Pourquoi il est possible de s'intéresser de nouveau à la dette des pays émergents

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(Crédits : Reuters)
Depuis le début de l’année, une nouvelle vague d’incertitudes s’est répandue sur les marchés des pays émergents. Leurs actifs retrouvent pourtant quelques couleurs Par Pierre Pinel, CIO Allocation d’actifs et Yann Schorderet, stratège quantitatif.

Dans l'esprit des investisseurs sensibles aux critères de valorisation, il est bien connu que les crises créent des opportunités d'investissement. La chute du prix d'un actif financier le rend généralement plus attrayant, pour autant toutefois que la baisse de cours ne reflète pas la vision d'une continuelle détérioration de ses fondamentaux. 

 

Hausse spectaculaire des rendements obligataires

Ainsi, le retrait massif de capitaux étrangers jadis investis dans de nombreux pays émergents a-t-il provoqué mécaniquement une baisse des cours des actifs qui leur sont rattachés. Rappelons que cette fuite avait été déclenchée par le discours de M. Bernanke au sujet de l'arrêt des injections de liquidités de la Fed. La fin de la politique à taux zéro laisse envisager la perspective de rendements plus intéressants aux États-Unis. Pour l'instant toutefois, les rendements sont encore très bas.

Ironiquement, la crise des pays émergents a engendré une hausse spectaculaire des rendements obligataires. Dans ce cadre, les emprunts gouvernementaux en Inde et en Indonésie présentent des rendements à l'échéance supérieurs à sept pour cent dès deux ans de maturité. Dans ce contexte, nous avons augmenté notre exposition à la dette émergente. Tout en restant vigilants et sélectifs, nous estimons que certains de ces actifs sont actuellement attractifs.

 

Nouvelles mesures d'assouplissement à venir 

En effet, même si les rendements des pays développés devront remonter, la hausse des taux sera très probablement lente et graduelle. Considérant la banque centrale américaine, il est à noter que sa présidente, Janet Yellen, n'a pas confirmé ce qu'elle avait laissé entendre à l'issue du Comité de direction des 18 et 19 mars derniers. Après avoir indiqué que le taux directeur pourrait remonter au cours des six prochains mois suivant la fin du programme d'assouplissement quantitatif, elle a plus récemment décrété que le taux de chômage aurait encore besoin de deux ans pour atteindre un niveau satisfaisant aux yeux des autorités monétaires du pays. Autrement dit, le premier resserrement de la politique pratiquée par la plus influente banque centrale au monde ne devrait pas arriver de sitôt.

Soulignons aussi que même si le taux des fonds fédéraux venait à remonter au printemps 2015, son niveau alors rehaussé ne serait que légèrement supérieur à zéro. Le différentiel avec les taux offerts par certains pays émergents resterait dès lors important. Quant à la Banque centrale européenne, l'heure n'est pas au resserrement mais plutôt à la possibilité de nouvelles mesures d'assouplissement.

 

Ralentissement de l'inflation 

Au contraire des grands pays développés pour lesquels l'aube de la hausse des taux d'intérêt se profile lentement à l'horizon, nous pourrions assister à l'assouplissement des politiques monétaires dans les pays en développement où les taux directeurs ont fait l'objet de fortes hausses au cours de ces derniers trimestres.

En effet, l'inflation a ralenti dans bon nombre de pays émergents. D'une manière plus générale, les fondamentaux se sont améliorés. Ce phénomène résulte notamment de la force de rappel à l'équilibre agissant par l'intermédiaire des taux de change. L'Inde a subi de fortes sorties de capitaux en raison d'investisseurs effrayés par l'ampleur du déficit de la balance des comptes courants. Après avoir atteint un plus haut à plus de cinq pour cent du produit intérieur brut, le déficit tant décrié a quasiment été réduit de moitié. En comparaison, l'Indonésie n'est qu'à ses premiers pas en matière de réduction du déficit de ses comptes courants. Cependant, une nette amélioration de la balance commerciale a été enregistrée dès la fin de 2013 : après avoir plongé en territoire négatif l'année précédente, le solde affiche désormais un excédent.

 

Une dynamique de flux défavorable 

Si le bilan est loin d'être irréprochable, rappelons que les dettes italiennes et espagnoles avaient suscité un fort enthousiasme du marché dès le constat d'une amélioration. Ne pouvant utiliser l'arme des taux de change, le redressement de la balance commerciale avait dû s'appuyer sur l'implémentation de réformes structurelles plutôt que par le truchement d'un simple mécanisme monétaire. Peut-on aussi avancer cet argument dans la recommandation d'achat d'obligations émergentes ? Les élections organisées cette année dans certaines régions du monde émergent pourraient apporter leur lot de réformes favorables à la croissance économique.

Enfin, la dynamique des flux n'est actuellement plus défavorable aux actifs dont il est question. La crise de l'année passée a notamment fait fuir les investisseurs les plus craintifs. Ainsi la performance des indices depuis le début de l'année atteste-t-elle de ce retour de balancier. Depuis le 1er janvier, la dette émergente a rapporté environ cinq pour cent selon les indices les plus populaires en la matière.

 

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