« Investissons dans les compétences numériques des femmes » Emmanuelle Larroque

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Emmanuelle Larroque, fondatrice de Social Builder
Emmanuelle Larroque, fondatrice de Social Builder (Crédits : DR)
Jusqu'à ce que l'intelligence artificielle soit suffisamment forte pour orienter et mettre en oeuvre toutes nos décisions, les entreprises chercheront des professionnels capables de créer des technologies au service de nos besoins, de les produire et de les vendre. Or, bien qu'elles représentent près de 60% des diplômées du supérieur, les femmes ne sont pas orientées vers les métiers de la production ou de l'application des technologies, métiers où on a le plus besoin d'elles ! Par Emmanuelle Larroque, fondatrice de Social Builder.

En raison de représentations stéréotypées, les filles ne sont pas incitées, voire sont dissuadées, à emprunter des carrières scientifiques bien qu'elles choisissent autant que les garçons la terminale S (47%). Lorsqu'elles accèdent aux métiers du numérique (27% selon le Syntec Numérique), elles témoignent de difficultés souvent liées à la culture des entreprises, à l'organisation du travail ou au défaut de perspectives qui les conduisent à changer de métier ou de secteur. Enfin, quand elles persistent par passion ou bravade, seules 3% atteignent la présidence d'entreprise (rapport "Vers l'égalité réelle entre les femmes et les hommes", 2017). Compte tenu de l'importance du numérique pour le destin des entreprises, à ce rythme, en quelques décennies, les femmes vont disparaître des comités de direction.

Si le défaut de mixité des équipes est un constat partagé, le défi que représente la perte de talents féminins pour notre compétitivité est largement sous-évalué. Comprenons bien une chose : investir sur l'orientation et la formation aux compétences numériques des femmes, quels que soient leurs âges ou formations initiales, est un pari sans perte ! Rendre désirables la technologie et les métiers du numérique, c'est travailler leur employabilité, sécuriser les parcours professionnels et, surtout, assurer l'accès aux entreprises à un vivier de compétences nécessaires, indispensables pour leur développement.

Les axes de la réforme

Face à ce défi, nous devons mettre ce sujet au cœur de toutes nos réformes et engager un plan concerté. Parmi toutes les actions qui existent - nombreuses, complémentaires, efficaces -, deux axes essentiels sont encore insuffisamment investis. Le premier : la connaissance des métiers. Les femmes qui souhaitent retravailler leur projet professionnel sont perdues. Par où commencer ? Quelle formation ? Quelle est la réalité du métier pour lequel je vais devoir me reformer ? Social Builder développe le projet Adabot, chatbot sur Messenger pour réorienter 20.000 femmes grâce à des témoignages de professionnelles, des formations gratuites, des événements et des mises en relation avec des mentors. Il n'existe aujourd'hui aucun financement pour soutenir des projets liés à la connaissance des métiers pour les actives tels qu'Adabot.

Le second : la réorientation des actives vers les métiers du numérique. Nous développons depuis trois ans des formations de quatre mois pour reconvertir aux métiers du numérique des femmes diplômées de filières généralistes à faibles débouchés. Bien que les entreprises soient hésitantes à miser sur ces publics, 85% des apprenantes sortent de nos formations avec un poste de cadre. Notre succès tient d'un accompagnement serré, l'implication des entreprises, une combinaison de compétences techniques et transverses ciblées. Or, nous sommes limités à 300 femmes formées par an faute d'accès aux financements Opca [Organismes paritaires collecteurs agréés, ndlr], fermés aux formations innovantes telles que les nôtres.

Nous sommes des dizaines d'acteurs à imaginer des solutions innovantes et efficaces pour améliorer la réorientation professionnelle et la connaissance des métiers, et pourtant nous ne pouvons prétendre aux financements institutionnels. Des réponses pragmatiques doivent être envisagées dans la réforme de la formation professionnelle pour gagner le pari de la mutation des compétences et faire des femmes des actrices de la mutation de notre économie.

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> Sommaire du Dossier spécial "4e Université du numérique" :

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Commentaires
a écrit le 20/03/2018 à 9:16 :
"Jusqu'à ce que l'intelligence artificielle soit suffisamment forte pour orienter et mettre en oeuvre toutes nos décisions"

Je ne sais pas si vous mesurez réellement la portée d'une telle phrase et la forte notion d'impuissance qu'elle dégage Espérons que votre prophétie ne se réalisera pas sinon autant que les robots nous remplacent de suite étant donné que je repense en vous lisant, immédiatement, aux employés des entrepôts de chez lidl obligés d'obéir au doigt et à l'oeil à des robots qui leur dit quoi faire, comment et quand, l'horreur absolue.
Réponse de le 20/03/2018 à 15:02 :
Bonjour, mon point de vue justement est que les machines ne prendront pas les décisions mais seront des "soutiens" à nes prises de décisions. Cela implique de se préoccuper dès à présent de la façon dont on les programme pour créer un monde qui garantisse l'intérêt de chacun et chacune et qui je l'espère, offrira des opportunités de réaliser les tâches les plus épanouissantes pour nous les humains, les robots investissant celles qui ne nous intéresseront plus.
Réponse de le 21/03/2018 à 9:15 :
Merci beaucoup d'avoir prit le temps de répondre c'est assez rare pour le signaler même si avec tous les trolls qui courent dans les forums on peut largement le comprendre que les auteurs des articles ne répondent jamais.

Et merci pour ces précisions, j'espère bien du coup que ce sera votre vision du futur proche qui l'emportera au nom de la survie de l'humanité parce qu'on en est là.

ET désolé pour cette incompréhension mais nous lisons tellement de papiers de thuriféraires totalement décomplexés de la technologie qui croient que comme c'est de la technologie et du progrès cela ira forcément dans le bon sens, par on ne sait quel miracle, sans intervention de l'humain.

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