L'économie plonge, la bourse remonte : explication

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(Crédits : Charles Platiau)
ANALYSE La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi la bourse remonte alors que l'économie plonge

Les bourses seraient-elles à côté de la plaque. Depuis leur grande dégringolade de mars, elles récupèrent à vitesse grand V le terrain perdu, semblant vouloir effacer l'épisode Covid. Le Standard and Poors n'est plus qu'à 10% de ses records de février et a déjà récupéré deux tiers du chemin perdu en mars. La récupération est moins marquée en Europe et notamment en France, mais elle dissone avec les perspectives toujours plus noires de croissance et d'emploi. Les bourses semblent ainsi jouer la partition du retour du business as ususal, ignorant que du côté de l'économie réelle les signaux négatifs n'ont cessé de s'accumuler, et que le gouffre dans lequel est absorbé l'économie réelle laissera des traces de nombreuses années. Ce divorce récurrent entre économie réelle et finance doit-il nous préoccuper ?

La bourse mise sur le soutien inconditionnel des banques centrales

Ce pari expose ceux qui s'y rallient à de nouveaux risques. À court terme, certes, cette embardée des cours permet aux fonds de gestion, aux banques d'investissement de se refaire. Certains particuliers ont rejoint le mouvement. Le krach historique de mars a attiré de nombreux nouveaux investisseurs voulant profiter des importants rabais sur les fleurons de la cote. Tout cela atténue les effets de richesse. Mais l'on peut craindre que ce rallye spéculatif de hausse ne soit le prélude d'une chute qui ne sera que plus belle.

Car ce que joue la bourse aujourd'hui, c'est le soutien inconditionnel des banques centrales, notamment aux États-Unis où la Fed s'est lancée dans un programme de rachat d'actifs d'une ampleur inégalée. Ce train de hausse ne s'appuie à ce stade que sur des fondamentaux purement internes à la finance. Les fonds de gestion, submergés sous la liquidité, sont en quête de rendements et se placent sur tout actif qui peut rapporter, même si la hausse est éphémère. Et seules les actions peuvent jouer ce rôle à court terme. Mais ils le font en sachant qu'il va falloir se retirer à temps. Et dans ces conditions, il faut s'attendre d'abord à un surajustement à la hausse suivi d'une forte instabilité correctrice dans les semaines qui viennent. La question est de savoir si cette correction prendra un caractère catastrophique.

Des entreprises capables de façonner leur secteur à leur profit

On est certes tenté de répondre oui, tant les cours paraissaient déjà en apesanteur avant la crise. Trois arguments portent néanmoins à modérer cette sentence.

  • 1. Le premier tient à l'arrière-plan boursier en matière de taux d'intérêt. Un taux des bons du trésor à 10 ans au voisinage de 0,6 ou 0,7%, c'est du jamais vu aux États-Unis. Le contexte de remontée graduelle des rendements qui prévalait avant crise, même s'il était déjà bien écorné, a définitivement disparu des radars. Les marchés savent que les taux resteront collés au plancher de nombreux mois ou années encore.

  • 2. Le deuxième argument tient à la sélection des risques. Toutes les actions ne récupèrent pas à la même vitesse et avec la même ampleur. Certains secteurs demeurent gravement sinistrés (l'énergie, les banques ou l'industrie notamment). Ce ne sont pas ces secteurs que jouent les fonds aujourd'hui. La santé, les technologies de l'information, le secteur des communications, le secteur de la consommation de base, dont Amazon fait à lui seul l'essentiel de la cote, effacent le choc de mars. Or, effectivement, ces secteurs demeurent marginalement affectés par la crise, voire en tirent profit. Et ces secteurs stars représentent la part la plus importante de la cote américaine aujourd'hui. Rien qu'à eux seuls, les secteurs des technologies de l'information, de la communication et de la santé, représentent plus de 52% de la capitalisation boursière. Idem en Europe. Santé, technologie et télécom tirent la cote, tandis que l'industrie, l'énergie ou la finance, peinent à remonter la pente. La bourse, de par sa composition, surpondère en fait les secteurs les plus épargnés par la crise, n'offrant qu'une image déformée de l'économie réelle.

  • 3. Le troisième argument qui joue en faveur de la résilience boursière tient au fait que les grands paquebots de l'économie mondiale ne vivront pas la même crise que la grande majorité des entreprises. Certes, ces entreprises sont confrontées à la contraction historique de la demande et des recettes publicitaires. Mais elles ont une capacité de repositionnement par cession d'actifs, par concentration et consolidation de leur secteur à leur profit, qui peut transformer la crise en opportunité. Les cours restituent cette réalité micro-économique. Même si le nouvel équilibre de l'économie se situera en dessous des niveaux d'avant crise, les grandes entreprises cotées ne seront pas forcément les perdantes de ce nouvel équilibre.


Bref, la bourse va sans doute jouer le yoyo. Mais il n'est pas certain que la récupération récente soit le prélude de la grande culbute.

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Commentaires
a écrit le 04/06/2020 à 11:13 :
Réponse à ahah :
"Allez mes petits, c'est le moment d'investir en bourse, tous les clignotants sont au vert
... les gros n'attentent que vous pour lancer le royal cut bear"
Bravo, votre prévision se réalisera certainement au cours des 1, 10 ou 100 prochaines années. Elle aurait éte plus utile si vous aviez annoncé le jour et l'heure que vous prévoyez...
Dans l'immédiat, ne pas oublier que l'état perçoit 30% d'impot sur les plus values, sans courir le risque correspondant. Ca lui permet d'aider ceux qui ne comprennent rien à la bourse.
a écrit le 31/05/2020 à 20:07 :
vous connaissez l'histoire des pantalons a une jambe ? la bourse c'est devenu ca...
a écrit le 31/05/2020 à 19:26 :
Un article intéressant, qui part du principe que les prévisions des économistes ne peuvent que se réaliser, et que la bourse doit refléter ces prévisions.
Mais c'est pour ça qu'on a inventé la bourse : parce qu'on ne peut pas prévoir l'avenir.
C'est d'ailleurs la seule chose dont on puisse être sûr.
Les salons parisiens, vraiment.... !
a écrit le 31/05/2020 à 15:35 :
Allez mes petits, c'est le moment d'investir en bourse, tous les clignotants sont au vert
... les gros n'attentent que vous pour lancer le royal cut bear
Réponse de le 02/06/2020 à 13:08 :
Merci pour ce conseil avisé.
Vous avez cependant oublié de préciser la date et l'heure …
a écrit le 31/05/2020 à 10:40 :
Une nouvelle preuve que l'argent va toujours aux même... A tout ceux qui travaillent pour peut et à qui on va demander de faire plus d'heures pour moins cher, réfléchissez bien et prévoyez peut être la grève. Les syndicats qui sont censé vous protéger sont où en ce moment? Pourquoi ne travaillent ils pas a améliorer vos conditions de travaille? C'est aujourd'hui où jamais, si tout le monde reprends le travail faut pas vous leurrer, ce sera avec pertes définitives des conditions agréables de travail...
Réponse de le 31/05/2020 à 11:36 :
Dans un monde flexible et interconnecté où les robots remplaceront les humains comme les automobiles on remplacé les calèches, les syndicats savent que chaque grève est un suicide.
Le travail est une nécessité, pas une valeur. L'idéaliser relève de la morale judéo-chrétienne, de J. Christ à K. Marx, avec les résultats que l'on a pu constater. Vous ne pouvez pas changer, alors changez de religion : la vraie richesse c'est celle du coeur.
a écrit le 30/05/2020 à 22:25 :
Réponse à "logique" :
"argent gratuit pour spéculer ! merci la FED, BCE et consorts ! "
Alors, on se demande pourquoi vous n'en profitez pas : manque de courage, déficience intellectuelle, paresse ?
La paranoia aussi est logique et, heureusement, affecte surtout le patient et sa perception du réel. Il peut même garder un emploi grace à la BCE, FED et autres malfaisants.
a écrit le 30/05/2020 à 19:03 :
Encore un article qui déclenche la hargne des vertueux non spéculateurs. Ceux qui pensent que l'économie se fait sans prendre de risques.
Qu'ils se rassurent, la bourse est un marché, s'il y a des spéculateurs gagnants il y a aussi des speculateurs perdants.
Les fonds de pension qui "garantissent" les retraites spéculent aussi et donc, par procuration, les milliards de gens qui leur confient leur épargne parce qu'ils sont incapables de s'en occuper eux mêmes.
Réponse de le 30/05/2020 à 22:36 :
Un article amusant ... puisqu'il parait au moment d'un minicrack boursier.
Prudent aussi puisqu'il ne conclut rien : ca montera ou ca baissera, c'est La Bourse.
En plus on a presque totalement échappé au couplet moraliste, rien que des faits. Par les temps qui courent, où chaque tribun se prend pour un bon Samaritain et débale ses sermons à deux balles, ou bien joue les tartuffes fiscalistes, ca a presque un air de libre pensée.
a écrit le 30/05/2020 à 16:15 :
Oui mais la FED injecte plus de liquidités
dans « ses veines « , que ceux du cac40 qui ont un plus petit %
Il suffit de regarder les valeurs du DJ avant et après et il y 5 ans et maintenant et lors de la première crise économique
Ils sont parti d’un plancher de 14000 dollars ... et maintenant ils sont en bonne forme
a écrit le 30/05/2020 à 15:54 :
Le malheur des uns fait le bonheur des autres et vice versa, cela va de pair tant que la bourse et l'économie n'auront pas le même but!
a écrit le 30/05/2020 à 13:56 :
Parce qu'ils ont trouvé les moyens de se faire plus de fric avec les dettes publiques et privées et la pauvreté qu'avec les transactions "classiques". Donc, tout va bien !!!
Réponse de le 30/05/2020 à 18:51 :
Ah le classicisme ! Nostalgie … !
Les grottes de Lascaux, les guerres de religion, le Moyen-Age, le bon sauvage, le nouveau monde, le travail en usine, la grande aube … tous ces paradis perdus, sniff …
Réponse de le 31/05/2020 à 22:46 :
Et oui, c'était beaucoup mieux avant !! La guerre froide était l'ultime belle époque !!
Réponse de le 01/06/2020 à 19:18 :
Réponse à Panoramix,
"La guerre foide était l'ultime belle époque!!"
Surout à l'ouest du mur de la honte, de l'autre coté c'était le Goulag, la guerre d'Afghanistan, Ceaucescu et Jaruzelsky, sans oublier le bonheur Est Allemand. Vous avez eu de la chance d'être du bon côté.
a écrit le 30/05/2020 à 11:59 :
argent gratuit pour spéculer ! merci la FED, BCE et consorts !
économie réelle ? mais de quoi me parlez-vous? moi je spécule monsieur ... et je me gave !
Réponse de le 30/05/2020 à 18:46 :
… on se demande donc pourquoi vous n'en faites pas autant. Manque de courage ou de compétence intellectuelle, peut-être les deux ?
La paranoia est logique elle aussi. Heureusement, elle affecte surtout le patient.
a écrit le 30/05/2020 à 11:42 :
La bourse est hypertrophiée, totalement déconnectée de la réalité économique, elle l'était avant le covid, pendant le covid et donc après le covid vu que la bourse est le phénomène économique le plus conservateur qu'il soit.

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