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Donald Trump n'a pas tort, c'est aux Européens de se défendre contre toute agression

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 14 février 2024 à 08:12 - Mis à jour le 14 février 2024 à 08:12

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

Reuters

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. En pleine campagne électorale aux Etats-Unis, la déclaration de Donald Trump, affirmant que s'il devenait président son pays ne se porterait pas au secours d'un des membres de l'Otan s'il était attaqué, a soulevé la polémique. Mais elle rappelle aussi que les pays européens sont loin de contribuer à la hauteur des enjeux de défense posés par la guerre que mène la Russie en Ukraine depuis bientôt deux ans. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC.

L'évolution de la situation préélectorale américaine semble placer Donald Trump en bonne position pour espérer un nouveau mandat. Lors d'un rassemblement de campagne, il a déclaré que les Etats-Unis ne se porteront pas au secours d'un pays allié qui serait attaqué par la Russie, si le pays en question ne participait pas à l'effort de défense de l'OTAN à hauteur du seuil minimal de 2% du PIB, tel qu'il a été convenu par l'organisation en 2006.

Cette remarque est choquante en ce qu'elle remet en cause le principe fondateur de l'OTAN qui est la défense commune. L'article 5 du traité fondateur de l'OTAN indique bien qu'une attaque contre un ou plusieurs pays de l'OTAN doit être comprise comme une attaque contre le groupe des 31 pays membres. En revanche, selon ce même principe, chaque pays membre doit se mettre en position de pouvoir intervenir pour aider les autres. C'est pourquoi

au sommet de Wales de 2014

, soit après l'occupation illégale de la Crimée par la Russie, les pays membres de l'OTAN ont réaffirmé le principe de la défense commune contre une éventuelle agression, tout en spécifiant la Russie comme menace importante, et réaffirmé l'obligation de dépenser 2% de leur PIB pour la défense, dont 20% pour l'acquisition d'équipements majeurs. Les pays qui dépensaient moins que ce minimum s'engageaient fermement à atteindre l'objectif de 2% dans les 10 ans à venir.

Les pays européens ont ignoré leurs engagements moraux et budgétaires

A ce jour, les Etats-Unis disposent d'une suprématie militaire sans commune mesure. Sur les dix dernières années ils ont consacré environ 3,5% de leur PIB aux dépenses militaires, soit 860 milliards de dollars en 2023. Ils ont donc des moyens d'intervention considérables sur lesquels comptent les pays européens. Ces derniers, en revanche, ont largement ignoré leurs engagements moraux et budgétaires et se retrouvent bien dépourvus en termes de matériels, de munitions et d'effectifs pour faire face à une guerre symétrique à haute intensité. Selon les

données OTAN

, en 2023, sur les 31 pays de l'OTAN, seuls 11 d'entre eux avaient des dépenses de défense supérieures à 2% du PIB. Sans surprise, il s'agit des pays les plus exposés à la menace russe. On y retrouve la plupart des pays baltes et de l'Europe de l'Est. Parmi les pays d'Europe occidentale, seule la Grande-Bretagne remplit l'obligation, avec un taux de 2,07%. La France s'approche du seuil en question, avec 1,9%. En revanche, l'Allemagne ne consacre à la défense que 1,6% du PIB, un effort évidemment trop faible par rapport à ses engagements et aux enjeux actuels.

Du côté des autocraties, les données du SIPRI indiquent qu'en 2022 les dépenses militaires de la Russie représentaient 4% de son PIB à 86,4 milliards de dollars. Celles de l'Iran sont estimées à 2,6% et les dépenses de la Chine à 1,6% (292 milliards de dollars), avec toutes les précautions à prendre quant à la fiabilité des chiffres officiels dans des pays à régimes autoritaires.

Les dépenses militaires ne sont qu'une approximation de la capacité de défense d'un pays. Dans un conflit, la différence se fait sur le nombre des équipements, leur qualité, la qualité des forces armées et les capacités globales de mobilisation de ces ressources dans la durée. Les salaires et les retraites pèsent plus lourdement dans le budget des pays développés que dans les budgets des pays émergents. Enfin, pour les pays dotés d'armes nucléaires, le coût de la dissuasion nucléaire doit être pris en compte explicitement. De ce fait, les budgets consacrés aux armes conventionnelles sont bien moindres que les budgets consolidés.

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L'Union européenne doit devenir une puissance autonome

Indépendamment de sa manière très particulière de s'exprimer, Donald Trump pose la question de la loyauté de chaque pays à l'alliance, avec l'idée électorale que les Américains seraient constamment plumés par leurs alliés européens déloyaux au niveau militaire comme au niveau commercial. Son refus de serrer la main de Angela Merkel en 2017, vu les fortes réticences de la chancelière allemande à augmenter les dépenses militaires (à 1,23% du PIB en 2017), et ceci malgré les engagements pris en 2014, est encore dans les mémoires.

Ces excès mis à part, il y aurait du bon sens à ce que l'Union européenne devienne une puissance autonome à même de dissuader toute attaque contre son territoire avec ses propres forces de défense sans l'aide américaine (ou alors avec une aide prédéterminée en termes de communications ou surveillance satellite).

Depuis 2014 et l'annexion de la Crimée, la principale menace pour l'Europe est la Russie de Vladimir Poutine et cette menace s'est largement aggravée depuis 2022. Vladimir Poutine a reconfiguré l'économie russe dans la structure d'une économie de guerre fonctionnelle. Les dépenses militaires ont dépassé leurs niveaux historiques et continuent leur progression. La production nationale donne la priorité à la production d'armes, soutenue par un fort investissement en R&D. Des alliances avec la Corée du Nord et l'Iran augmentent le potentiel de développement de nouvelles armes (drones, missiles, systèmes électroniques) et permettent de contourner ou d'échapper à l'embargo sur les composants critiques. Les succès sur le front ukrainien en lutte électronique attestent de la capacité de la Russie à mener une guerre dans la durée.

Les dépenses militaires augmentent trop lentement en Allemagne

Face à la menace russe, les gouvernements européens ont augmenté la production de réunions, de promesses et autres « livres blancs » à défaut de réussir à augmenter les dépenses militaires, les programmes d'armement communs et les contrats de long terme. A la lumière des dernières évolutions, un seuil à 3% pour les pays d'Europe, semble bien plus sensé, à l'image de ce que fait la Pologne, pour rattraper les décennies de sous-investissement. L'étape suivante serait de corriger la fragmentation structurelle de la base industrielle de défense européenne afin d'en augmenter l'efficacité. Cette restructuration éviterait que les budgets européens soient consacrés à l'acquisition d'armes non-européennes plus compétitives comme les équipements sud-coréens et américains. En dépit des promesses du chancelier allemand Olaf Scholz les commandes augmentent trop lentement en Allemagne. Atteindre les 2% de dépenses serait un pas en avant considérable et indispensable.

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Submergés par les problèmes du quotidien - conflits avec les agriculteurs, lutte contre l'inflation, menace de récession, échéances électorales multiples -, la guerre en Ukraine a progressivement quitté la scène médiatique, et les dirigeants européens semblent avoir oublié l'urgence d'une reconstitution rapide du secteur industriel de la défense et des forces armées. La sortie de Trump a eu le mérite de les réveiller, espérons que ce n'était pas que pour un bref moment.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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