Présidentielle américaine : crise sanitaire et inégalités raciales et sociales vont peser sur le vote

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(Crédits : Carlos Barria)
OPINION. Aux États-Unis, en pleine crise liée au COVID-19, de nombreuses villes ont été ébranlées par les heurts qui ont émaillé les manifestations qui ont éclaté en réaction à l'assassinat de George Floyd, provoquant un vague d'indignation nationale contre le racisme et les violences policières. Mais les troubles actuels traduisent également la frustration accumulée pendant des décennies à cause des inégalités raciales. La première conséquence politique du mouvement « Black Lives Matter » est une forte hausse du nombre d'inscriptions sur les listes électorales. Ce phénomène tend à favoriser le parti démocrate mais le chemin jusqu'à l'élection présidentielle est encore long. Par Christopher Dembik responsable de la recherche macro-économique chez Saxo Bank, et Eleanor Creagh, Saxo Capital Markets APAC chez Saxo Banque.

Alors que de nombreuses villes américaines sont en proie à des manifestations, le Nasdaq 100 flirte avec des niveaux records. Le fossé entre la société américaine et Wall Street n'a jamais été aussi grand. Les inégalités entre les nantis et les démunis se sont creusées à cause de la récession engendrée par la pandémie de COVID-19 déclenchant un débat qui fera bouger les lignes politiques à l'approche de la prochaine élection présidentielle et après le scrutin.

Inégalités raciales et économiques

Les manifestations qui ont lieu à travers les États-Unis mettent en lumière les disparités raciales systémiques qui gangrènent le pays et qui sont devenues des sources incommensurables de désespoir économique et psychologique pour un grand nombre de citoyens américains. Cette triste réalité alimente la colère que l'on voit se déverser dans les rues de nombreuses villes américaines. Les réseaux sociaux jouent également un rôle essentiel en ce qu'ils donnent de l'écho aux manifestations et du courage aux manifestants avec le hashtag #BlackLivesMatter, qui fait référence au mouvement antiraciste né en 2013. Jamais des manifestations contre les injustices raciales ne s'étaient propagées aussi vite sur le territoire américain et dans des vidéos virales circulant partout dans le monde. Les 50 Etats américains et 18 autres pays participent désormais aux manifestations « Black Lives Matter », faisant de cette campagne antiraciste le plus grand mouvement pour les droits civiques de l'histoire de l'humanité.

Le COVID comme catalyseur des inégalités

Il est trop tôt pour produire une analyse statistique complète des disparités entre les niveaux de vulnérabilité des différents groupes ethniques au coronavirus, mais les premiers chiffres appellent des conclusions confondantes. L'analyse des données révèle que la communauté afro-américaine affiche un bilan de mortalité lié au COVID-19 disproportionné par rapport aux autres communautés. Près d'un tiers des contaminations dans le pays concerne les Afro-américains, d'après les données du Center for Disease Control (CDC), alors même que la communauté noire ne représente que 13% de la population américaine. À Saint-Louis, dans le Missouri, les Afro-américains représentent 64% des cas de COVID-19, mais seulement 45,9% de la population de la ville, d'après les données US Census Bureau.

Ces statistiques, véritable source de tension, sont le résultat d'injustices profondément enracinées dans le système de santé et dans le système économique américains qui alimentent un racisme systémique et qui empêchent des générations entières de se constituer un patrimoine. Cela a alimenté la colère que nous voyons éclater aujourd'hui. Depuis les années 1970, les inégalités sociales entre les noirs et les blancs n'ont quasiment pas évolué : en 2018, le revenu médian des ménages noirs correspondait à 61% seulement du revenu médian des ménages blancs, contre 56% en 1970 (recensement de 2019).

richesses ménages US

Cela signifie que non seulement de nombreuses communautés souffrent davantage du coronavirus, mais également que ces mêmes communautés sont plus vulnérables aux conséquences économiques de mesures drastiques de confinement mises en œuvre pour contrôler la propagation du COVID-19. Les destructions d'emplois se sont multipliées à un rythme effrayant, dans un contexte marqué par la propagation de la pandémie de COVID-19 aux quatre coins du monde. 42 millions d'Américains se sont inscrits au chômage depuis la mi-mars et le taux de chômage devrait atteindre 20%, un niveau caractéristique des périodes de dépression économique. Les chiffres montrent également que la pandémie a eu un effet disproportionné sur les ménages à faibles revenus, ce qui a concouru à exacerber les inégalités. De plus, les jeunes travailleurs, les femmes et les ouvriers peu qualifiés sont également vulnérables aux conséquences des mesures strictes de confinement. Une récente étude de la Fed révèle que 40% des ménages américains gagnant moins de 40.000 dollars par an ont perdu leurs emplois en mars.

Conséquence : mobilisation des jeunes électeurs ?

Les premières conséquences du mouvement Black Lives Matter sont une augmentation du nombre d'inscriptions sur les listes électorales, notamment chez les jeunes électeurs, considérés par de nombreux spécialistes comme le bloc d'électeurs clé de la prochaine élection présidentielle, et une augmentation du nombre de dons à des groupes défendant des causes chères aux Démocrates. À première vue, ce mouvement semble ouvrir la voie de la présidence à Joe Biden, mais le chemin qu'il reste à parcourir pour atteindre la ligne d'arrivée est encore long. Premièrement, les jeunes électeurs sont particulièrement volatils, ce qui peut rapidement saper une campagne. Nous en avons eu l'exemple avec Bernie Sanders, qui comptait sur les jeunes électeurs pour remporter la primaire démocrate. Deuxièmement, il n'est pas certain que les événements actuels poussent les électeurs à voter contre Donald Trump. La crise actuelle n'est pas qu'une question de racisme, d'inégalités et de mécontentement à l'égard du Président américain. Elle est également le signe de l'échec des politiques progressistes des maires des grandes villes américaines, pratiquement tous membres du parti démocrate.

La crise du COVID-19 a aggravé les problèmes structurels préexistants, ce qui va compromettre durablement la stabilité financière, économique et sociale au niveau mondial.

Nous assistons donc à une montée en puissance des programmes anti-libéraux aux relents nationalistes, qui font la part belle à la démondialisation et à la fermeture des économies et qui restreignent le libre-échange et l'indépendance des banques centrales. La crise du COVID-19 a accéléré ces tendances. Le mouvement Black Lives Matter s'accompagne d'une expansion des moeurs libérales et de l'empathie, un facteur essentiel aux réformes radicales et aux véritables changements sociaux induits par les mouvements sociaux antérieurs.

Les problèmes sociétaux et économiques systémiques ne se résoudront pas du jour au lendemain. À l'heure où les voix s'élèvent à l'unisson pour demander une refonte du système économique, il conviendra de revoir une grande partie des hypothèses qui sous-tendent les prix et les valeurs des actifs. Wall Street sera le grand perdant car l'augmentation des taux d'imposition et des coûts du travail vont grever les marges bénéficiaires.

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Commentaires
a écrit le 21/07/2020 à 12:18 :
Les inégalités aux états unis sont un marronnier depuis que la classe dirigeante y a écrasé les syndicats et autres puissants mouvements ouvriers, cela date donc de bien avant Trump donc avant de vous précipiter à cracher bêtement sur Trump, je vous conseille fortement de vous instruire sur ce phénomène en lisant "Une histoire populaires des états unis" de Howard Zinn, vous n'en reviendrez pas et en plus cela vous permettra de faire moins manipulateur de l'opinion publique, vous comprendrez mieux cette paupérisation exponentielle de la population américaine, merci.

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