La France joue en défense
Bruno Jeudy

Bruno Jeudy.
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À l'image des Bleus de Didier Deschamps, qui gagnent grâce à leur bonne défense, les Français tentent de serrer les rangs pour sauver l'essentiel. D'abord une certaine idée de notre pays et de la République, opposée jusqu'à présent aux extrêmes ; ensuite des valeurs - la laïcité, la fraternité - qui nous permettent malgré tout de vivre ensemble ; enfin le besoin de nuance dans ce nouveau monde médiatique polarisé où fake news et attaques personnelles se répandent comme dans une zone de non-droit.
Au terme d'une campagne éclair qui a exacerbé les passions et engendré de regrettables débordements - agression de candidats, libération d'une parole haineuse -, le second tour des législatives va livrer son verdict. Définitif ? Pas si sûr... Au soir du 30 juin, le RN pouvait espérer une majorité absolue, mais la reconstitution d'un front républicain (qui a réduit le nombre de triangulaires) initié par le Nouveau Front populaire et soutenu par Gabriel Attal, ainsi que par une fraction importante de la majorité sortante, rend moins probable cette hypothèse. Sous réserve que les Français ne fassent pas un bras d'honneur aux arrangements des états-majors politiques.
Sans majorité absolue ou en présence d'une majorité relative forte, Jordan Bardella refusera de gouverner. Une autre majorité sera-t-elle possible ? Probablement pas. Le spectre d'un blocage institutionnel menace. Avec cette tripartition politique, il paraît bien difficile de dire quelles alliances se noueront et, surtout, quel Premier ministre et quel gouvernement seront amenés à cohabiter avec Emmanuel Macron.
La Ve République est dès lors mise à rude épreuve. Si les forces politiques forment un gouvernement capable de conduire le pays avec un binôme président/Premier ministre travaillant de concert, alors notre Constitution montrera une solidité à toute épreuve. De quoi lancer un « Santo subito » à l'endroit du général de Gaulle et de Michel Debré, l'inspirateur de notre texte constitutionnel. Ce même Debré qui, en août 1958, devant le conseil d'État, disait : « Une Constitution ne peut rien faire d'autre que d'apporter des chances aux hommes politiques de bonne foi qui, pour la nation et la liberté, veulent un État, c'est-à-dire, avant toute autre chose, un gouvernement. »
Sitôt les résultats connus, il faudra des hommes et des femmes conscients des enjeux et non des calculateurs et des esprits sectaires pour faire avancer la France. Ayons en tête ces magnifiques répliques de La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux, qui font écho à la situation : « Comment cela s'appelle-t-il quand le jour se lève comme aujourd'hui et que tout est gâché, que tout est saccagé mais que l'air pourtant se respire ? Cela porte un très beau nom : cela s'appelle l'aurore. »
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Bruno Jeudy