Comment réguler la blockchain ?

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(Crédits : DR)
Notre capacité d'abstraction nous a permis d'imaginer et de créer des outils extrêmement sophistiqués comme l'argent ou la société anonyme. C'est ce même pouvoir de conceptualisation qui a engendré le bitcoin qui, s'il dure quelques décennies, se sera révélé une invention permettant de libérer et de décomplexifier l'économie, tout en la rendant plus productive. Par Michel Santi, économiste(*)

 L'Histoire économique humaine - ayant démarré avec des galets échangés en guise de rémunération - trouvera-t-elle sa consécration avec le bitcoin et la technologie blockchain susceptibles d'être l'expression suprême de l'inventivité humaine ?

Encore faudrait-il classifier correctement cette classe d'actifs, car, si le Bitcoin et consorts ne sont absolument pas une monnaie - des « crypto-actifs » selon le terme judicieux de la Banque de France- , sont-ils pour autant un actif financier ou un investissement ? Les crypto-actifs ne sont-ils pas plutôt un genre de logiciel que l'on s'échange ? Loin - très loin - du concept d'argent émis par une banque centrale, cette technologie blockchain est en fait le summum de la décentralisation, et présage d'un avenir qui semble échapper au contrôle du régulateur, des pouvoirs publics ou d'une banque centrale. Voilà pourquoi il serait totalement contre-productif (et intellectuellement absurde) de tenter d'appliquer aux crypto-actifs les mêmes règlementations que pour les actifs traditionnels. Pour autant, il est crucial - dans l'intérêt même de la Blockchain que celle-ci soit régulée afin d'éviter une inévitable crise de confiance qui sera provoquée par de très prévisibles échecs voire escroqueries qui y seront liés, et qui ne manqueront pas de susciter des interventions très politisées de la part des États.

En finalité, une régulation provisoire du bitcoin et consorts pourrait ressembler à celle des matières premières, nettement plus flexible qu'une monnaie, qu'une action ou qu'une obligation. Cependant, bien plus complexe que les matières premières, la blockchain exige une règlementation autrement plus nuancée. À moins de totalement passer à côté des ressources offertes par cette technologie, une telle régulation devrait dépasser le cadre de la lutte contre le blanchiment qui est certes une préoccupation légitime. En effet, comme la blockchain envahit désormais l'économie traditionnelle, elle ne peut être considérée par nos autorités comme un vulgaire instrument facilitant les escroqueries. De fait, il est probable que notre approche même de ce qu'est un médium d'échanges doive profondément être remise en question par cette technologie qui devra bien un jour être considérée comme une classe d'actifs à part entière. Quoi qu'il en soit, il semble certain que la nature même décentralisée de la technologie blockchain réduira considérablement le champ d'un tel contrôle de la part d'un régulateur, d'une banque centrale, d'un État, voire d'un groupement d'Etats, fût-il aussi puissant que le G-20.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 12/03/2018 à 9:23 :
Il est dommage que vous mélangiez un produit issu d'une technologie avec sa technologie sous-jacente.
"La blockchain" n'existe pas. Chaque crypto-actifs utilise son propre réseau, sa propre instance d'une technologie blockchain. Il existe plusieurs technologies apparentées de blockchain. Il existe des dizaines de blockchains actives dans diverses utilisation loin des crypto monnaies (garder la trace et l'authenticité des diplômes par exemple).
La technologie blockchain s'apparente plus à un livre de compte infalsifiable. Imagineriez-vous réguler un livre de compte ? Non, mais vous pouvez réguler les processus commerciaux ou financiers inscrits dans ce livre de compte.
En mélangeant blockchain et cryptos-actifs, vous risquez d'endiguer l'adoption des blockchains dans des projets très utiles tels que les traçabilités, alimentaires et autres.
a écrit le 12/03/2018 à 7:50 :
Comment réguler quelque chose qui a été conçu pour ne pas l'être ?
La est la question !
La décentralisation que génère la Blockchain est justement le but recherché :
Satoshi Nakamoto a créé le Bitcoin suite à l'effondrement financier d'aout 2007.
Il avait alors été conclu que la monnaie était chose trop importante pour être laissée entre les mains des gouvernements et des banquiers ....

Une cryptomonnaie est l'affaire de tous ! d’où la très importante notion de décentralisation.
A l'exception de Ripple - qui n'est pas une cryptomonnaie -, tous le monde peut, s'il le désire, participer au fonctionnement d'une cryptomonnaie ou a l'évolution de celle-ci.
Lorsque ceci n'est pas le cas, il ne s'agit plus de cryptomonnaies et c'est pour cela que la concentration des mineurs est si importante à éviter.

Je dis bien cryptoMONNAIE !
Il est impossible d'acheter quoi que ce soit sur le Darknet avec les monnaies de singe étatiques, les cryptomonnaies sont les seules à avoir cours.

Au prochain chaos financier et monétaire très, très proche, nous verrons qui se baigne à poil.

Et croyez-moi, avec le délire sécuritaire et l'abandon des droits les plus élémentaires de l'individu, les cryptomonnaies sont d'ores et déjà indispensable et seront incontournable ... nous finirons tous sur le Darknet.
a écrit le 11/03/2018 à 15:25 :
Encore un faux débat : si le blockchain est totalement décentralisé comme on le dit, il échappe de toutes façons à toute réglementation.
Et le problème n'est pas là : le blockchain est théoriquement inviolable, c'est ce qui fait tout son charme, notamment auprès des banquiers, qui trouvent tous ça merveilleux, mais il n'y pas de système informatique qui passe par internet qui ne soit pas inviolable.
Bref : il faut se méfier des théories.
Surtout dans la finance.
a écrit le 11/03/2018 à 12:26 :
Il est évident que de séparer les outils de productions des mains de leurs propriétaires devient urgent étant donné qu'ils sont en train de les détruire car en possédant trop et ne sachant plus quoi en faire pour raisons stratégiques ou autres.

Et au final il y en a que deux au monde à bosser dans ce sens, avec toutes les nuances obligées, ce sont Trump et May, tandis que nos dirigeants européens eux continuent de se vautrer dans la compromission politiciens/hommes d'affaires.
Réponse de le 11/03/2018 à 16:29 :
" ce sont Trump et May"
Ah bon? C'est pour ça que la réforme de Trump a fait gagner 29 milliards de dollar à Waren Buffet. Vu la population des usa ça fait quand même 80$ par habitants qui arrive dans la poche d'un seul propriétaire des outils de production.
https://www.lci.fr/international/warren-buffet-gagne-29-milliards-de-dollars-grace-a-la-reforme-fiscale-de-donald-trump-argent-economie-2079872.html
Quant à theresa May, vous l'appréciez à cause du Brexit manque de bol elle était contre.
Réponse de le 12/03/2018 à 8:43 :
"Ah bon? C'est pour ça que la réforme de Trump a fait gagner 29 milliards de dollar à Waren Buffet."

Le capitalisme c'est 99% de la planète qui travaille pour 1% qui profite, depuis quand c'est nouveau pour vous ?

Votre mauvaise foi fait que je ne peux que vous signaler hein...

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