Trois conditions pour sortir de la crise européenne

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La crise est là, et avec elle l'anxiété de nombre de nos citoyens face au chômage, à l'endettement et à l'absence de perspectives de croissance. Et pourtant. A chaque étape de la crise, la zone euro fait un pas dans le sens de l'effort et de la solidarité, et semble prendre conscience un peu plus de la nécessité d'unir ses forces.

Le Pacte budgétaire européen, entériné lors du Conseil du 30 janvier, signifie ainsi l'engagement public des Etats membres à respecter des règles budgétaires communes sous le contrôle de la Cours de justice de l'UE : un budget doit être en équilibre une fois prise en compte l'impact de la conjoncture et les mesures temporaires ou exceptionnelles justifiée par le cycle économique. Mais l'Europe ne sait pas comment faire pour aller plus loin que l'adoption de règles contraignantes et pour se donner une véritable stratégie de sortie de crise. Divergences économiques et politiques, reconnaissance de la nécessité de l'effort sans accord sur sa répartition. A force d'attendre des autres qu'ils fassent le premier pas, nous avons du mal à penser notre intérêt commun.

La Banque centrale européenne (BCE) attend des Etats qu'ils concrétisent l'union budgétaire en cours de construction et les réformes structurelles nécessaires. L'Allemagne - et avec elle des Etats comme les Pays-Bas ou la Finlande - attend des Etats du Sud qu'ils démontrent leur capacité à renoncer à une économie sous perfusion d'endettement public et privé et qu'ils procèdent aux réformes de structure qui leur permettront de lutter contre l'évasion fiscale, la corruption et le corporatisme. L'Allemagne veut soumettre les budgets nationaux à un contrôle indépendant, pour que politique ne signifie pas clientélisme. La France attend de la BCE qu'elle prenne ses responsabilités de prêteur en dernier ressort, pour rassurer les marchés financiers, et ainsi protéger ses conditions d'emprunt et ses banques. Elle veut un gouvernement européen capable de réagir aux crises et de mener une politique contracyclique. Les pays du Sud de l'Europe fragilisés par la crise de la dette espèrent la solidarité financière de leurs partenaires. Ils demandent des obligations européennes (eurobonds) qui allègeraient la charge des intérêts d'emprunt.

Et si pourtant chacun détenait une part de la vérité ? Et si au lieu que chacun attende que les autres fassent le premier pas, nous le faisions ensemble ? Tous pourraient y trouver plus d'avantages que d'inconvénients et l'Europe sortirait par le haut de la crise. Une part importante des attentes de l'Allemagne a d'ores et déjà été entendue : les mécanismes de supervision économique commun ont été très largement renforcés. Le Pacte budgétaire a confirmé l'engagement des Etats membres en ce sens. Mais si la supervision est utile pour éviter de répéter les erreurs du passé (endettement excessif et divergence de compétitivité), elle ne peut résoudre à elle seule la crise actuelle. Il faut donc aller plus loin. Tout d'abord, un Trésor européen doit être créé pour gérer des émissions de dette communes à la zone euro, avec une ressource fiscale propre pour assurer sa crédibilité (par exemple un impôt sur les sociétés européen se substituant à leurs équivalents nationaux décrédibilisés par la concurrence fiscale). La dette mise en commun serait limitée aux bons du trésor, c'est-à-dire à la dette de court terme (eurobills), à hauteur de 10% de leur PIB, comme proposé récemment par Thomas Philippon et Christian Hellwig. Le Trésor européen pourrait également émettre, avec l'accord des institutions politiques européennes, des emprunts de long-terme pour financer - aux côtés des fonds structurels partiellement transformés en fonds conjoncturels contracycliques - un programme d'investissement européen. Enfin, le Mécanisme de stabilité européen, dont l'entrée en vigueur a été avancée à début juillet 2012, serait conçu comme un réel fonds monétaire européen capable d'organiser le défaut ordonné d'un Etat ou d'une banque européenne : sa première mission serait d'organiser le défaut de la Grèce, en servant de médiateur entre la Grèce et ses créanciers privés.

Le second pilier viserait à assurer la légitimité politique de l'Union et de la zone euro. Un président pilotant à la fois la Commission et le Conseil serait élu au suffrage universel direct. La zone euro serait dotée d'un ministre des finances lui donnant une seule voix dans les enceintes économiques internationales. Le contrôle budgétaire serait de nature à la fois technique (par la Commission) et politique (par l'assemblée parlementaire réunissant des représentants des parlements européens et nationaux prévue par le Pacte budgétaire). Enfin, la légitimité démocratique du Parlement européen serait accrue en adoptant une représentation plus proportionnelle à la population et en lui confiant un pouvoir d'initiative législative. Troisième pilier, la BCE, rassurée par la mise en place de cette union budgétaire plus efficace, plus crédible et plus légitime, reconnaitrait son rôle de prêteur en dernier ressort. Pour éviter néanmoins que ceci crée un effet d'aubaine, la BCE annoncerait simultanément qu'elle refuserait à l'avenir (en dehors des périodes de récession) de prendre en collatéral les nouvelles obligations émises par les Etats lorsque ceux-ci ne respectent pas les règles budgétaires communes. Chacun des acteurs du psychodrame européen actuel a une partie du puzzle, il est temps de l'assembler : à la crise systémique, proposons une réponse systémique.

* auteur de "Europe, la dernière chance?" avec Guillaume Klossa, paru chez Armand Colin

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Commentaires
a écrit le 12/02/2012 à 14:48 :
Une condition nécessaire et suffisante pour sortir de la crise des Etats providentiels : réduire l'Etat à ses missions régaliennes et libérer l'économie des carcans qui la ravage. Il n'y a pas d'autre alternative. Si l'économie n'est pas libérée, la crise ne peut que s'approfondir, le chômage et la pauvreté toucheront de plus en plus de personnes. Désormais, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas ou que ce n'était pas prévu par les économistes !
a écrit le 12/02/2012 à 7:23 :
1er virer tous nos politiques et les remplacer par des gens compétant 2eme retour aux francs et fermer les frontières, 3eme supprimer la bourse et les actionnaires et rendre la parole au peuple, virer tous ses gens qui ce disent intelligent et toute ces grosses têtes banquier, experts, sages, financiers, ect... qui nous mènent droit dans le mur
a écrit le 11/02/2012 à 10:19 :
Encore un article de la pensée unique La solution reposant dans plus d'Europe alors qu'une majorité des européens dans tous les pays pensent au contraire que c'est cette Europe (c.a.d celle de la libre concurrence à tout prix) qui nous a emmené là où nous sommes. Une vraie Europe ne peut se faire contre les peuples et comment faire cette Europe quand le seul dogme mis en avant est celui de la concurrence. Il faut changer le logiciel!
Réponse de le 12/02/2012 à 12:34 :
La pensée unique, c'est d'affirmer que l'Europe se fait contre les peuples alors que ces sont les Etats socialistes collectivistes qui agissent fermement contre les peuples. Qui nous vole, qui nous spolie des deux tiers des richesses que nous produisons ? Non pas l'Europe mais bien la France socialiste ! La libre concurrence est bonne pour les peuples. L'enfermement et l'infantilisation des peuples par l'étatisme criminel est mauvaise : l'étatisme conduit aux crises (35 ans de chômage de masse en France) ou au meurtre de masse (guerre entre peuples européens). L'Europe est une chance pour libérer le peuple Français du monstre socialo-communiste qui l'étouffe depuis de trop longues décennies. Oui, il faut détruire le logiciel socialiste !
a écrit le 11/02/2012 à 7:06 :
Cet article est ridicule, idiot et mal construit. Au lieu de parler de 3 mesures pour une sortie de crise, commencez par parler d'une d'Europe fédéral, ce qui résume votre propos trivial. Ensuite, que toute cette affaire écrase la souveraineté des peuples et quelques centaines d'années d'histoire ne semble pas vous déranger ; pas plus que la vision technique de vos approches, illusoires - pour la technique et pour l'approche. Bref, un papier nul et non avenu, n'importe qui peut écrire des anneries pareilles. J'espère au moins qu'on a vous a viré depuis.
a écrit le 11/02/2012 à 1:07 :
Cet article n?amène rien de nouveau, mais ne fait que répéter ce que l?on entend et ce qu?on lit depuis des mois et qui nous a amené là où nous en sommes A LA FAILLITE!
L?Europe est un amalgame de pays assemblés, sans l?accord des habitants, sans aucune harmonisation -- système social -- système fiscal -- SMIGS -- salaires -- charges sociales -- contrôle des dépenses etc etc Elle n?a pas été construite par des comptables gestionnaires et elle fonctionne encore avec Merkel une physicienne et Sarkozy un avocat politicien de même dans les autres pays... Chacun, y compris nous mêmes, a voulu en profiter en soutirant de l?argent qui venait du ciel, prêté à taux zéro, ou presque, et surtout qui serait remboursé par les gouvernements suivants.
CE SYSTEME OU PERSONNE NE PEUT RAJUSTER SA MONNAIE PAR LA DEVALUATION NE PEUT PAS FONCTIONNER avec des systèmes fondamentaux (vus plus hauts) très différents et l?on aurait pu facilement le prévoir en analysant l?histoire récente de la Grèce et de la famille Papandréou qui a dirigé la Grèce sur trois générations avec X faillites. Le dernier des Papamdréou aux élections, se vantait sur ses affiches «d?être le meilleur pour prendre de l?argent à l?Europe». Il a eu raison au moins sur ce point. Le fiasco de la Grèce n?a pas de solution sinon la séparation pour quelques années des pays européens et la reconstruction de l?Europe séparément AVEC VOLONTE en accordant AVANT DE REVENIR ENSEMBLE les systèmes fiscaux, sociaux, les SMIGS, les salaires, le contrôle européen des dépenses etc
Cette Europe se résume chaque trimestre à un flux financier sans fin du Nord vers le Sud !!! et l?on croit avec tant de bêtises que les allemands vont accepter au bout de X réunions «de la derniere chance» de se voir dépouiller ! A moins que l?on attende les résultats de nos prochaines élections pour nous dire «on ne peut pas faire autrement que d?arrêter».
Il est impensable que nous soyons obligés de donner à fond perdu de l?argent à la Grèce sans qu?elle soit mise sous tutelle au moins pour la dépense de NOTRE argent. On prend réellement les contribuables pour des c. Aujourd?hui certains de ces pays doivent pouvoir dévaluer. Les Anglais ont été plus malins que nous, comme d?habitude, en matère monétaire. Peut on faire présider l?Europe par un président qui refuse son pays dans l?Euro ? On se moquera bien de nous dans l?histoire !
Pour le moment nous sommes dans tous les cas OBLIGES D?ARRETER CETTE GABEGIE DONC SAUVE QUI PEUT, ALORS QU?IL EST DEJA BIEN TARD !!
a écrit le 11/02/2012 à 1:07 :
Cet article n?amène rien de nouveau, mais ne fait que répéter ce que l?on entend et ce qu?on lit depuis des mois et qui nous a amené là où nous en sommes A LA FAILLITE!
L?Europe est un amalgame de pays assemblés, sans l?accord des habitants, sans aucune harmonisation -- système social -- système fiscal -- SMIGS -- salaires -- charges sociales -- contrôle des dépenses etc etc Elle n?a pas été construite par des comptables gestionnaires et elle fonctionne encore avec Merkel une physicienne et Sarkozy un avocat politicien de même dans les autres pays... Chacun, y compris nous mêmes, a voulu en profiter en soutirant de l?argent qui venait du ciel, prêté à taux zéro, ou presque, et surtout qui serait remboursé par les gouvernements suivants.
CE SYSTEME OU PERSONNE NE PEUT RAJUSTER SA MONNAIE PAR LA DEVALUATION NE PEUT PAS FONCTIONNER avec des systèmes fondamentaux (vus plus hauts) très différents et l?on aurait pu facilement le prévoir en analysant l?histoire récente de la Grèce et de la famille Papandréou qui a dirigé la Grèce sur trois générations avec X faillites. Le dernier des Papamdréou aux élections, se vantait sur ses affiches «d?être le meilleur pour prendre de l?argent à l?Europe». Il a eu raison au moins sur ce point. Le fiasco de la Grèce n?a pas de solution sinon la séparation pour quelques années des pays européens et la reconstruction de l?Europe séparément AVEC VOLONTE en accordant AVANT DE REVENIR ENSEMBLE les systèmes fiscaux, sociaux, les SMIGS, les salaires, le contrôle européen des dépenses etc
Cette Europe se résume chaque trimestre à un flux financier sans fin du Nord vers le Sud !!! et l?on croit avec tant de bêtises que les allemands vont accepter au bout de X réunions «de la derniere chance» de se voir dépouiller ! A moins que l?on attende les résultats de nos prochaines élections pour nous dire «on ne peut pas faire autrement que d?arrêter».
Il est impensable que nous soyons obligés de donner à fond perdu de l?argent à la Grèce sans qu?elle soit mise sous tutelle au moins pour la dépense de NOTRE argent. On prend réellement les contribuables pour des c. Aujourd?hui certains de ces pays doivent pouvoir dévaluer. Les Anglais ont été plus malins que nous, comme d?habitude, en matère monétaire. Peut on faire présider l?Europe par un président qui refuse son pays dans l?Euro ? On se moquera bien de nous dans l?histoire !
Pour le moment nous sommes dans tous les cas OBLIGES D?ARRETER CETTE GABEGIE DONC SAUVE QUI PEUT, ALORS QU?IL EST DEJA BIEN TARD !!
a écrit le 10/02/2012 à 15:21 :
Je lis nullpart le mot faillite ou encore sortie de l'euro.
Article comme le traité de Lisbonne; à refaire. Désolé.
Fédéré c'est bien, mais remettre les compteurs à 0 c'est mieux. Pauvre Grecs, Portuguais, Espagnol, Italien, Irlandais et Français....
a écrit le 09/02/2012 à 16:55 :
Les parlements sont privés de leur droit de décider du budget, remis à des non-élus.
Démocratique, la démarche ? Il faut dire qu'en matière de démocratie, Robert Schuman, qui a voté les pleins pouvoir à Pétain et participé au gouvernement de Vichy, en connaissait un rayon...
Réponse de le 09/02/2012 à 19:04 :
Les parlements n'ont aucune légitimité à voter des budgets en déficit, même en régime démocratique. Le déficit, c'est l'achat de votes pour satisfaire une partie de l'électorat sans faire souffrir l'autre partie. Mais le moment de payer arrive toujours tôt ou tard. La démocratie est dévoyée par l'irresponsabilité de ceux qui croient que l'argent est gratuit, surtout l'argent des autres. La vraie démocratie est un régime de responsabilité, les droits impliquant les devoirs correspondants. La vraie démocratie est donc incompatible avec les collectivismes, notamment le socialisme et le nationalisme.
Réponse de le 09/02/2012 à 23:32 :
Je vous rejoins sur un point : la démocratie n'est pas possible avec le socialisme.
En revanche, la seule façon de tendre vers la démocratie est à mon sens le nationalisme justement puisqu'on regarde l'intérêt de la nation, c'est à dire l'intérêt général, avant tout.
Réponse de le 10/02/2012 à 19:23 :
Supprimez alors les regimes de repartitions (secu et retraites) et ainsi vous repondrez a VOTRE definition de la democratie!
Réponse de le 11/02/2012 à 13:48 :
La mome a tout compris : les régimes par répartition obligatoires sont les principaux vecteurs du dévoiement de la démocratie, car ils sont utilisés par les politiciens pour acheter des votes en masse. Yoh, l'intérêt général ne peut être que la somme des intérêts particuliers. Ceux qui prétendent construire l'intérêt général autrement confondent LEUR intérêt particulier avec l'intérêt général. Illégitimes et immoraux, ils échouent inéluctablement, qu'ils soient nationalistes ou socialistes.

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