Chômage allemand : une comparaison faussée avec la France

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui: le chômage allemand, une comparaison faussée avec la France

Personne ne doute un instant que l'économie allemande soit nettement supérieure à celle de la France et de prendre comme principal témoin de cette supériorité le taux de chômage : c'est un fait, a à peine plus de 4%, l'Allemagne est proche du plein emploi alors que la France n'est toujours pas parvenue à casser le plancher des 10%, c'est plus du simple au double. Il n'y a donc, a priori, pas de match possible entre les deux pays, visiblement l'un sait créer des emplois et pas l'autre, c'est structurel, mais c'est faux.

Il manque en effet un élément fondamental à l'analyse : l'évolution de la population active. Car le chômage n'est rien d'autre qu'un résidu entre la population active et l'emploi. Population active que l'on retrouve une seconde fois au dénominateur du taux de chômage. Population active qui, de fait, constitue de loin la première source de variation du ratio. Or cette variable décisive est systématiquement passée sous silence... c'est l'angle mort du commentaire du taux de chômage ! Car contrairement à ce que l'on croit, la population active est une variable qui bouge, qui bouge même beaucoup.

Plusieurs forces sont capables de la faire dévier

D'abord des forces structurelles, mais non nécessairement stables :

  • 1/ les flux démographiques liés aux variations des soldes naturels et migratoires.
  • 2/ Les modifications de la législation avec notamment les changements de l'âge du départ à la retraite.
  • 3/ Et enfin, les effets sociologiques comme la féminisation de l'emploi dans les années 60-70 en France. Or cette variable, n'a pas évolué, mais vraiment pas évolué, de la même manière des deux côtés du Rhin.

En prenant en compte les données depuis 1991, c'est-à-dire juste après la réunification, la population active allemande a progressé jusqu'à aujourd'hui de 6,5%, l'équivalent de 2,6 millions personnes de plus à absorber par le marché du travail.

Pour la France le défi est de toute autre ampleur, la hausse de la population active approche les 14,5%, c'est 3,6 millions de personnes en plus à qui il faut trouver du travail ; 1 million de plus par rapport à l'Allemagne. C'est tout, sauf neutre. Une fois n'est pas coutume, il faut mettre les chiffres à plat : la France aura créé sur les 25 dernières années environ 2.750.000 emplois, c'est autant que l'Allemagne, alors que la taille de notre économie est bien plus réduite.

Un peu de statistique fiction

Si la population active française avait suivi la même trajectoire que celle de l'Allemagne et qu'elle ait conservé ses propres chiffres de créations d'emplois elle serait à moins de 4% de chômeurs ! En faisant le raisonnement inverse, c'est-à-dire en appliquant à l'Allemagne la hausse de la population active française, son taux de chômage dépasserait les 11%. Nous sommes là à un front renversé.

Bien sur ce que l'on attend d'une économie c'est d'absorber la croissance de sa population active mais il n'en demeure pas moins que la démarche comptable mesure l'effort à fournir. L'accueil massif d'immigrés sera donc bien pour l'Allemagne un défi de taille : ça passe ou ça casse !

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 26/10/2016 à 7:03 :
Enfin une analyse plus sérieuse de la notion de chomage. Il manque cependant la référence aux gains de productivité liés à l'usage de l'énergie qui permettent de réduire le temps de travail pour une même production. Le chomage est du temps "libéré", suivant la théorie d'André Gorz, qui est pourtant un homme de gauche. Encore un petit effort!
a écrit le 25/10/2016 à 17:01 :
vive le chômage. Une personne au chômage gagne plus infiniment plus qu'une personne qui travaille avec des allocs de toute sorte des aides à foison. Alors ce n'est pas la peine de se crever au boulot. Vive le chômage
a écrit le 25/10/2016 à 16:35 :
Statistique faussée : il faut prendre en compte l'âge de la retraite ainsi que les centaines de milliers de migrants qui sont absorbés sur le marché du travail allemand chaque année. Le solde migratoire est très élevé par rapport à la France, contrairement au discours paranoïaque de la droite qui dénonce une invasion.
a écrit le 25/10/2016 à 14:03 :
L'économie Allemande fait beaucoup sous-traiter dans les Pays de l'Est voisins qui fournissent ainsi la main d'œuvre qui lui manque. Par ailleurs, rien ne nous obligeait à accepter les flux migratoires que nous avons depuis 40 ou 50 ans qui nous mettent aujourd'hui dans la situation décrite dans l'article, comparée à celle de l'Allemagne, avec toutes les difficultés d'intégration que nous connaissons aujourd'hui.....
a écrit le 25/10/2016 à 13:51 :
Le raisonnement semble particulièrement faussé.
L'article passe notamment sous silence les points suivants, de nature à creuser encore plus le décalage en défaveur de la France :
1 - Différentiel de l'âge de départ à la retraite.
Décalage de 3 ans, sans compter les dispositifs "privilégiés" (de type Sncf, Edf, etc.. à 53 ans), les dispositifs de préretraite en France.
2 - Formations
Les formations plus on moins "bidon" pour précisément sortir les chômeurs des statistiques.
3 - Population éligible.
La population active agrège en France les professions libérales (environ 1 million de micro-entrepreneurs), une fonction publique pléthorique, soit autant de gens qui ne pointeront pas à Pôle emploi.
4 - Fiabilité des statistiques
Les statisticiens Allemands n'ont peut-être pas le même sens de la tricherie que la classe politique française.
Réponse de le 28/10/2016 à 9:03 :
Il y a l'influence de l'allongement de l'age de départ à la retraite. Le nombre de retraités plus chomeurs est pratiquement constant. Si on augmente l'age de départ, on augment le nombre de "chomeurs". etc, etc...
Réponse de le 28/10/2016 à 16:27 :
Intéressant contrepoint. Pour faire bonne mesure, comment les Allemands répondent à ces mêmes point que vous listez ?
Sur le point 3, en particulier, les "mini-jobs" sont célèbres pour jeter dans la précarité "active" des ex-chômeurs (et souvent chômeuses), les sortant des statistiques.
Réponse de le 28/10/2016 à 16:30 :
Intéressant contrepoint. Pour faire bonne mesure, comment les Allemands répondent à ces mêmes points que vous listez ?
Sur le point 3, en particulier, les "mini-jobs" sont célèbres pour jeter dans la précarité "active" des ex-chômeurs (et souvent chômeuses), les sortant des statistiques.
a écrit le 25/10/2016 à 11:12 :
Ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire ...
a écrit le 25/10/2016 à 10:55 :
Merci beaucoup de rendre les statistiques plus intelligentes en prenant du recul sur celles-ci car on peut faire dire ce que l'on veut aux chiffres et nos médias de masse et leurs pensées stériles courtermistes ne s'en privent pas.

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