Le leadership allemand pris en tenaille

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le leadership allemand pris en tenaille, entre ralentissement des économies clientes (Asie...) et rébellion du sud de l'Europe contre la rigueur

2015, sera une année compliquée pour l'Allemagne. Au moment où sa conjoncture s'extrait du trou d'air de la mi-2014, ayant démontré sa résilience dans un contexte difficile et pourvue de marges de manœuvres budgétaires que les autres n'ont pas, cette idée est je vous l'accorde moins qu'évidente.

Pourquoi, au moment où le ciel s'éclaircit sur la zone euro, l'Allemagne devrait-elle  s'interroger sur elle-même ? Parce qu'elle doit gérer deux fronts compliqués.

Premier écueil pour l'Allemagne

Le premier est le bousculement de son modèle de croissance de plus en plus tourné vers les marchés extra-européens. Tous les pays, l'Allemagne comme les autres bénéficient du renfort de la baisse de l'euro. Mais l'Allemagne doit aussi composer comme les autres avec le ralentissement économique de certaines régions du monde, notamment de la Chine, de la Russie et du Brésil. Zones sur lesquelles elle est plus exposée que les autres.  Rien que ces trois pays représentent aujourd'hui plus de 10% des exportations allemandes. Quatre points de plus que la France. Avec des retombées internes plus importantes qu'en France puisque ses exportations sont presque 2 fois supérieures à celles de la France rapportées au PIB.

Elle doit de surcroît sur ses points forts que sont les biens d'équipement et l'automobile, affronter la concurrence du Japon,  dont l'offensive monétaire depuis deux ans lui confère  un avantage  bien supérieur à celui que la zone euro a engrangé depuis 6 mois.

Il y a ensuite l'affaiblissement relatif du gain qu'elle retire son économie bazar. Certes les devises des PECO ont accompagné l'euro dans sa baisse.  Mais le redéploiement de la sous-traitance vers les PECO, qui avait permis à l'Allemagne de s'immuniser contre les effets de la hausse de l'euro, perd de son efficacité dans un contexte de dépréciation généralisée de l'euro.

Il y a enfin le revers de la médaille de la cure de rigueur que l'Allemagne a imposé à ses partenaires.  Elle doit maintenant se battre sur un marché européen qui retrouve des couleurs mais sur lequel ses concurrents ont amélioré leur avantage compétitif. Elle parvient dans ce contexte à maintenir ses parts de marché intra-européenne. Ce qui est bien. Mais il lui sera difficile de faire mieux.

Le front du sud de l'Europe, le second écueil

Ce que l'on pourrait appeler la rébellion  du Sud contre la rigueur imposée. Il est clairement de plus en plus difficile à l'Allemagne de protéger ses créances quel qu'en soit le coût politique et social. Et le détonateur grec sonne l'heure d'un nouveau compromis. Le jeu à la Ponzi qui consiste à prêter pour garantir le service de sa dette s'avère au final une fuite en avant toute aussi dangereuse que de reconnaître une partie de ses pertes.

Devant cette impasse, et le risque de contagion, il sera difficile aux instances européennes de proposer une solution circonscrite au seul cas grec. L'Allemagne est à nouveau acculée, et la France, pays des demi-mesures, se retrouve au centre du jeu, médiateur entre deux extrêmes. L'Allemagne a perdu une nouvelle occasion d'affirmer un leadership bienveillant sur la zone. Et c'est sur la défensive qu'elle s'engage sur une année scandée par les diverses commémorations de sa défaite.

Au final, l'Allemagne n'ira pas forcément plus mal que les autres l'an prochain. Mais de fil en aiguille, elle est conduite à se recentrer sur son marché intérieur. Et elle devra enfin se résoudre à aller mieux avec les autres et non plus mieux au détriment des autres.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 13/02/2015 à 6:42 :
Puisque nous parlons de l'Europe pouvez-vous commenter l'explosion sud européenne alors que l'Allemagne est au plein emploi?
Pourquoi l'Etat crée-t-il une pénurie de logements qui fait doubler le coût pour les ménages alors qu'on critique le subprime?
Pourquoi l'Etat refuse de financer les retraites?
Pourquoi les Etats sud européens font-ils baisser le PIB par habitant, désertifier le pays et font-ils exclure la moitié des jeunes de la vie active?
L'Europe est-elle un modèle? Est-ce moral?
Pourquoi ne critique-t-on pas les baisses de salaire et les faux comptes de retraite truqués par des calculs fallacieux?
On parle déficit, on annonce 85 de déficit et 15 de plus en 2015, des plans sociaux... alors cela fait combien sur 5 ans?
On entend parler réforme de certaines professions, qui des corporations à 1 euro cotisé, 3 de pension?
a écrit le 11/02/2015 à 17:50 :
Olivier Passet prend ses rêves pour des réalités. Le leadership allemand n'a jamais été aussi net. De l'Ukraine à la Grèce, c'est elle qui mène le jeu et la France ne fait que de la figuration, l'Italie est inexistante et l'Espagne, malgré un début de redressement économique, est très loin derrière. Aucun de ces 3 "pays du Sud" ne conteste la suprématie allemande, aucun ne s'en plaint, et tous sont bien contents que l'Allemagne continue d'être le banquier de l'Europe. Et ce n'est pas les spéculations sur la Chine qui changeront quelque chose.
Réponse de le 13/02/2015 à 16:06 :
Non, faux ce sont les US qui mènent le bal en Europe avec des chefs d'états subvertis qu'ils 'agisse de merkel ou de hollande.
a écrit le 11/02/2015 à 13:03 :
un jour ou l'autre, il faut payer l'addition, et chaque année qui va arriver, l'addition va grossir pour notre voisine qui va moins fanfaronner.
Réponse de le 11/02/2015 à 14:22 :
Qui c'est qui fanfaronne? T'as vu un allemand fanfaronner, toi? Tu serais pas un pote de Tsirpas le grec?
Réponse de le 11/02/2015 à 15:16 :
l'allemagne a 2000 milliards d'euros de dette. Elle aussi doit des comptes à ses créanciers. Si demain ils refusaient de prêter l'allemagne aussi aurait quelques soucis. Bien mondre que la France je vous l'accorde mais des soucis tout de même.

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