Jean Tirole, un prix Nobel pour un Français d'exception

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(Crédits : DR)
Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs d'économie à l'ESSEC

Un quart de siècle après l'attribution d'un premier prix Nobel d'économie à Maurice Allais, un second économiste français obtient cet honneur, et porte les couleurs de la France au sommet de la hiérarchie mondiale des chercheurs en économie.
Des nombreux articles ont présenté le travail, remarquable en tout point, du professeur Tirole, y compris dans les pages de ce journal où ce prix a été présenté comme la victoire de la micro-économie sur la macro-économie, ce qui est en partie vrai. Depuis le milieu des années 1990, le prix Nobel a été octroyé notamment à des chercheurs en théorie des jeux, économétrie ou micro-économie. On pourrait aussi parler d'une certaine victoire de la théorie sur l'empirique, puisque la plupart des prix Nobel sont décernés pour des avancées théoriques.

Des avancées théoriques importantes appliquées aux télécoms, cartes de crédits...

En effet, le professeur Tirole et ses collègues de l'Ecole d'Economie de Toulouse, créée par le regretté Jean-Jacques Laffont, ont révolutionné l'analyse en économie industrielle et en économie de la régulation, en intégrant notamment l'asymétrie d'information et avec un traitement très rigoureux des interactions stratégiques entre agents économiques. Jean Tirole a appliqué ses avancées théoriques importantes à l'étude de secteurs comme les télécommunications, les cartes de crédits et à la régulation de la liquidité bancaire.
Le nombre de citations du professeur Tirole répertoriés à ce jour par Google Scholar est de plus de 80.000 dont 12.500 pour seul son ouvrage d'économie industrielle publié en 1988. Selon l'indicateur h-index (très utilisé pour évaluer l'impact d'un chercheur sur sa discipline), plus de 115 de ses articles sont cités plus de 115 fois. Rares sont les chercheurs français en économie qui totalisent 100 articles de qualité tout au long de leur carrière.

Une méthode sans idéologie

Si tout le monde se réjouit de cette consécration de l'école d'économie française, certains journalistes ont signalé que cette recherche théorique n'est pas à la portée de tous. De fait, il ne s'agit pas de vulgarisation mais de recherche pour la compréhension de laquelle une bonne connaissance des faits économiques mais aussi des concepts économiques et des mathématiques sont requises. La recherche n'est pas censée être comprise de tous, elle doit nourrir les applications au service de tous. C'est le travail des pédagogues de savoir la vulgariser.
Une partie de la presse a présenté le Professeur Tirole comme un défenseur du libéralisme économique en en lui faisant grief. Il est bon de préciser que ce chercheur, d'une grande qualité morale, a comme principale préoccupation l'amélioration du fonctionnement des firmes, des marchés et de l'économie. Sa méthode de travail est basée sur l'analyse rigoureuse des faits et la formulation des modèles à même d'éclairer les mécanismes les moins évidents, en cherchant la cohérence interne des explications. Cette méthode n'a pas d'idéologie. Elle a tout simplement une grande valeur sociale.

Écouter plus les avis des chercheurs de pointe

Jean Tirole est un économiste citoyen, profondément concerné par l'amélioration du bien-être social en France. Le pays traversant une des plus graves crises économiques depuis le second choc pétrolier, il a choisi de consacrer une partie de son temps à l'analyse des faiblesses de l'économie française et notamment le fonctionnement du marché du travail. Il est regrettable que les avis du Professeur Tirole, de même que ceux d'autres chercheurs français incontestables comme Olivier Blanchard, Philippe Aghion, Pierre-André Chiappori, ou Roland Benabou passent plutôt inaperçus dans les media et dans la sphère politique. A la télévision et dans la presse, on entend plutôt des opinions battues et rebattues sur le soutien à la croissance, venant de conjoncturistes ou d'experts plus ou moins improvisés. Ces collègues peuvent certes avoir une très bonne connaissance des faits et leur propre vision de la société, mais il serait bon pour tout le monde que le petit nombre de chercheurs en économie de niveau international bénéficie d'une plus grande écoute.

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Commentaires
a écrit le 25/10/2014 à 8:53 :
J'aimerais sensibiliser nos deux compères sur le role de l'énergie dans le développement de l'économie. L'énergie remplace le travail, il est logique de raisonner avec le travail, le capital et l'énergie et de répartir les charges sociales sur le travail, le capital et l'énergie. Comment faire?
a écrit le 17/10/2014 à 14:53 :
Si la morale est une mauvaise conseillère économique , il y a fort à parier que c est à l économie de faire amende honorable . L économie n étant pas une science elle a tendance à ne pas avoir de conscience .
a écrit le 17/10/2014 à 8:05 :
La morale fait de la mauvaise politique économique.
Or la gauche qui se prend pour Dieu, ne sait faire QUE de la morale et voudrait par une culpabilisation générale qui tient lieu de politique transformer le monde à son image.
Dans le monde réel, une bonne politique économique est pragmatique, intelligente et crée des incitations qui tiennent compte de l'extrême complexité des réactions de tous les acteurs économiques tels qu'ils sont et non comme la gauche voudrait qu'ils soient.
a écrit le 16/10/2014 à 17:28 :
Un prix nobel sur ordre du FMI ce pentouflare ultra liberal retournera vite dans l'obscurite
a écrit le 16/10/2014 à 16:00 :
une académie qui couronne les économistes libéraux et ultras, ceci depuis des lustres, ressemble à si méprendre aux couronnements des économistes marxistes par le soviet suprême,mais que n aurait on pas dit? = l'entre soi ?
a écrit le 16/10/2014 à 14:56 :
"on entend plutôt des opinions battues et rebattues sur le soutien à la croissance, venant de conjoncturistes ou d'experts plus ou moins improvisés."

C'est sûr, Krugman, Lawrence Summers ou Stiglitz sont des experts improvisés quand ils parlent de croissance... C'est qui ces 2 tartuffes ?
Réponse de le 16/10/2014 à 15:06 :
C'est sur que ce n'est pas la modestie qui les etouffera ces 2 gus.
a écrit le 16/10/2014 à 13:29 :
Tirole ne parle pas et n'écrit pas.
Il trace sur le papier des formules savantes qui ne disent rien à personne et restent sans aucune application directe, si ce n'est un discours abstrait à l'usage des idéologues déguisés en universitaires.
La science économique aujourd'hui n'a rien à dire à la Cité.
Réponse de le 16/10/2014 à 13:58 :
Si le prix Nobel était un prix de vulgarisation ca se saurait.
Réponse de le 20/10/2014 à 11:08 :
Tirole parle et écrit, encore faut-il écouter et lire. L'économie n'est pas une science dure, mais ce n'est pas une divination non plus, cela ne la disqualifie pas pour autant (diriez-vous la même chose de la psychologie, la linguistique ou de la philosophie?). Les problèmes auxquels s'est attaqué Tirole sont bien concrets et, bien que complexes à étudier et nécessitant l'utilisation de "formules savantes", ont permis de minimiser l'impact négatif des monopoles naturels dans leur stratégie de sous-production et de sur-tarification. Payer l'eau, les transports et l'électricité moins chers pour un service meilleur, je dis merci M. Tirole.
a écrit le 16/10/2014 à 13:22 :
Comme chaque année, il faut le répéter : le prix Nobel d'économie n'existe pas !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
C'est le prix de la banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel.
La science économique ça n'existe pas , c'est une escroquerie intellectuelle !
Réponse de le 16/10/2014 à 14:09 :
Il y a bien un prix Nobel de littérature.
a écrit le 16/10/2014 à 13:05 :
Quelle exception ? C'est un économiste libéral de plus que le système encense, rien à voir avec un Maurice Allais qui nous a laissé un testament ô combien visionnaire sur les méfaits du libre-échange.
Réponse de le 16/10/2014 à 15:07 :
Libéral? Pas vraiment non.
Il explique qu'en face d'un marché libre, il doit y avoir un état fort.
Réponse de le 16/10/2014 à 18:31 :
@15:07 : oui, un Etat fort pour renflouer les banques quand celles-ci perdent trop mais faible avec les droits des travailleurs. Vous appelez ça comment vous ?

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