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Emmanuel Macron, la sortie de crise est pourtant simple !

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 02 décembre 2018 à 19:57 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:14

Macron demande a philippe de voir manifestants et chefs de partis

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ÉDITO. En frappant aveuglément le pouvoir d'achat des plus pauvres sans leur apporter un accompagnement social suffisant alors qu'ils n'ont pas d'alternative à la voiture, Emmanuel Macron a transformé la colère populaire en rage. La solution est pourtant simple : pour faire rentrer chez eux les gilets jaunes, le chef de l'Etat doit suspendre la hausse des taxes sur les carburants et profiter du vaste débat qui parcourt le pays pour construire un nouveau pacte fiscal et social.

Et pourtant, dès la fin août, Emmanuel Macron avait eu le bon réflexe : le président de la République avait eu comme un doute sur l'opportunité de la retenue à la source et forcé Bercy à relever la part des crédits d'impôts qui seront redistribués aux contribuables dès fin janvier. Le président de la République, déjà préoccupé par le pouvoir d'achat des « classes moyennes » avait eu la bonne intuition, mais il aurait dû porter son attention sur l'impact de la hausse des taxes sur les carburants sur les Français les plus modestes.

Si l'on se remémore la séquence, c'est aussi le moment où Nicolas Hulot a quitté le gouvernement avec fracas. L'ancien ministre de l'écologie, la plus belle prise du macronisme, a expliqué son départ par son impuissance à faire plier la technocratie et les lobbys. Lors de son « Emission politique », Hulot avait été encore plus précis en expliquant qu'il avait tenté en vain de convaincre le ministère du budget d'accompagner socialement la hausse des taxes sur les carburants, beaucoup plus fortement que par la prime de conversion de 2000 euros lancé en début d'année.

Trois mois plus tard, Emmanuel Macron est en train de se fracasser tout seul sur la « fracture sociale » dénoncée en 1995 par Jacques Chirac, et il met en jeu tout son quinquennat et la poursuite des réformes par un entêtement imbécile et incompréhensible qui met à feu et à sang tout le pays. En trois samedi de mobilisation des gilets jaunes, la France a connu une montée inédite de la violence dont la mise à sac de l'Arc de Triomphe à Paris le 1er décembre a constitué l'acmé, donnant de la startup nation l'image d'un pays en guerre civile. Beau résultat qui efface 18 mois d'efforts pour redresser l'image de la France à l'étranger.

Avec 8 Français sur 10 qui soutiennent le mouvement des « gilets jaunes », le pouvoir a tort de jouer la carte du pourrissement en se raccrochant à la baisse de leur mobilisation, alors que, malgré les violences, une majorité de gens font en quelque sorte une « grève par procuration ». On ne peut pas gouverner contre le peuple. Quand on est face à une situation comme celle-là, jouer la carte de l'ordre et parler d'état d'urgence n'est pas une solution. Certes, il faut appliquer la plus grande fermeté à l'égard des casseurs et protéger le pays contre ceux, minoritaires, qui en profitent pour semer le chaos. Mais ce n'est pas en appelant l'armée au secours du maintien de l'ordre que les gens vont se calmer. Au contraire, tout indique que sur le terrain, le mouvement se radicalise de plus en plus et que l'on va entrer dans un durcissement des blocages. Au risque de déclencher vraiment une "guerre civile" comme le montre la naissance inquiétante du mouvement des "foulards rouges".

En politique, reculer n'est pas une défaite, c'est une preuve d'intelligence. La hausse de la taxe carbone n'a manifestement pas été comprise. Elle apparaît comme la seule manifestation de l'inextinguible soif fiscale de la sphère publique, incapable de se réformer et qui a pris la mauvaise habitude de se refaire en augmentant les taxes sur les plus modestes. Hausse des carburants, du tabac, non indexation des retraites et des transferts sociaux, baisse des APL, le cocktail était détonnant et il vient d'exploser à la figure d'Emmanuel Macron. Il n'y a pas besoin d'avoir fait l'Ena ni d'être banquier d'affaires pour se rendre compte que pour « les gens qui ne sont rien » (l'expression est d'Emmanuel Macron), le prix à la pompe et celui de la cuve à fuel est la goutte d'eau qui fait déborder un vase bien rempli.

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Ces gilets jaunes, c'est la France des classes moyennes inférieures, dont le niveau de vie a été abimé par dix ans de stagnation des revenus, et dont les dépenses contraintes ont « en même temps « explosé » : ainsi, des personnes de revenus modestes, se situant au-dessus du seuil de pauvreté, sont devenues pauvres en terme de niveau de vie « arbitrable », défini comme la part qui reste à vivre pour boucler la fameuse « fin du mois ». Et voilà comment des gens qui normalement ne sortent pas dans la rue pour manifester se retrouvent en n'ayant plus rien à perdre : ce sont des personnes âgées, déjà choquées par la hausse de 1,7 points de la CSG, beaucoup de femmes seules avec enfants vivant de petits boulots, des artisans et des intérimaires que l'on entend le plus dans ce mouvement « liquide », dans lequel personne n'est reconnu comme chef mais où tout le monde a le sentiment de vivre la même injustice.

Un sentiment d'injustice aggravée par la politique fiscale mise en œuvre, avec la baisse de l'impôt sur la fortune ou la flat tax sur les plus-values. Non pas que ces réformes n'aient pas leur légitimité : elles ne représentent que 0,5% des prélèvements obligatoires, mais elles n'ont pas fait la preuve de leur efficacité pour créer des emplois. Le député Bruno Bonnell et quelques autres ont d'ailleurs décidé de réaliser un audit pour vérifier l'impact de la suppression de l'ISF pour les valeurs mobilières sur l'investissement dans le capital des entreprises en France. S'il est faible ou nul, comme c'est probable, il ne sera pas inutile de remettre sur le chantier la question de la juste contribution des premiers de cordée. Et pourquoi ne pas créer un ISF "vert" avec une réduction d'impôt pour les investissements dans la transition écologique...

Au final, Emmanuel Macron n'a plus qu'une seule solution : renoncer à la hausse des taxes sur les carburants, comme l'y enjoignent tous ses « amis » et de nombreux ministres et députés de la majorité, pour adresser au pays et aux gilets jaunes un signal clair. Les Français ne comprennent pas en effet pourquoi eux seuls doivent contribuer à la transition écologique alors que la taxe carbone ne concerne pas le kérosène des avions ni le fuel lourd des bateaux. Ils ont bien conscience que le climat est un enjeu essentiel pour l'avenir, mais ils ont aussi bien compris que ce ne sont pas quelques centimes de taxes en plus ou en moins en France qui vont sauver la planète alors que cela peut sauver leurs fin de mois. Ils ne comprennent pas comment en gagnant moins de 2000 euros par mois on peut acheter une voiture électrique ou même un modèle thermique plus récent avec une aide de seulement 4000 euros. L'argument écologique ne convainc pas et ne séduit que les bobos parisiens qui ne sont plus que 37% à être propriétaire d'une voiture.

Ce moratoire sur les carburants est indispensable, pour remettre tout le monde autour de la table afin de trouver des réponses dans les territoires aux problèmes de mobilité. La solution politique est simple : il suffit de reprendre sur ce point le texte de la loi de finances tel que votée par le Sénat qui a annulé la hausse de 6 centimes du diesel et de 3 centimes de l'essence au 1er janvier. Emmanuel Macron doit aussi suspendre la fin brutale de la possibilité pour les professionnels du BTP d'avoir recours au gazole non routier (GNR) qui représente pour des milliers de TPE/PME une hausse de 50 centimes au 1er janvier.

Cette réponse ne remettra pas en cause la transition écologique, dire cela est une fable. Au contraire, c'est l'obstination actuelle qui est en train de tuer l'écologie fiscale. Contrairement à ce que veut faire croire Bercy, la suppression de la hausse des taxes carburants qui représente certes 3,9 milliards peut tout à fait être absorbée par d'autres mesures budgétaires et fiscales sans remettre en cause les équilibres du budget, qui sont d'ailleurs bien plus menacés par les conséquences économiques dramatiques des blocages que par le maintien des hausses prévues. Rien n'empêche Emmanuel Macron de travailler avec les constructeurs automobiles, avec les entreprises du bâtiment et avec les collectivités locales pour rechercher des solutions innovantes afin d'accélérer la transformation du parc automobile, le remplacement des chaudières à fuel et la rénovation des logements : au contraire, cela engendrera de l'activité et de l'emploi et donc des recettes fiscales.

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Rien n'empêche enfin non plus Emmanuel Macron de transformer son autisme jupitérien en une relance du dialogue économique et social en y associant les corps intermédiaires, les syndicats et le patronat, afin de remettre en chantier ce qui constituait, plus encore que l'urgence climatique, le cœur de son mandat, la raison d'être de son élection inédite : remettre la France en mouvement (« en marche »), en faire « le pays le plus compétitif d'Europe », lui redonner foi et espoir dans son avenir grâce à l'innovation, la recherche, les nouvelles technologies. En arriver à bloquer le pays pour quelques gouttes de carburant et quelques milliards d'euros, voire lui faire risquer un embrasement social et politique qui lui ferait faire une marche arrière dont il ne se relèvera pas, voilà qui est incompréhensible. La France ne peut pas se permettre le luxe de vivre un acte IV comme annoncé déjà pour samedi 8 décembre. Emmanuel Macron doit d'urgence mettre fin à cette colère, ramener la paix civile et il est désormais seul, en première ligne, pour se montrer à la hauteur de ses responsabilités. Des négociateurs se sont manifestés ce dimanche pour offrir au président de la République une porte de sortie. Quand une main est tendue, il faut savoir la saisir. Il est encore temps d'en finir avec ce délire qui excite les nostalgiques de la révolution et les extrêmes de tous bords. Emmanuel Macron a parfois mis en avant que l'époque a un parfum d'années trente. Et de fait, entre les "enragés" se référant à la guillotine et les messages sur les réseaux sociaux évoquant le 6 février 1934, il est irresponsable de persister dans un scénario autoréalisateur...

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Philippe Mabille

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