Brexit, une chance pour l'Union européenne et la France

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Il faut dire non à l'Europe à la mode britannique et clarifier le projet européen. Bref, aller de l'avant. Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 La Sorbonne, CEO de ZENON7 et Président de j c g a*

Bye bye Britannia et bon vent ! Certes pour la première fois l'Union Européenne rétrécit, mais regardons sereinement ce moment, justement commenté comme historique : s'il s'agit d'une catastrophe pour la Grande Bretagne, c'est une chance inattendue pour l'Union et pour la France si, très vite, nous saisissons ce moment, cessons d'entretenir le brouillard mensonger, reprenons nos responsabilités et notre leadership et agissons pour retrouver la voie de l'Europe puissance économique, politique et géopolitique. Nous allons analyser pendant les prochains mois ce chemin de reconquête, prenons ce matin juste le temps d'en marquer les enjeux immédiats.

A Bruxelles, pour ceux et celles qui vivent réellement les institutions européennes, l'ensemble européen ressemble et fonctionne davantage comme Washington DC et Londres que comme Paris et Berlin. Les britanniques sont les plus nombreux lobbyistes, groupes de pression, influenceurs ... les plus actifs aussi. Sous leur impulsion, Bruxelles est devenue une gigantesque place de marché ouverte pour tout et pour tous, européens ou non. Depuis son adhésion à l'Europe en 1973, la Grande-Bretagne minoritaire en Europe, par son activisme et sa volonté de contrôler les avancées de l'Union en profondeur, n'a cessé de tenter de réguler à sa main l'Europe de l'intérieur : oui au grand marché unique, non à l'Europe politique intégrée. Oui à l'élargissement, non à l'approfondissement.

Dire NON à une Europe à la mode britannique

Ce moment est historique car le potentiel d'initiative qui résulte du Brexit est beaucoup plus puissant que celui d'un continuum d'une Europe à plusieurs vitesses à la mode britannique, celle du marché contre celle du politique, celle de la technocratie contre celle des peuples.

Les britanniques n'ont eu de cesse de se tailler une Europe à la carte. Mais, soyons honnêtes, ils ne l'ont fait que par l'acceptation répétée et complice des autres élites politiques et économiques européennes, notamment françaises et en particulier de nos propres chefs de gouvernement au sein du Conseil Européen ou de nos représentants au Parlement européen. Le Brexit donne désormais les moyens aux autres européens de dire NON au chantage permanent de ceux qui veulent une Europe à la mode britannique. Ce que les élites européennes avaient oublié de faire depuis trop longtemps. Soyons en certains : même en France, qui est de loin la championne des peuples eurosceptiques, les peuples se sentent moins éloignés de l'Europe que de leurs élites nationales qui ont lâchement abandonné l'Europe et sa construction, seulement devenue le bouc émissaire de leurs propres insuffisances, voire de leurs médiocrités partagées.

Vis à vis des Anglais, ne pas tergiverser

Dans ce moment historique, il y a un aspect agenda immédiat. Nous attendons les élites politiques européennes sur leur capacité à agir vite et fermement. Pour marquer la confiance et sa détermination, tuer l'incertitude, elle aussi mortifère, l'Union Européenne et ses membres doivent désormais détricoter immédiatement et radicalement les liens avec la Grande Bretagne. Pas de tergiversation pour éviter la contagion. Plus de présidence tournante en 2017, exit les députés européens, plus d'avantage financiers ... plus de lobbyistes dirigeants les fédérations européennes ... pas de participation au négociations du Traité Transatlantique ...

Demain la Grande Bretagne sera une autre Suisse ou Norvège, ce qu'elle est déjà avec une place financière libre, une monnaie souveraine et des paradis fiscaux intégrés. C'est la Grande Bretagne, pas l'Europe qui est dans l'impasse ce matin. N'en déplaise aux 51,9% de Britanniques qui ont souhaité sortir, le Royaume-Uni a beaucoup plus à perdre que l'Europe. Il va devoir négocier des accords commerciaux pour éviter son effondrement économique et financier. L'Union devra poser fermement ses propres conditions. Et la Grande Bretagne est fracturée, l'Écosse, l'Irlande du nord ont voté pour le maintien, le Pays de Galles et l'Angleterre pour la sortie, les villes pour le in, les campagnes pour le out, les jeunes sont pro-européens, les ainés contre ...

Merci Cameron!

Ce moment historique ouvre le chemin d'une clarification du projet européen. Il faut remercier David Cameron: le Brexit ne concerne pas les seuls britanniques, car il demande en fait qu'on se prononce enfin sur la vraie nature du projet. En fait c'est toujours le conflit entre Europe puissance et l'Europe espace qui domine la question.

Pour répondre il faut regarder nos propres responsabilités nationales, celles de nos gouvernants nationaux qui ne travaillent pas leur sujet européen, ni dans les capitales, ni à Bruxelles. Celles et ceux qui avaient cédés à l'intense chantage de la Cameron en février dernier et un accord insensé qui portait en lui la mort programmée de l'Europe par diffusion à de nombreux pays qui étaient en train de préparer une participation européenne à la carte.

Pour l'Europe et la zone euro en particulier, il n'y a d'autre choix que d'aller de l'avant. L'Europe a commencé sans la Grande-Bretagne et elle continuera sans elle. La France et l'Allemagne, plus encore que les autres pays membres, doivent être à la hauteur de ce moment historique pour relancer l'Union. L'UE doit transformer sa richesse de marché en puissance économique et en influence géopolitique, Ce que ne voulaient pas les britanniques. L'Europe doit intégrer les nouvelles frontières que les crises récentes lui ont révélées. Il faut cesser de ne penser que marché, il faut pousser l'Europe politique et l'intégration sur des bases fermes et claires. Et chez nous : éviter le Franxit !

*Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 29/06/2016 à 7:57 :
J'ajoute mon grain de sel en évoquant le role du prix de l'énergie comparé au cout du travail. La note n°6 du CAE aborde cette question. Cela explique peut être le Brexit.
a écrit le 28/06/2016 à 9:42 :
Tout a fait d'accord, c'est le moment de commencer a construire les Etats Unis de l'Europe
a écrit le 27/06/2016 à 17:02 :
Suivons plutôt les conseils avisés d'Hubert Védrine : pour l'intégration politique il est urgent de réfléchir car les signaux des peuples ne sont pas bons. En France, ils ne l'ont jamais été depuis 1992 mais ce n'est pas en France que le peuple est le plus écouté. Dans l'attente on peut stabiliser une Europe du grand cercle, une Europe apolitique du marché commun et de la libre circulation des biens car le commerce et la coopération avec nos amis anglais sont plus forts que les traités actuels.
a écrit le 27/06/2016 à 16:43 :
Pourquoi négocier ? les traités sont prets, ce sont les meme qu'avec la Norvège et la Suisse qui payent pour avoir accès au marché européens, la GB doit sortir son carnet de chèque sans avantages ni privilèges !
a écrit le 27/06/2016 à 9:12 :
Le Pr Gallieni a bien raison.
Les institutions européennes sont noyautées par les fonctionnaires britanniques émargeant au budget de l'Europe, dont la plupart sont là pour tirer uniquement l'Europe dans leur intérêt et en sabotant sa construction, en liaison avec les politiciens du 10, Downing Strett. A condition de se monter ferme, c'est une réelle chance pour l'Europe que ce Brexit. Muais on voit déjà les divisions se formuler entre France et Allemagne, et les dirigeants anglais, maîtres du juridiquement du calendrier, vont utiliser le droit européen contre nous pour obtenir avant de faire valoir l'article 50, de nouvelles concessions majeures. Et tant que le UK ne sort pas, l'Europe ne fera plus que s'occuper de cela..
Réponse de le 29/06/2016 à 10:51 :
Je suis d'accord avec vous. Je suis partisan aussi de l'UE initiale, celle de De Gaulle, basée sur le tandem France Allemagne et quelques pays autour, très cohérent en culture, histoire, économie, et la seule façon selon moi de construire enfin une puissance continentale indépendante. Cette puissance imposerait la fin de cet OTAN agressif et anti-européen de nature et intérêt !
Les anglais ont tout fait pour casser le projet de De Gaulle, notamment en poussant à l'élargissement de l'UE à tout va, façon simple d'imposer leur marché et leurs finances. Il faut revenir à une UE faisable, limitée et occidentale, cohérente car conforme à son histoire (empire romain d'occident). .
A nous de construire aussi une armée européenne (et d'imposer le retrait des troupes anglo-saxonnes qui occupent l'Europe). La France doit reprendre le pilotage de la nouvelle UE, et remettre en première ligne le Français à la place de l'anglais (du vieux franco-normand en fait), le Français étant la langue européenne majeure depuis bien longtemps et qui sera aussi un des moyens de renforcer l'indépendance européenne.
Réponse de le 29/06/2016 à 12:07 :
Une Europe à la Francaise, centralisée à Bruxelles, avec une administration pléthorique s'occupant jusqu'à la taille des trous dans le gruyère, une chape réglementaire et fiscale et qui de plus est très instable au gré de l'inspiration des politiques, nos partenaires, mêmes les plus proches, n'en voudront jamais.. Il faudra trouver une version plus light de fonctionnement, et qui laisse les identités nationales s'exprimer.
a écrit le 25/06/2016 à 11:40 :
Sans l'Europe aucun gouvernement Français n'aurait envisagé de diminuer le déficit de l'état,le peu qui a été fait par Sarkozy et par Hollande nous a évité de mettre la France dans la situation de la Grèce.C'est tellement plus facile de dépenser sans compter pour faire plaisir aux électeurs et gagner des voix.C'est aussi simple que ça!!!!
Réponse de le 27/06/2016 à 9:14 :
Quand on "joue" avec l'argent des autres, on peut tout se permettre, avec le sien on est plus rigoureux!
Réponse de le 27/06/2016 à 9:29 :
@Dagobert
Je me permets de nuancer votre réponse: je suis bien d'accord sur la déplorable gestion électoraliste des finances publiques des politiciens français de tous bords depuis longtemps. Mais c'est aussi lEurope et surtout l'euro qui ont permis cela.Dans le cas contraire, le franc français n'aurait pas tenu, les Agences auraient dégradé notre note, et les réformes profondes seraient devenues obligatoires. Cette absence de réformes et l'accroissemenr de la dette se paiera cher, tôt ou tard. Avez-vous vu que M.Sapin veut donner aux Assances le droit de limiter ou d'arrêter le droit de faire des retraits sur votre contrat d'assurance-vie en cas "de circonstance exceptionnelle " dont bien évidemment la définition n'existe pas. Le haircut se précise? Cordialement.
a écrit le 24/06/2016 à 22:29 :
Sans vous lancer des fleurs, il me semble que LT est le média le plus sérieux de France. Je vais donc répéter ce que j'écris depuis 1985 (Retour du à une maladie professionnelle d'un séjour de 21 ans en Amérique du Nord; employé de son industrie aérospatiale). Il m'a fallu six mois pour comprendre que cette Union Européenne n'était qu'un mirage. Il faut d'abord comprendre une doctrine américaine née dans les années 1960-70s: Europe will be americanized or will never be. Ensuite, l'évidence veut que cet amalgame de républiques royales (France), républiques mafieuses (ex-pays de l'Est) et de monarchies décadentes (Angleterre, Espagne, Belgique, Danemark etc.) entretenant des milliers d'inutiles, de sangsues et d'incapables ne sera jamais crédibles. Il ne faut surtout pas, aussi que cette U-E soit amie d'une Russie insoumise.
J'ai écrit et auto-édité Trois petits livres détestés par le système intitulés: Le Rescapé de la Bombe; 2039 Une Fiction Préventive et récemment: La Bêtise Humaine, Vue de France. Je suis seulement un bon citoyen concerné par ce que l'on va léguer aux générations futures dont le casier judiciaire est vierge et qui n'appartient à aucun parti ou organisation politiques. Je veux seulement aider... A suivre...
a écrit le 24/06/2016 à 21:09 :
L'Europe c'est un jeu d'équipe ou chacun joue perso. Il n'y a pas d'identité européenne ou de projet de société commun. Un simple marché commun qui a mis a genou note industrie et qui aujourd'hui frappe durement notre agriculture.
Réponse de le 24/06/2016 à 22:43 :
L'Union Européenne est une merveilleuse idée. Malheureusement celle que l'on a conçue est faite à l'opposé du bon sens. Tous les pays qui réussissent sont des fédérations d'états ou de provinces ayant un gouvernement fédéral une seule monnaie, une seule armée, une langue officielle et des langues locales possibles etc. L'Union fait la Force. Aucun petit pays ne peut survivre dans la complexité planétaire actuelle. Marine Le Pen a oublié de changer de siècle et des incapables comme Hollande et Sarkozy ont fait en dix ans trop de mal à la France...
Réponse de le 27/06/2016 à 16:49 :
Faux les suisses ne parle pas les meme langues et est fédérale, La France n'a pas eu besoin de l'Europe pour auto détruite son industrie, elle est capable de le faire toute seule, a ce compte la l'Allemagne n'aurait plus d'industrie non plus, vos idée sont complètement fausse et votre anti Europe sans raison valable, il vous faut trouver d'autres arguments !
a écrit le 24/06/2016 à 18:26 :
Le BREXIT est une formidable opportunité pour l'Angleterre et l'Europe.
Ça bouge enfin, il faut remettre en question nos fonctionnements technocratiques et faire confiance aux femmes et hommes qui vont faire avancer les peuples et les relations.
Bravo les Anglais
Réponse de le 25/06/2016 à 0:42 :
Entièrement d'accord avec vous. Ils ont osé. Même si tous les motifs n'étaient pas altruistes, çà va faire "bouger les lignes".
a écrit le 24/06/2016 à 18:12 :
Moins il y aura de pays dans cet Union est plus cela s’éclaircira, c'est clair!
a écrit le 24/06/2016 à 16:47 :
Le brexit est un soulagement qui permettra à l’Europe de se développer de façon plus harmonieuse en étant moins obsédé par le libéralisme britanique, .
Bravo pour cet article, mais la question du Franxit est inappropriée, la question est plutôt de savoir ce que nous aurions dû intégrer dans l'europe, y compris les objectifs de la BCE (réduction du chômage comme pour la FED ...)
a écrit le 24/06/2016 à 15:44 :
Je pense au contraire que le moment est venu de poser le crayon sur l'intégration politique. Manifestement les peuples n'en veulent pas et se sentent pour beaucoup à cette heure proches de nos amis anglais. Amis avec lesquels nous continuerons bien entendu d'avoir des échanges et notamment des échanges économiques. Reconstruisons déjà l'union telle qu'elle était avant l'acte unique ce sera déjà pas mal...
a écrit le 24/06/2016 à 15:14 :
Vous rejoins globalement dans votre analyse. cette sortie britannique peut être une opportunité de remise en question d'un modèle obsolète.
Déconstruire pour reconstruire ... Les motivations pour quitter l'Europe sont multiples et pour ma part, si je voterais aujourd'hui "Francesortie", ce n'est nullement par crainte de l'étranger et par repli national, mais parce qu'en tant que citoyenne lambda, je ressens fortement le coût de la vie depuis l'entrée en vigueur de l'euro et en ai marre que l'on m'impose des réglementations contraignantes et peu "naturelles" (je pense notamment à l'alimentation) dictée par des technocrates complètement coupés de la réalité.
Sortir de l'Europe ... pour la recréer sous une autre forme plus humaine, plus respectueuse de la nature et des gens. Voilà mon souhait !
Réponse de le 24/06/2016 à 17:43 :
Surprenant votre post ! S'il n'y avait pas eu l'Union européenne les 28 et la France en particulier n'auraient jamais autant respecté l'environnement et la nature ! C'est la pression des pays du Nord notamment qui a amené à différents règlements de protection de la nature, recyclage etc. depuis plusieurs décennies. C'est fou ce que l'on peut dire comme inepties à l'égard de l'Union européenne et faire des jugements sans aucune objectivité ni vérité !
Réponse de le 24/06/2016 à 17:44 :
Une maison pensée pour 6 voire 9 et occupée par 28 membres ! Beau mais très, trop complexe ?
Réponse de le 25/06/2016 à 0:38 :
A Environnement
Merci pour votre commentaire respectueux, tolérant, si peu condescendant !
Je suis pour l'Europe, mais pas celle d'aujourd'hui ...
Comme l'a dit la journaliste de "C'est dans l'air", ce soir : "Qui peut réenchanter l'Europe ?" ... La jeunesse ? Je le souhaite profondément.
a écrit le 24/06/2016 à 14:14 :
Nous attendons les élites politiques européennes sur leur capacité à agir vite et fermement
La France et l'Allemagne, doivent être à la hauteur de ce moment historique pour relancer l'Union...
Mais QUI pour être à la hauteur ?
Réponse de le 24/06/2016 à 16:12 :
100 % d'accord avec cet article très intéressant, et avec la même interrogation : qui, en France et en Allemagne entre autres, qui pour agir vite et efficacement pour une véritable Europe unie ?
Quelqu'un qui aurait une vision à long terme de notre avenir... Tiens, ça nous changerait, on n'a pas vu cela depuis bien des années !
Réponse de le 24/06/2016 à 17:42 :
@unphysicien je me pose ne fait la même question que vous !!!

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