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La déflation a bon dos, M. Valls

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 16 septembre 2014 à 08:54 - Mis à jour le 16 septembre 2014 à 09:26

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le gouvernement met en avant un risque de déflation pour justifier le dérapage du déficit public et l'absence de véritables économies. Mais c'est là un argument de faible portée, qui masque mal l'absence de courage politique de l’exécutif dans sa politique de réformes. pPar Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec Business School.

Après avoir augmenté les impôts de 22 milliards en 2012 puis de 29 milliards en 2013 mobilisant tous les citoyens dans la lutte pour l'assainissement des comptes publiques et le retour à l'équilibre budgétaire en 2017, après avoir pris des engagements formels auprès de ses partenaires européens en échange d'un sursis de deux ans, le gouvernement a dû annoncer que loin de diminuer de 4,1% vers les 3,8% prévu, le déficit allait au contraire augmenter à 4,4% en 2014.

L'échec cuisant de sa politique de rigueur budgétaire a rendu urgent pour le gouvernement de trouver un bouc émissaire et une histoire crédible à raconter. C'est le mérite du ministre de l'économie d'avoir identifié la déflation que subirait le pays pour se justifier. De fait, la déflation est à nos portes et ce n'est pas une bonne nouvelle. En situation de déflation, l'indice des prix des biens et services - une moyenne pondérée de tous les prix - chute d'un mois à l'autre. Actuellement, le glissement annuel des prix en France mesuré au mois d'août est de 0.4%, mais la tendance est en effet à la baisse et certains segments comme les aliments et l'énergie enregistrent déjà des baisses significatives (-1.5% le même mois).

Les lourdes conséquences de la déflation

La déflation entraîne de nombreuses conséquences négatives. Les consommateurs sont tentés d'ajourner l'achat de biens de longue durée, ce qui affaiblit la demande globale. Plus grave, dans un marché du travail d'une extrême rigidité comme le notre, la baisse des prix n'étant pas suivie par une baisse de salaires nominaux, elle renchérit le coût du travail par unité produite ce qui accentue la perte de compétitivité de l'industrie nationale et affaiblit la création d'emplois. Sur le marché des capitaux, le taux d'intérêt nominal ne pouvant tomber en dessous de zéro, les entreprises qui empruntent pour financer leurs projets devront rembourser l'équivalent d'une quantité plus grande de biens qu'elles produisent et dont le prix aura baissé.

Identifier une stratégie de retour à la croissance

Cette forme de déflation prend ses origines dans un climat économique dégradé, avec une demande faible, lié au pessimisme des entreprises et des consommateurs. Il ne faut pas confondre cette situation de baisse généralisée et diffuse des prix avec une forte baisse des prix et des salaires dans un pays en situation d'ajustement structurel comme la Grèce par exemple. En effet, pour une période relativement courte, dans ce pays la chute des prix et des salaires se substitue à une dévaluation externe et va permettre aux entreprises de restaurer leur compétitivité, et de gagner des marchés à l'exportation. La déflation qui semble guetter notre pays n'est pas de ce type et le gouvernement ferait bien d'être inquiet et d'identifier une stratégie de retour à la croissance plutôt que l'utiliser pour couvrir son échec à tenir ses engagements budgétaires auprès des citoyens, des investisseurs et des partenaires européens.

C'est la croissance faible qui fait chuter l'inflation

Selon Michel Sapin, le ministre de l'économie ce serait ce niveau d'inflation plus faible que prévu (0,5% contre 1%) qui empêcherait le gouvernement de tenir ses engagements de réduction du déficit budgétaire. On pourrait croire que la faiblesse de l'inflation a provoqué un ralentissement de l'activité, qui elle mettrait le gouvernement dans l'incapacité de réduire le déficit. En réalité le lien est inverse et c'est une croissance faible qui induit une inflation faible. Si les prix n'augmentent pas et que la croissance du volume d'activité est infime (l'anticipation de croissance est de 0.4% pour 2014 au lieu de 1% anticipé), le PIB nominal exprimé en euros ne devrait augmenter que faiblement.

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Or le gouvernement s'attendait à une croissance positive du PIB nominal basé sur son anticipation d'inflation de 1%. A taux d'imposition constant, il y a donc un manque de ressources fiscales pour le gouvernement, sachant que les dépenses ont déjà été engagées en tablant sur le taux d'inflation prévu. Même si le gouvernement était de bonne foi dans son anticipation d'inflation, cela fait un bon moment que l'on sait qu'elle sera plus faible que prévu. Comme l'augmentation de taxes ne semble plus être une solution viable, le gouvernement aurait pu revoir avec courage ses dépenses. Il a choisi l'inaction et laisser filer le déficit, tout en cherchant des excuses.

L'imposture des économies annoncées

Selon le Gouvernement la faiblesse de l'inflation explique qu'il va également manquer son objectif de 21 milliards d'économies en 2014. Cette annonce a le mérite de révéler aux citoyens l'imposture de ces soi-disant économies. Elles ne correspondent pas à des baisses de dépenses mais à un écart entre la dépense réalisée avec ce que serait la dépense si elle avait suivi sa hausse tendancielle. En clair, si les dépenses augmentent tous les ans de 4% et que cette année elles n'augmentent que de 3%, le gouvernement va clamer qu'il a réalisé x milliards d'économie, bien que sa dépense augmente de 3%. En l'espèce, la mesure favorite du gouvernement est de geler les traitements, les points d'indices, les retraites des fonctionnaires. Ces mesures n'ont rien de structurel, mais ont un impact immédiat à hauteur de ce qu'aurait été une revalorisation au niveau de l'inflation. Plus l'inflation est forte, plus le gouvernement clame avoir fait des économies. Inversement, lorsque l'inflation est faible, cette même mesure rapporte beaucoup moins. Il manquerait au Gouvernement deux milliards d'euros « d'économies » par rapport à ses prévisions d'impact.

Augmenter la compétitivité des entreprises, la seule politique à mener

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La BCE a déjà pris la mesure de la situation de danger déflationniste et a porté son principal taux d'intérêt à un niveau quasi nul de 0,05%, ce qui est du jamais vu dans la courte histoire de l'euro. Et, à côté de nouveaux prêts de long terme aux banques, elle a annoncé un programme original de « Quantitative Easing » sous la forme d'achat de créances privées adossées à des prêts bancaires, pour un montant pouvant aller jusqu'à 1.000 milliards d'euros. L'effet immédiat de ces annonces a été une baisse de l'euro de 5% par rapport au dollar, ce qui va contribuer à lutter contre la déflation via la hausse du prix des importations, ou « inflation importée ».
La seule façon pour le gouvernement pour lutter contre la déflation tout en maintenant la rigueur budgétaire impérative pour la stabilité financière de la dette publique est de mener des politiques structurelles de soutien de la croissance via l'augmentation de la compétitivité des entreprises. La meilleure façon d'y arriver n'est pas de distribuer des cadeaux fiscaux compliqués en échange d'engagement d'embauches mais en déréglementant le marché du travail, en transférant une partie des charges sociales pesant sur le travail sur la consommation et en supprimant les entraves à la concurrence sur les marchés et les nombreuses contraintes administratives sur les entreprises.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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