Enième réforme des retraites : vérités et non-dits

La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les vérités et non-dits de la réforme des retraites.

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 Le système des retraites français est un système qui s'équilibre peu ou prou à long terme. Probablement sera-t-il encore assez longtemps dans le rouge. Tout dépend en fait des hypothèses de croissance, de productivité, d'activité, qui créent une marge d'incertitude non négligeable. Mais même en tenant compte de cette incertitude, et malgré sa tournure plutôt négative des dernières projections du COR, le découvert à long terme des différents régimes pourrait être envié par nombre de nos partenaires européens, même dans le pire des scénarios.

Un enjeu "systémique", celui de la simplification

Alors pourquoi une énième réforme ? Pourquoi aussi prendre de front la question emblématique du régime spécial des cheminots, dont on sait qu'il est un des plus conflictuels ? La réponse est à rechercher dans les propos même du candidat Macron. L'enjeu n'est pas financier. Le président fait partie de ceux qui admettent que l'équilibrage financier est relativement bien abordé en France. L'enjeu, selon ses propres termes, est systémique.

Le système resterait un système par répartition et, officiellement, ne remettrait pas en cause l'âge légal. Il s'agit avant tout d'aller vers un régime universel, les mêmes règles s'appliquant à tous. Simplifier, uniformiser, réduire les disparités de traitement. L'idée centrale étant d'attacher à chaque actif un "compte notionnel", dans lequel s'accumuleraient des points en fonction de ce qui a été cotisé tout au long de la vie. Fini, donc, les 25 meilleures années dans le privé ou les 6 derniers mois pour les fonctionnaires. Fini aussi les régimes différenciés par statuts. Fini, la prise en compte inégale des primes, etc.

Il s'agit aussi d'une réforme de longue haleine, dont l'application ne concernerait pas le présent quinquennat. Pas d'urgence donc. Plutôt l'idée de parvenir à la "der des der" en matière de réforme ou de paramétrage.

Le système actuel s'équilibre, mais il est inéquitable

Si le système actuel s'équilibre, c'est par un rallongement de la durée de cotisation, mais surtout par une baisse du niveau de vie des retraités, depuis que l'indexation des retraites ne se fait plus sur les salaires mais sur les prix. Ce qui signifie que les retraités n'ont plus droit au partage des surplus de productivité. Et puis il y Par ailleurs, le puzzle des 40 régimes spéciaux prend très mal en compte la véritable pénibilité. Enfin, il existe une véritable iniquité liée au fait que selon les métiers, les écarts d'espérance de vie n'ouvrent pas les mêmes droits de retraite en cumulé. Il y a donc de bonnes raisons de le faire évoluer.

Parmi les avantages de la réforme, il y a le fait qu'un système par points permettrait un équilibrage financier simple par modulation de la valeur du point. De plus, avec ce mode d'indexation, les retraités pourraient bénéficier d'un meilleur partage des fruits de la croissance que dans le système actuel, qui déconnecte les retraites des gains de productivité. Encore faut-il que la croissance soit au rendez-vous. Il y a enfin le fait que dans un monde où les carrières sont de plus en plus discontinues, ce système permettrait une plus grande fluidité entre salariés, entrepreneurs, auto-entrepreneurs, voire fonctionnaires.

Mais la réforme risque de se heurter aux critères de pénibilité

Parmi les grandes ambiguïtés, il y a l'âge soi-disant inchangé de la retraite. Ce système génèrerait en fait une forte incitation à travailler plus longtemps et à accumuler des points supplémentaires pour les salariés occupant les postes les moins pénibles. Une autre façon de créer de l'iniquité en fonction de l'espérance de vie.

Et puis il y a enfin le non-dit de la prise en compte de la pénibilité, qui risque de produire une nouvelle usine à gaz à la place de l'ancienne. C'est là la principale inconnue de la réforme, et le principal paramètre qui en déterminera l'issue. Ne pas faire trop de perdants, c'est déterminer des critères de pénibilité qui absorbent au maximum les régimes spéciaux déjà existants. Pas sûr que l'on sache le faire sur la base de critères simples. Pas sûr non plus que les entreprises acceptent d'entrer dans ce process, on le voit déjà. Et si à la place des régimes spéciaux, on débouche sur du sur-mesure pour  30 millions d'actifs, pas sûr enfin que la simplification en sorte gagnante.

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