La raison et la politique
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

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Peigner la girafe. Après sept semaines d'incertitude et de confusion, la France doit se trouver en sept jours un nouveau Premier ministre. Une gageure si l'on considère l'émiettement des forces politiques et la difficulté à établir des coalitions solides et durables. Le président de la République, procrastinateur et temporisateur de l'été, est contraint de se transformer en accélérateur de partis acculés ! Les consultations politiques de vendredi (avant la réception du RN et d'Éric Ciotti demain) ne font que confirmer l'impasse démocratique dans laquelle se trouve notre pays. Apparemment, la décantation commencée le 7 juillet n'a pas permis de clarifier la situation, et ce sont les Français qui restent en carafe...
Jupiter, qui a endossé le rôle de Cronos en devenant le maître des horloges, se mue en sibylle lors de ces fameux entretiens censés résoudre l'équation politique issue des législatives. Mais « la politique n'est pas une science exacte », selon le mot de Bismarck. Même le mathématicien Cédric Villani se révélerait impuissant devant ce problème. Il aurait fallu garder encore quelques jours à Paris l'acteur américain Tom Cruise pour cette mission impossible : trouver un chef de gouvernement à la fois technicien et politique, incarnant la nouveauté tout en revendiquant une solide expérience, susceptible de séduire syndicats et patronat, capable de s'émanciper de la tutelle présidentielle tout en collaborant en bonne intelligence avec le chef de l'État. À l'évidence, Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire, n'a pas convaincu Emmanuel Macron lors de cet étrange grand oral. Trop inexpérimentée, trop proche des Insoumis, trop à gauche pour éviter une censure parlementaire au premier obstacle venu. La gauche va devoir revoir sa copie. L'après-Castets a sans doute commencé pour Olivier Faure et ses camarades socialistes et sociaux-démocrates. Il va falloir sortir de la logique bloc contre bloc et se parler, par-delà les frontières politiques, pour adopter un budget et répondre aux urgences.
En consultant les titres des films d'Alain Delon, on trouvera les qualités attendues chez le futur hôte de Matignon : le battant, l'insoumis, l'homme pressé, le professeur, le toubib, l'acrobate, le négociateur... Au président de surmonter ses propres contradictions, aux partis de faire prévaloir l'intérêt général, et aux électeurs d'assumer les conséquences de leur vote aux législatives. Nos compatriotes, s'ils tolèrent le pouvoir en vacances, supporteraient mal une vacance du pouvoir aussi longue que préjudiciable aux intérêts de la nation et de notre Ve République. Même sous la IVe on n'avait pas vu un gouvernement démissionnaire expédier sur une telle durée les affaires courantes. Alors, mesdames et messieurs les responsables politiques, songez aux conséquences du désordre actuel sur la vie de millions de Français et faites en sorte que la raison et la politique suivent le même chemin.
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