A bâton rompus avec Jen-Hsun Huang

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Jen-Hsun Huang est le PDG de Nvidia. Ce spécialiste des puces graphiques est venu à Ter@tec présenter le positionnement de sa société sur le calcul de haute performance. L'année dernière, Nvidia a réalisé un chiffre d'affaire de 3,424 milliards de dollars et dégagé un profit avant impôt de 135,1 millions de dollars. La crise économique s'est traduite par un repli de 42% de l'activité au cours du premier trimestre fiscal (664,7 millions). Cependant, compte tenu des multiples nouvelles applications pour ses processeurs graphiques, Jen-Hsun Huang est très optimiste pour l'avenir. Avec les cartes Nvidia, il est possible de modéliser la formation des nuages, d'améliorer la conduite d'une automobile ou le diagnostic d'une mammographie. Aux Etats-Unis, General Mills utilise la technologie CUDA de Nvidia pour modéliser la cuisson d'une pizza surgelée. On n'arrête pas le progrès !

Il y a 10 ou 15 ans, auriez-vous pu penser assister à un événement comme Ter@tec entouré par des spécialistes des supercalcultateurs.

Non, pas du tout. Il y a 10 ans, j'étais persuadé que le calcul graphique était important et que notre expertise en informatique allait être dédiée à la visualisation. Cependant, il y a six ans, nous avons inventé un langage spécifique le CG, et d'autres procédés pour améliorer le rendu des graphiques sur un écran. Les scientifiques et les chercheurs s'en sont emparés pour en extraire une capacité de calcul impressionnante. Nous ne l'avions pas prévu mais nous nous sommes aperçus qu'en modifiant l'architecture de notre processeur, nous pouvions libérer une énorme puissance informatique. Aujourd'hui, cette architecture va changer le monde (il s'agit de CUDA pour Compute Unified Device Architecture qui utilise la puissance du processeur graphique pour des calculs généraux d'habitude pris en charge par le processeur central).

Comment ?

L'idée de faire travailler ensemble un processeur à instructions parallèle, le CPU, et un processeur à traitement de données en parallèle, le GPU, s'est maintenant imposée. Chaque processeur traite les tâches pour lesquelles il est le mieux armé. Windows 7 de Microsoft va tirer partie de cette architecture. Apple, avec son système d'exploitation Snow Leopard va faire de même.

Avez-vous en tête d'autres machines qui peuvent utiliser ce type d'architecture ?

Bien sûr, il suffit de regarder autour de vous. Dans une automobile, on trouve une puce graphique avec le GPS mais il y en aura bientôt plusieurs. Certaines seront couplées à des capteurs qui vous avertiront si la route est glissante et si votre vitesse est trop élevée compte tenu de l'état de la route. Une caméra, associée à notre puce CUDA pourra même détecter si vous passez en état de somnolence.

Nous travaillons avec les constructeurs américains, japonais et européens. D'ici à 5 ans, vous allez découvrir des applications extraordinaires dans l'automobile. On peut imaginer un système de détection périphérique à 360° pour gommer tous les angles morts.

Comment gérez vous ces nouvelles opportunités ?

Nous avons une technologie de base mais j'ai créé des centres de profits pour les différents marchés. Les applications y sont différentes, l'écosystème y est différent et le cycle de vente aussi. Pour les PC, j'ai la marque GEForce, pour les applications professionnelles, j'ai Quadro, pour le calcul de haute performance, j'ai Tesla et pour les applications mobiles, j'ai Tegra. Chacune de ses unités possède sa propre force de vente.

Est-ce que ces nouveaux marchés vous isolent de la crise économique ?

Nous avons certainement un bon potentiel de croissance mais nous avons souffert de la crise économique particulièrement pendant notre quatrième trimestre fiscal. La récession va affecter le marché des PC mais l'innovation va nous permettre de croître ailleurs. Prenez Tesla, nous partons de zéro part de marché mais nous savons que nous allons progresser.

Puisque vous parlez du PC, pouvez-vous bénéficier du phénomène netbook ?

Nous conduisons deux projets sur le marché des netbook et des machines à faible coût. Un consommateur qui dépense 300 dollars ou 300 euros a besoin d'avoir un PC qui fonctionne parfaitement. Nous avons mis au point ION, une puce graphique pour les netbooks. C'est un produit qui rencontre beaucoup de succès mais qui est controversé.

Pourquoi controversé ?

Intel ne veut pas en entendre parler et il essaye de nous contrer. Pourtant, nous avons signé avec presque tous les fabricants. Leur défi est une question de prix. Si vous achetez une machine parfaite pour 300 euros, pourquoi aller choisir une machine de 1000 euros ?

Mon attitude est de dire, il faut conduire la meilleure machine possible et le marché déterminera les vainqueurs.

Quel est le prix de l'ION ?

Entre 30 et 35 dollars. C'est significatif mais il permet d'avoir une bonne vidéo en haute définition sur l'écran. Nous avons aussi le processeur Tegra pour les applications mobiles. Il ne consomme qu'un demi watt et permet d'utiliser la même batterie pendant plusieurs jours. Environ 50 produits utilisent Tegra : des décodeurs, des automobiles et des machines connectées à internet.

Comment imaginez-vous votre société dans 5 ans et comment allez-vous allouer vos ressources ?

Nous allons allouer nos ressources selon plusieurs critères : la rentabilité escomptée des marchés sur lesquels nous nous positionnons ; notre capacité à fournir des technologies qui peuvent changer le monde et nos capacité de gérer notre positionnement. Si une technologie semble prometteuse mais si nous avons le sentiment de ne pas être suffisamment bons, nous n'irons pas. L'informatique visuelle et le traitement en parallèle vont nous employer pour les dix prochaines années. C'est véritablement révolutionnaire. Nous sommes la version de moderne de sociétés comme Sun Microsystems ou SGI qui, en leur temps, ont bouleversé l'informatique.

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