Ne jetons pas la diversité et l’inclusion économique avec l’eau du Covid-19 !

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OPINION. Comment renouveler nos entreprises, et plus généralement nos modes de pensée ? Claude Lévi-Strauss rappelle qu'aucune société ne peut trouver en son sein les ressources, l'énergie et la volonté d'évoluer, sans se confronter à une autre société. (*) Par Maximilien Pellegrini, directeur général délégué eau France à Suez.

Selon l'OCDE, il faudrait six générations pour que les enfants de familles pauvres en France se hissent au niveau du revenu moyen. A ce constat alarmant s'ajoute une défiance vis à vis des élites, des inégalités économiques et sociales croissantes et de nouvelles fractures territoriales. Comment ne pas réagir face à une telle situation ?

 L'une des clés réside incontestablement dans le fait de promouvoir des opportunités professionnelles pour tous et à tous les âges de la vie. Beaucoup d'actions sont mises en œuvre par les politiques publiques et les entreprises en matière d'insertion et de diversité afin de permettre à chacun de trouver sa place dans la société. Or, la mobilité sociale plafonne toujours. L'encadrement et les équipes dirigeantes des entreprises sont encore trop souvent constitués de populations homogènes, issues des mêmes territoires, des mêmes classes sociales et des mêmes écoles. La diversité sociale, celle des milieux défavorisés, des quartiers sensibles, des zones rurales ou péri-urbaines ne passe que trop rarement le mur de la visibilité professionnelle et économique.

La promotion professionnelle ne peut pourtant pas être prescrite par le milieu d'origine. Tolérer que la méritocratie recule, c'est renforcer le déterminisme social. Pendant ce temps-là, les mondes médiatique et économique surexposent certains modèles de réussite, proposant ainsi une vision déformée de la réalité, renforcée par des discours simplificateurs du type « quand on veut, on peut ». Mais, non, on ne peut pas toujours !

Oxygéner les élites

Le plaidoyer pour la diversité est en réalité un plaidoyer pour le renouveau de nos sociétés et de nos entreprises. Claude Lévi-Strauss rappelle qu'aucune société ne peut trouver en son sein les ressources, l'énergie et la volonté d'évoluer, elle le fait toujours en se confrontant à une autre société. Cultiver la différence et combattre l'uniformisation culturelle de nos entreprises est devenu essentiel. La croissance, la performance et la cohésion sociale au sein des entreprises sont fonction de notre capacité à oxygéner les élites, à associer des visions issues de différents milieux et de différentes cultures.

Malgré les nombreux appels vibrants au monde d'après, la crise du Covid-19 pourrait hélas renforcer les barrières à l'entrée des entreprises pour les diplômés et en particulier pour ceux issus de la diversité. On le sait déjà, la crise économique servira d'alibi à de nombreux renoncements. Aux mesures en faveur de la diversité et de l'inclusion, on opposera, avec beaucoup de pragmatisme et de bonne foi, une logique de survie, qui peut à première vue se passer de la recherche de diversité. Ce serait une erreur collective. Au contraire, c'est au cœur de la crise qu'il faut changer de logiciel, intégrer des énergies et des schémas de pensée différents.

L'entreprise est un creuset de richesses et un incubateur du vivre-ensemble. Qu'on le veuille ou non, nous, dirigeants de grandes entreprises, sommes plus que jamais investis d'un pouvoir, voire d'un devoir de contribution au changement sociétal. La crise du COVID-19 nous a permis de démontrer notre capacité à assurer notre rôle et notre utilité sociale. Pour preuve, selon l'étude OpinionWay pour le Cevipof parue au mois de mai dernier, le niveau de confiance des Français dans les entreprises s'est accru de deux points au cours de la crise sanitaire, à 79% pour les TPE et PME et 45% pour les grandes entreprises privées. Saisissons-nous de cette opportunité.

Engageons-nous pour faire progresser la diversité sociale au sein des populations de cadres et dirigeants de nos entreprises. Faisons l'effort de regarder parmi les parcours cabossés. Faisons l'effort d'aller chercher les candidats qui n'ont pas accès aux réseaux auxquels nous avons recours par réflexe. Les entreprises peinent parfois à trouver des talents, quand ceux issus de la diversité rencontrent des barrières à l'emploi parfois insurmontables. À nous de construire des ponts.

Lire aussi : Pour être vraiment "intelligente", l'IA a besoin d'inclusion et de diversité !

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Commentaires
a écrit le 10/07/2020 à 11:05 :
Une nation est une communauté d'union et non une union de communauté... si l'on désire que la paix y règne!
a écrit le 10/07/2020 à 9:24 :
Les propriétaires d'outils de production et de capitaux qui par définition peuvent tout sont devenus totalement déficients du fait de leur exponentielle cupidité, comme le dit Nietzsche plus on possède et plus on est possédé imaginez tout ce qu'ils possèdent...

Donc la bonne question nettoyée de sa pathologique mais systématique hypocrisie est comment convaincre des gens aliénés de ne plus l'être qui en plus sont persuadés d'être dans leur bon droit, dans un fonctionnement normal ?

Je me souviens d'une juge américaine sur un scandale majeur concernant une banque américaine, à la fin du procès elle fait une véritable leçon de morale à un oligarque banquier, banque qui une nouvelle fois avait fait n'importe quoi pour terminer sa diatribe fort pertinente d'ailleurs par: " Ce que vous avez fait là est profondément injuste" mais au final de ne les condamner à rien du tout.

La problématique majeur est dans cette impasse et donc... bon courage les gars !
a écrit le 10/07/2020 à 9:22 :
"L'une des clés réside incontestablement dans le fait de promouvoir des opportunités professionnelles pour tous et à tous les âges de la vie." : Le fameux ascenseur social, c'est ça ? Mais ça, c'était au 20eme siècle. L'ascenseur social, n'a pu fonctionner pendant 50 ans, que grâce à un système de cavalerie financière : Les immigrés, fraîchement arrivés en France, travaillaient pour ceux qui étaient déjà là. Ensuite, c'étaient de nouveaux qui arrivaient, permettant aux précédemment arrivés de s'élever, etc. Mais cette vision angélique de la société est terminée. Maintenant, c'est chacun pour soi, et Dieu pour tous.

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