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Élections présidentielles: le cartel des politiciens neutralise le marché du travail

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 04 janvier 2022 à 10:48 - Mis à jour le 04 janvier 2022 à 11:05

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

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OPINION. Si les candidats à l'élection présidentielle sont prolixes sur des sujets comme l'Europe, le changement climatique ou les manœuvres de la Russie, en revanche, ils évitent soigneusement d'évoquer le financement des retraites, la réforme de l'hôpital ou encore celle du marché du travail. Ce sont pourtant ces thèmes qui comptent pour les citoyens. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC.

Notre système économique repose sur la concurrence entre entreprises. Lorsqu'un marché fonctionne de façon concurrentielle, les prix convergent vers les coûts pour le plus grand pouvoir d'achat des consommateurs et les firmes sont contraintes à réduire le gaspillage de ressources et à innover pour survivre. La tentation des grandes entreprises est donc systématiquement de mettre fin à la concurrence et de s'entendre sur le dos des consommateurs en fixant les prix et en se répartissant les marchés. Ces comportements constituent un délit financier en Europe et un crime fédéral aux Etats-Unis.

Le bien-être des administrés mis de côté

En revanche, il n'y a aucune sanction contre les ententes visant à supprimer la concurrence entre les projets politiques sur certains domaines sensibles. Si une entente pour ne pas évoquer un problème n'est pas illégale, il est immoral de mettre de côté le bien-être des administrés au nom du profit politique d'être réélu. Or, un rapide aperçu des projets politiques en concurrence pour la prochaine élection présidentielle montre que certains domaines font l'objet d'une entente tacite entre les candidats pour ne pas être évoqués. Le financement des retraites, la réforme de l'hôpital et surtout la réforme du marché du travail brillent par leurs absences malgré le besoin aigu de réflexion et d'action dans ces domaines.

Plus aucun économiste sérieux ne doute du rôle de la rigidité du marché du travail dans la perte graduelle de compétitivité de l'industrie française. Depuis 30 ans, la part de l'industrie dans le PIB s'effrite en faveur des services, dont le marché de travail est intrinsèquement plus flexible. L'encadrement du temps de travail, les rigidités salariales et les contraintes juridiques sur l'ajustement des effectifs ont conduit soit à l'automatisation pour les usines restant en France soit au transfert de la production à l'étranger. Cette désindustrialisation est allée de pair avec la dégradation permanente de la balance commerciale contrairement à d'autres pays européens comme l'Allemagne ou l'Italie.

Un potentiel danger pour gagner une élection

Si ces faits sont maintenant bien connus et documentés, la réforme du marché du travail n'en devient pas pour autant une cause prioritaire pour l'offre politique du fait de son potentiel danger pour gagner une élection. Seuls les populistes orientés vers l'aggravation de la rigidité du marché du travail et l'aggravation de la perte de compétitivité évoquent sans vergogne le marché du travail dans une concurrence à qui rasera le plus gratis. Les mesures miracles attrape-gogos vont de la semaine de travail à 24 heures et du doublement du SMIC, au revenu universel financé par une taxe sur les riches, en passant par la fermeture des frontières à toute immigration, du moins non-qualifiée.

Les politiciens préfèrent « débattre » de sujets grandioses et rassembleurs comme l'Europe, le changement climatique ou les manœuvres de la Russie (et en aucun cas celles de la Chine) car ils peuvent faire preuve de leur « détermination sans faille » quel que soit leur projet, sachant pertinemment que s'ils arrivent ou n'arrivent pas à le mettre en œuvre, cela ne changera pas grande chose à la réalité immédiate et les Français oublieront.

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La jurisprudence François Hollande, qui s'est démoli politiquement en s'engageant sur « l'inversion de la courbe du chômage », joue maintenant malheureusement à plein. Ni le chômage massif des jeunes, et ni le chômage de longue durée ne font l'objet d'analyses et de propositions. Si la pandémie a révélé les risques que pose la désindustrialisation du pays, les politiciens rêvent de pouvoir y remédier en multipliant les programmes d'aides financés par endettement dans la pure tradition planiste des années 1970, ou en instaurant un nouveau protectionnisme. Ces pistes sont erronées et, sans réforme du marché du travail, elles ne feront qu'appauvrir les Français sans faire revenir les emplois industriels.

De grands tabous

Maintenir l'adhésion de la France à la Convention 158 de l'OIT, d'inspiration marxiste, qui bloque quasiment toute réforme du contrat de travail, ne fait pas plus l'objet de débats. La réforme du contrat de travail, un temps défendue par Emmanuel Macron, pour mettre fin à la discrimination de fait entre titulaires de CDD et de CDI est aux oubliettes, et l'opposition « de droite » la laisse dormir là où elle est sans en faire grief au président actuel. L'assouplissement du régime du SMIC et l'écart entre le pouvoir des syndicats et leur représentativité réelle restent de grands tabous.

Comme nos concitoyens, nous sommes préoccupés par le changement climatique et par l'adaptation à la pandémie de Covid-19 et c'est normal que ces sujets figurent dans les thèmes de campagne. Mais qu'il nous soit permis de désirer plus de courage de la part des politiciens appelés à gouverner.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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