sociétaires nous interrogent car il s'agit d'une situation inédite en Grèce. En ce qui concerne notre filiale Emporiki, nous avons annoncé son retour à l'équilibre en 2012... en l'absence d'événement majeur. Il faut regarder les choses de façon pragmatique : personne n'a intérêt à l'effondrement de la Grèce, ou même de l'euro.

Les événements politiques récents dans les pays arabes remettent-ils en cause vos projets dans la zone Méditerranée?

Non, ces événements ne remettent pas en cause nos ambitions internationales, ni notre stratégie, mais cela remet en cause leur mise en oeuvre dans le temps. Il y a pour l'instant une instabilité politique dans certains pays mais il reste des éléments structurants. Il faut faire la part des choses entre les besoins futurs des populations et ce qui est conjoncturel.

L'actualité est aussi dominée par les problèmes de sécheresse. Le Crédit Agricolegricole est-il mobilisé ?

Nous avons annoncé qu'un montant de 700 millions d'euros de prêts à court terme était débloqué pour les éleveurs afin de les aider en attendant les aides européennes. Il est probable qu'il y aura des mesures complémentaires. Si, à l'absence de foin en juin, s'ajoute une absence de maïs en octobre, la situation des éleveurs sera très grave. Déjà 10 % des bêtes ont pris le chemin de l'abattoir. La situation des céréaliers est plus hétérogène.

Conservez-vous les mêmes priorités qu'avant la crise ?

Nous tirons les leçons de la crise dans notre projet de groupe pour les dix prochaines années, en mettant l'accent sur des services qui ne sont pas seulement les plus lucratifs. C'est une vraie différence. Notre priorité est davantage l'efficacité que la croissance de la rentabilité des fonds propres. Nous essayons de nous éloigner le plus possible de la spéculation pour compte propre et des métiers dont la seule vocation est d'être lucratifs. Nos bons résultats seront d'abord le reflet de l'utilité de nos services. La philosophie générale du groupe est de se développer d'abord avec des métiers en rapport avec l'économie réelle et les besoins des clients.

Le traduisez-vous dans la rémunération des conseillers ?

Oui, le mode de rémunération a changé. Un conseiller n'est pas payé plus cher pour proposer tel produit plutôt que tel autre.

Avec l'arrivée des nouveaux ratios de liquidités, les banques sont pourtant tentées d'orienter leurs clients vers des produits d'épargne qui renforcent leur bilan...

Les banques auront effectivement besoins de liquidités dans leur bilan. Mais j'ai la conviction que, au global, ce sera plus favorable pour l'épargnant qui bénéficiera de rendements attractifs.

Que pensez-vous de l'évolution de la réglementation ?

Notre métier restera tourné vers l'intermédiation par opposition au modèle anglo-saxon qui privilégie l'appel aux marchés financiers. Mais nous devrons le faire différemment à cause des nouveaux ratios que nous impose la réglementation. Ces ratios vont avoir pour conséquence de rendre le crédit plus rare et plus cher. C'est la France rurale qui paiera le plus lourd tribut, les PME, les collectivités locales... qui ne pourront pas aller se financer directement sur les marchés contrairement aux grandes entreprises. Si bien que le remède, qui visait à limiter les risques, pourrait bien être pire que le mal.

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