"L'entrepreneur est un sujet politique, pas un objet ! " Thibaut Bechetoille (CroissancePlus)

OPINON. A quoi servons-nous ? L'entreprise doit émanciper les Français, mais elle doit aussi favoriser l'enracinement. Elle doit créer des emplois mais elle doit aussi payer toujours plus de cotisations sociales. Elle doit redevenir industrielle mais elle ne doit pas polluer. Elle doit payer davantage d'impôts mais elle doit aussi augmenter ses investissements. Par Thibaut Bechetoille, Président de CroissancePlus

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(Crédits : DR)

Plus les échéances électorales se rapprochent, plus l'entrepreneur concentre les attentions des candidats et doit répondre aux injonctions contradictoires. Son action doit s'inscrire dans la morale du moment, dans un projet idéologique et politique qu'il doit servir à tout prix.

S'estimant déjà oints du suffrage universel qu'ils ne font pourtant que solliciter à ce stade, les candidats dispensent leurs prêches en bonne moralité et assignent à « l'intendance » le but réel de la mission, bien incapables que sont les entrepreneurs de comprendre où se trouve le bien commun à atteindre. A l'entrepreneur : l'appât du gain et l'expertise des basses manœuvres ; au politique : la responsabilité du sens et le sens des responsabilités. Et à la fin, l'entreprise paiera ! Pour cela, l'arsenal législatif classique est convoqué avec ses trois grands niveaux d'intensité. Inciter pour les plus libéraux, conditionner pour les plus progressistes et sanctionner pour les plus soupçonneux.

Mais nous, entrepreneurs, contestons cette réification politique dont nous sommes l'objet. Nous comprenons que le politique, fort de l'assentiment démocratique, donne l'orientation et cherche la justice, mais nous refusons de lui laisser le monopole du bien commun. Car s'il le détient aujourd'hui, qu'en a-t-il fait ? En matière macroéconomique, le résultat n'est pas flatteur. Déficit de la balance commerciale, déficit de la balance des paiements, position extérieure nette négative, chômage structurel élevé : tous les voyants économiques de long terme sont au rouge vif et entrainent le déséquilibre le plus fatal : le déficit public ininterrompu depuis 50 ans et son corollaire direct : une dette supérieure à 115% du PIB. Plus qu'un chiffre abstrait, cette dette abyssale est le symptôme de l'écart fou entre l'ambition démiurge et souvent inconséquente de la classe politique et la réalité de notre puissance économique. En d'autres termes : puisque nous n'avons pas les moyens d'assumer notre niveau de vie, nous avons fait les poches de nos enfants pour éviter d'assumer la réalité.

Nous pensons qu'il est désormais temps de sortir de ce paradigme et de faire preuve de plus de subsidiarité. Nous invitons les candidats à quitter la logique de contrôle et à faire enfin le pari de la Liberté.

En tant qu'entrepreneurs, nous affirmons notre engagement pour le service du bien commun et pour l'avenir et la prospérité de la France. Nous ne prétendons pas avoir la solution à tout, mais nous œuvrons concrètement chaque jour à la servir en créant de la richesse et des emplois. Plus encore, le monde de l'entreprise se transforme et se préoccupe de plus en plus de l'impact qu'il peut avoir sur son environnement, indépendamment de sa performance financière. Stade ultime de la responsabilité des entrepreneurs : certains cherchent à inventer les solutions qui révolutionneront les services publics de demain. Insérer les chômeurs, nettoyer les océans, améliorer les parcours de soin, protéger les communications : l'innovation entrepreneuriale est partout et dépasse bien souvent l'action publique et plus encore la parole performative des femmes et des hommes politiques.

Entendons-nous bien : nous croyons dans le rôle du pouvoir politique et reconnaissons son caractère essentiel à la bonne conduite des affaires du pays. En revanche, nous appelons ceux qui aspirent à en prendre la tête à cultiver la vertu d'humilité et à accepter que l'Elysée n'est pas l'Olympe. Pour retrouver notre prospérité et notre puissance, nous sommes tous volontaires et tous nécessaires. Ce ne sera qu'en construisant une société plus entrepreneuriale que nous parviendrons à changer la donne et à renouer avec notre destin français.

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