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OpinionsInside Davos

Davos : compétences, polarisation, inclusion, les mots de Davos 2017

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 17 janvier 2017 à 22:55 - Mis à jour le 17 janvier 2017 à 23:04

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Au premier jour du forum économique mondial de Davos, se dessinent déjà les tendances qui vont marquer 2017 et sans doute la prochaine décennie. Sous la révolte populiste, les pavés d'une nouvelle révolution mondiale, guidée par le progrès technologique. Et la course aux compétences...

Que n'a-t-on pas dit sur le forum de Davos. Y aller ne sert à rien. Davos, c'est 100% de com'. Les journalistes n'y vont que pour servir de faire valoir aux puissants, notamment ces 8 milliardaires qui détiennent plus de 50% de la fortune mondiale dénoncés par Oxfam, « une concentration indécente de la richesse » qui suffirait à elle seule à expliquer les tensions politiques révélées par le Brexit ou par l'élection de Donald Trump. Certes, mais c'est un peu court. Trêve de populisme : si le forum de Davos s'est beaucoup trompé sur le court terme - l'an dernier, aucun des deux grands événements politiques précités n'avait été anticipé-, l'intelligence collective incarnée par les 3000 participants, chefs d'entreprise, privées et publiques, cotées ou non, originaire de près de 100 pays, apporte un regard toujours utile sur ce que pensent les leaders du business et du monde politique, représenté par la présence de 50 chefs d'Etat et de gouvernement. Donc, si l'homme de Davos est souvent myope sur le court terme, il peut lui arriver de voir loin, de déceler les signaux faibles des tendances à venir. Illustration avec les mots-clefs apparus à l'issue de la première journée, mardi 17 janvier 2017, de la 47ème édition du World Economic Forum : protectionnisme, inclusion sociale, compétences et talents, polarisation.

1 - Protectionnisme. Le temps fort de l'ouverture du forum a été le discours du président chinois, Xi Jinping, qui, pour la première venue du premier personnage de la République populaire depuis Jiang Zemin en 1979, a renversé la table en faisant en séance plénière un vibrant plaidoyer en faveur de la mondialisation. Pour Xi, les bénéfices globaux l'emportent sur les coûts sociaux (cela dépend d'où l'on parle). A l'heure où Trump incarne la démondialisation et le retour à une approche bilatérale des relations internationales, qu'il s'agisse de commerce ou de défense, le président chinois a donné une leçon de libre-échangisme devant une assemblée convaincue, mais dubitative sur le passage à l'acte de la deuxième puissance mondiale. « Personne ne sortira gagnant d'une guerre commerciale » a prévenu Xi Jinping à trois jours de l'intronisation de Donald Trump à la Maison Blanche alors que le futur président multiplie les provocations protectionnistes, ciblant le Mexique, mais aussi la Chine et à demi-mot l'Europe. Des mots, en attendant des actes. Le chef de l'Etat chinois s'est engagé à ouvrir son pays aux importations et aux investissements étrangers et à ne pas faire de sa monnaie une arme économique. A confirmer, même si le monde est moins inquiet que l'an passé sur un atterrissage en catastrophe de l'économie de l'empire du Milieu, malgré ses déséquilibres financiers et veut croire que la Chine parviendra à mettre en place avec le temps une normalisation de sa croissance en développant son marché intérieur.

2 - Inclusion sociale : c'est une position constante de Klaus Schwab, le fondateur du Forum de Davos, que de mettre les parties prenantes de l'entreprise, les stakeholders, au même niveau que les actionnaires, les shareholders. Davos veut ainsi démontrer son engagement à améliorer l'état du monde, en clair à sauver le capitalisme de lui-même. Appliqué en 2017, cela se traduit par l'idée de croissance inclusive, c'est-à-dire la prise en compte de la réalité des inégalités engendrées par notre modèle économique et encore aggravées par l'entrée dans l'ère technologique. Les dirigeants, présents en nombre, sont donc invités à « élever leur niveau de conscience » et à tenir compte du fait que le monde est entré dans la zone rouge, comme à l'époque de la crise financière de 1929 et doit traiter cette question des inégalités faute de quoi la cocotte-minute finira par exploser. Le Brexit, Trump, sont des symptômes de cette tension, qui traduit la « mutinerie » des classes moyennes des pays développés face au déclassement de leur position sociale. Le chômage de masse des jeunes, la montée du vote populiste partout, sert d'avertisseur. L'accélération de la révolution technologique, notamment l'arrivée de l'intelligence artificielle, en menaçant l'emploi dans de nombreux métiers, change la donne. Marc Benioff, le patron emblématique de Salesforce, l'un des leaders de la transformation digitale et l'un des principaux soutiens du World Economic Forum, n'y va pas par quatre chemins. Si rien n'est fait, « nous allons voir apparaître des réfugiés digitaux », une classe de travailleurs désespérés par la disparition de leurs jobs. « Les logiciels intelligents apprennent plus vite encore qu'on ne le pensait », souligne-t-il, d'où un sentiment d'urgence : face à la machine, il est surtout urgent de former les travailleurs, d'augmenter l'homme.

3 - Skills, la course aux compétences et aux talents. Le mot n'est pas nouveau à Davos et dans le monde de l'entreprise, mais il est dans toutes les bouches : « skills », la bataille pour les "compétences", voilà le grand défi que s'est assigné le monde de l'entreprise. C'est une bataille mondiale, qui concerne autant les pays avancés que les pays dits émergents. Le sentiment général, c'est que la technologie pourrait laisser des millions de travailleurs au bord du chemin. On assiste d'ailleurs aux débuts de la révolte, à l'exemple des chauffeurs de VTC contre les plateforme type Uber.

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L'autre mot de Davos en ce début d'année 2017 est celui de polarisation. Polarisation non pas tant seulement entre les riches et les pauvres, mais entre les gagnants et les perdants de la mondialisation et de la révolution technologique. « C'est cette polarisation qui conduit aux solutions populistes », explique Alain Roumilhac, le patron France de Manpower qui a sorti fort opportunément pour le forum de Davos une vaste enquête intitulé « The skills revolution ». Le constat du groupe d'intérim est simple : la révolution digitale place les entreprises dans un climat d'incertitude rarement connu sur l'avenir. Le manque de compétences adaptées aux métiers d'aujourd'hui et surtout de demain est criant. Après l'employabilité, le mot clef des ressources humaines devient la « learnability », la capacité à apprendre tout au long de la vie. Contrairement à ce que disent les études les plus pessimistes sur le sujet (Mc Kinsey, Roland Berger), le futur de l'emploi peut-être « brillant » assure Manpower, si et seulement si on met le paquet sur l'éducation et la formation. C'est d'ailleurs un dénominateur commun à toutes les interventions entendues sur le sujet à Davos : un management « réactif et responsable » est celui qui anticipe et permet la formation des gens. Reste à savoir pour quelles compétences, dans un monde qui connaît des changements rapides et parfois imprévisibles. Qui connaît la liste des métiers de demain ? Pour Manpower, ils seront dans l'IT (Information technologies), les ressources humaines et le commerce/l'expérience client. C'est donc dans ces voies qu'il faut orienter les gens, tout en élevant le niveau de compétences à un niveau compatible avec la montée en puissance de l'intelligence artificielle. Plus facile à dire, qu'à faire.

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Philippe Mabille

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