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Pour un dialogue social rénové, vecteur de compétitivité

Frédéric Monlouis-Félicité

Publié le 18 janvier 2012 à 08:43 - Mis à jour le 18 janvier 2012 à 08:46

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Par Frédéric Monlouis-Félicité, délégué général de l'Institut de l'entreprise.

La France est-elle prête à affronter les vents contraires qui s'annoncent ? A l'instar de l'équipage d'un navire qui se prépare à traverser la tempête, chacun doit se sentir responsable du destin collectif : non seulement l'Etat, mais aussi les salariés, les syndicats, les entreprises.

Remontons quelques mois en arrière. Une comparaison rapide entre la France et l'Allemagne montre qu'en 2008-2009, malgré un recul de son PIB deux fois plus important que la France, l'Allemagne n'a quasiment pas perdu d'emplois. Pendant la même période, la France perdait 500.000 emplois, et voyait son taux de chômage grimper de 2 points. Notre marché du travail, par sa rigidité, ne permet pas les adaptations nécessaires aux temps de crise et compense ses déficiences par la dépense publique, les fameux "amortisseurs sociaux". Injuste socialement, car les plus fragiles (intérimaires, CDD, jeunes...) deviennent la variable d'ajustement par l'exclusion de l'emploi, notre système est aussi économiquement inefficace et budgétairement insoutenable.

Au-delà de la structure même du marché du travail dont les rigidités sont bien connues, ce phénomène tient aussi à la déficience du dialogue social à la française. En Allemagne, les accords collectifs de branche et d'entreprise permettent de recourir massivement au chômage partiel, à la baisse temporaire des salaires et du temps de travail en contrepartie du maintien de l'emploi. Ce principe est inscrit dans la Loi fondamentale, équivalent de notre Constitution : l'Etat garantit aux partenaires sociaux la liberté de négocier leurs conditions de travail et de rémunération au niveau de chaque branche. Ce "pacte social de compétitivité" a donné lieu en 1993 à un accord, célébré comme un modèle du genre, entre Volkswagen et IG Metall, qui a permis au constructeur automobile de sauver 30.000 emplois en contrepartie d'une baisse de 20% du temps de travail assortie d'une réduction des salaires. Au Danemark, aux Pays-Bas, en Belgique aussi, l'État fait confiance au sens de la responsabilité des partenaires sociaux pour élaborer des compromis acceptables pour tous.

En France, quand leurs perspectives économiques se dégradent, les entreprises ont le choix entre la peste ou le choléra : licencier le salarié qui refuse une baisse de salaire ou d'heures travaillées (changements considérés comme une "modification substantielle du contrat de travail") ou engager une procédure collective de plan social, avec toutes les incertitudes juridiques et les conséquences humaines associées.

Collectivement, nous sommes tous perdants : les entreprises, qui ne peuvent pas conserver leurs employés pour préparer la reprise ; les personnes licenciées qui se retrouvent durablement hors du marché du travail ; la collectivité, qui doit prendre en charge l'indemnisation de chômeurs supplémentaires. La destruction de valeur collective joue à plein.

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Pourtant, il existe en France des exemples réussis d'un dialogue social efficace. Poclain Hydraulics, entreprise industrielle familiale, a su traverser la crise de 2009 par un consensus courageux entre sa direction, ses syndicats, ses salariés. La réduction temporaire des salaires a permis à l'entreprise de faire face à une baisse spectaculaire de son carnet de commandes, sans licenciements. Cette prise de risque a payé : l'emploi a été préservé et les salaires sont revenus à leur niveau d'avant-crise dès le retour à des conditions normales de marché. Si le cas de Poclain Hydraulics est exemplaire, c'est bien parce que l'intelligence collective nourrie par la confiance et l'adhésion des salariés a permis de surmonter la crise, et mieux encore, de coproduire de la cohésion sociale.

Il devient donc urgent de rendre possibles les accords collectifs visant à laisser les partenaires sociaux négocier au sein du triptyque "emploi - salaire - temps de travail". Si l'on faisait enfin confiance aux acteurs de terrain ? L'Etat ne peut plus tout faire : la complexité de l'économie mondialisée, la vitesse de l'évolution des marchés et la subtilité locale des rapports sociaux lui échappent largement. Les syndicats comprennent la nécessité d'ancrer leur action dans la réalité du tissu économique. Il n'est plus de dirigeant d'entreprise qui ne partage ses projets avec ses salariés.

Pour un nouveau contrat social adapté aux turbulences d'aujourd'hui et aux incertitudes de demain, nul besoin de dépenses supplémentaires. Il s'agit avant tout de faire d'un dialogue social de qualité un vecteur de cohésion et de compétitivité.

(retrouvez cet article et d'autres contributions sur la campagne présidentielle sur www.debateco.fr)

Frédéric Monlouis-Félicité

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