Comment l'euro va continuer à provoquer l'austérité

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comment l'euro va continuer à provoquer l'austérité.

L'euro a-t-il nécessairement l'austérité pour corollaire ? Que la crise ait eu la rigueur budgétaire pour conséquence ne fait aucun doute, et que le carcan de la monnaie unique ait joué un rôle majeur dans les dévaluations internes non coordonnées et mal dosées relève de l'évidence.

Que les critères de stabilité, à la fois la cible des 3% mais surtout l'impératif de revenir à plus long terme sur une cible  de -0,5 à -1% de déficit structurel  ait  amplifié l'ajustement et imprime longtemps sa marque sur le cours des politiques publiques, est difficilement contestable aussi.

Une sorte d'austérité permanente ?

Même si nos écarts de compétitivité étaient résorbés à terme, doit-on considérer que l'euro génère une sorte d'austérité permanente, même en régime de croisière ?  Il faut rappeler d'abord que les critères de stabilité ont été conçus essentiellement pour servir de garde-fou au cours d'un cycle normal de croissance. Leur but était d'éviter que  les déficits ne se creusent excessivement en phase basse du cycle et de faire en sorte que les pays constituent des réserves en phase haute.

Les critères tels qu'ils ont été définis, n'avaient rien de très brutaux et n'étaient pas destinés à instaurer une austérité permanente. Ils laissent même un petit espace à des politiques discrétionnaires  de soutien à l'activité à partir du moment où les économies parviennent à centrer leur déficit structurel autour de l'équilibre. Et le cheminement vers cet objectif structurel de quasi-équilibre à moyen terme était, avant la réforme du Six Pack de 2011, un non-dit laissé à l'initiative de chacun des pays.

Tous ces mécanismes, prévus pour régime de croisière, sont évidemment pervertis, en cas de choc lourd, qui affecte le potentiel de croissance.  Et après 7 ans de rigueur, des pays comme la France, l'Espagne, la Belgique, l'Autriche, la Finlande, l'Irlande ou le Portugal ont encore des déficits structurels voisins ou supérieurs à 2% du PIB. Or ces pays représentent près du tiers du PIB de la zone euro.

Cela signifie que sur le papier, les objectifs à moyen terme auxquels ils ont souscrits  les engagent à réduire d'un demi-point leur déficit structurel chaque année. Les règles de stabilité européennes n'ont pas donc fini de produire de l'austérité et de peser sur la croissance potentielle dans les 4 ou 5 ans à venir.

Il y a plus inquiétant...

L'Euro, incomplet, dépourvu de gouvernement économique véritable, peut produire de la rigueur, même lorsque la longue phase d'ajustement que nous connaissons sera achevée.

Pour une raison majeure : la zone euro est une zone de divergence. Dans un espace dont le cœur bénéficie des effets d'agglomération, concentre les industries motrices et les compétences, et donc les gains de productivité, la périphérie ne peut jouer la carte de la compétitivité qu'en modérant ses salaires et ses coûts. C'est alors véritablement un Europe à deux vitesses qui se dessine. Les gains de productivité globale qui sont le socle de compétitivité des économies du cœur, condamnent à la modération salariale les économies périphériques. Or si cette modération n'enclenche pas un puissant mouvement d'investissement, et que  ces économies se spécialisent dans le bas et moyen de gamme,  cela fragilise leur assiette fiscale, et limite les  investissements collectifs d'éducation, d'infrastructure ou sociaux à forte externalité qui pourraient armer leur rattrapage.  Il existe donc un vrai risque de divergence cumulative des économies.

Cela veut dire aussi que l'équation budgétaire est beaucoup plus problématique pour les économies du Sud et que les risques financiers peuvent ressurgir régulièrement. Là est le cœur du problème. L'austérité n'est pas qu'un épisode dont on sortira à moyen terme. Elle est inscrite dans les gènes d'une Europe qui diverge, et qui a perdu de vue que la convergence réelle des économies, et non la stabilité monétaire, était au cœur de son projet.

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