Xavier Niel, ministre de l'optimisme

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Reuters
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Xavier Niel a donné cette semaine une masterclass à l'Olympia pour délivrer ses conseils à celles et ceux à qui il viendrait à l'idée de devenir comme lui milliardaire à partir de rien. « Allez en prison », a dit avec auto-dérision celui qui a été accusé de proxénétisme dans ses jeunes années pour avoir investi dans le minitel rose ; « mordez la ligne jaune », comme Airbnb ou Uber, en restant toujours à la frontière de la légalité ; « dirigez avec une équipe de 8 personnes maximum », c'est la taille optimale pour être créatif : s'il vous faut plus de deux pizzas pour nourrir votre cercle rapproché, c'est l'échec assuré, dit le patron de Free. Autres clefs du succès : « toujours être optimiste » et associer à cette confiance inébranlable en soi-même la capacité à « oublier rapidement ses échecs ». Son échec à lui, dit-il, c'est par exemple le rachat de M6, mais il n'a pas renoncé à avoir un pôle audiovisuel pour diversifier ses investissements dans les médias... A suivre.
Cette leçon de Xavier Niel, l'une des plus grandes fortunes françaises, sera peut-être utile pour les 2000 et quelques fans qui ont eu la chance de l'écouter mardi soir. Ou pour les acheteurs de son livre d'entretien avec Jean-Louis Missika, l'un des premiers à avoir cru en ce jeune entrepreneur lors de son irruption dans les télécoms avec sa box à laquelle personne ne croyait. Dans « Une sacrée envie de foutre le bordel » (Flammarion), Niel jette un pavé dans la mare, comme en écho à la « bordélisation » de la vie politique à laquelle on assiste depuis 2022. Mais il dénie toute ambition politique, sauf un intérêt pour la mairie de Paris et même pour le Grand Paris, lui qui vécut son enfance à Créteil.
N'en déplaise à ses afficionados, Xavier Niel ne deviendra donc pas ministre de l'intelligence artificielle au sein du gouvernement Barnier 1 dont la gestation laborieuse a occupé la semaine. Mais son bouquin, publié chez Flammarion, fourmille de bonnes idées « disruptives » comme on dit encore dans la Macronie finissante qui pourraient inspirer la réforme de l'Etat. Certes, il surjoue parfois le Elon Musk à la française, le « Maverick » de l'économie à l'esprit rebelle et indépendant, alors qu'il est « en même temps » devenu un notable membre de l'establishment. Mais il reste chez lui une créativité, « une envie de foutre le bordel », qui tranche avec le conservatisme ambiant.
Michel Barnier serait bien inspiré de creuser ce sillon pour ne pas tomber dans le piège qui lui est tendu de limiter son action à la seule réduction de la dette. Certes, la situation des déficits est grave et s'aggrave même... Elle nécessite des mesures fortes et rapides, dont le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, un temps pressenti pour diriger Bercy, a donné le cadre : en gros, 20 milliards d'euros par an d'efforts budgétaire et fiscal pour revenir sous les 3% en 2029, avec deux ans de délai de grâce à négocier avec Bruxelles afin de ne pas plomber la croissance encore modeste. Et, au sein des ces 100 milliards, répartir l'effort à hauteur des trois quarts sur les économies dans les dépenses de l'Etat, de la sécurité sociale et des collectivités locales (qui dérive gravement à deux ans des Municipales de 2026 selon Bercy) et un autre quart en levant le « tabou » de la hausse des impôts sur lequel bute la Macronie depuis un an. L'essentiel du fardeau doit être concentré sur les ménages les plus aisés et sur les grandes entreprises dans un effort fiscal à la fois « exceptionnel et temporaire ». Le marteau fiscal épargnera donc les classes moyennes ainsi que les PME.
Mais si un plan de redressement d'urgence est nécessaire, il ne suffira pas pour rétablir durablement notre situation. Seule la croissance permettra de vaincre durablement la dette. Il suffit pour s'en convaincre de lire le rapport Draghi qui démontre à quel point l'Europe, et donc la France, est en train de décrocher. Son modèle social ne survivra à moyen terme que si elle prend enfin le train de l'innovation. Et on a plus de chance d'y parvenir en engendrant des milliers de Xavier Niel qu'en restant ankylosés dans la paralysie institutionnelle actuelle. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », avait dit le jeune ministre de l'économie Emmanuel Macron en 2015, aux débuts de la « start-up nation ». Indécrottable optimiste, Xavier Niel lui, y croit encore...