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Le fournisseur peut devenir un prêteur alternatif en période de crise

Jérémie Bertrand et Aurore Burietz (*)

Publié le 21 janvier 2021 à 10:09 - Mis à jour le 21 janvier 2021 à 10:10

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OPINION. En période de crise, l’accès au crédit-fournisseur est facilité par la relation de confiance bâtie avec l’entreprise, alors que les banques décident sur la base d’indicateurs quantitatifs. Par Jérémie Bertrand, IÉSEG School of Management et Aurore Burietz, IÉSEG School of Management (*)

La crise actuelle nous l'a montré : il est parfois compliqué d'obtenir un crédit bancaire quand le contexte économique est morose. En effet, cette crise a deux conséquences majeures pour les banques. Premièrement, ces banques doivent se réorganiser pour optimiser leurs coûts. Certaines ont décidé de fusionner, alors que d'autres ont fermé de nombreuses agences, réduisant ainsi les contacts avec les chargés d'affaires et favorisant les relations impersonnelles.

Deuxièmement, cette crise impacte également la qualité des emprunteurs potentiels, forçant les banques à faire plus attention quand elles prêtent. Ainsi, certaines ont dû revoir leur système d'octroi de crédit en se basant majoritairement sur de l'information quantitative facilement vérifiable, appelée information « hard », délaissant ainsi l'information qualitative, appelée information « soft ». Le résultat est une réduction du nombre de prêts faits aux entreprises excepté pour les entreprises capables de fournir une information quantitative solide.

Les PME premières victimes

Ainsi, au-delà des banques, la crise a fortement impacté les entreprises devant emprunter. Cependant, peut-on généraliser cette observation à l'ensemble des entreprises et conclure que toutes les entreprises ont été touchées de la même manière ? La réponse est non. Le critère discriminant est la production d'information soft, principalement utilisée par les PME. Ainsi, ces dernières semblent être les premières victimes.

En effet, non seulement ces PME n'ont plus accès à des chargés d'affaires pour traiter cette information, mais en plus les banques utilisent désormais principalement l'information hard, le tout augmentant ainsi le risque d'un rationnement de crédit, c'est-à-dire l'impossibilité d'obtenir un crédit. Ce phénomène est caractéristique des périodes de crise. Alors que peuvent faire ces PME pour contourner ce rationnement de crédit et obtenir le prêt dont elles ont besoin ?

Comme nous l'avons démontré récemment, le(s) fournisseur(s) deviennent alors une alternative aux institutions de crédit, offrant une solution de financement pour ces entreprises. Nos résultats montrent que les entreprises utilisant de l'information soft et se trouvant face à des banques transactionnelles, c'est-à-dire analysant majoritairement de l'information hard, peuvent se tourner vers leur fournisseur, substituant ainsi leur crédit bancaire par un crédit fournisseur.

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En effet, la relation qui s'établit entre un client et son fournisseur permet à ce dernier de collecter beaucoup d'informations, hard et soft, sur son client telles que sa capacité de remboursement, sa confiance envers l'avenir, sa capacité à faire face à des coups durs... Ainsi, et malgré la période de crise, le fournisseur reste capable d'analyser correctement l'information soft émise par l'entreprise et donc de lui fournir un crédit.

Il est intéressant de noter que nos résultats confirment que cette substitution n'est valable qu'en période de crise. En effet, le crédit fournisseur est par nature plus cher que le crédit bancaire. Ainsi lorsque l'entreprise n'est pas rationnée par sa banque, elle a tout intérêt à faire sa demande de crédit auprès d'elle pour obtenir son prêt au meilleur coût.

L'importance d'une bonne relation

Maintenant, est-il vrai que toutes les entreprises émettant de l'information principalement soft peuvent profiter de leur fournisseur en période de crise ? Nous montrons que malheureusement la réponse est non. En effet, pour pouvoir avoir accès au crédit fournisseur, il faut que celui-ci ait eu le temps d'accumuler de l'information soft sur l'entreprise, afin de pouvoir l'analyser. Ainsi, seules les grosses PME ou les PME âgées, ayant des relations de long terme avec leur fournisseur, pourront profiter de cette substitution.

Dans notre étude, nous mettons en avant le fait qu'un autre aspect joue un rôle important dans cette substitution : l'environnement économique dans lequel l'entreprise et le fournisseur évoluent. Une substitution réussie nécessite un environnement économique développé pour les deux parties, où la confiance est importante.

En effet, rallonger les délais clients par exemple peut avoir un impact important pour les fournisseurs également, car cela suppose que ces fournisseurs doivent être capables d'assumer financièrement ce délai, ce qui est plus facile lorsque l'environnement économique est bon.

Alors finalement, quelle est la conclusion de tout cela ? En période de crise, les entreprises émettant de l'information soft et ayant une bonne relation avec leurs fournisseurs ont tout intérêt à se tourner vers ces derniers dans le but d'augmenter leur probabilité d'obtenir un crédit.

Mais que peuvent faire les autres ? Une autre solution que nous mettons en avant est de multiplier les partenaires bancaires. Si cette solution peut entraîner des coûts plus importants que l'entretien d'une seule relation, elle permet également aux entreprises de minimiser leur probabilité d'être rationnées.

The Conversation ______

(*) Par Jérémie Bertrand, Professeur de finance, IÉSEG School of Management et Aurore Burietz, Professeur de Finance, LEM-CNRS 9221, IÉSEG School of Management.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

À lire également

  • Réseaux, impayés, paiements, fonds propres, consolidation : les cinq défis qui attendent les banques en 2021
  • Les banques européennes ont durci leurs conditions de crédits aux entreprises
  • Certaines banques feraient preuve de "frilosité" sur les reports de PGE

Cette contribution s'appuie sur le Working Paper « Firm-bank "Odd Couples" and trade credit : Evidence from Italian SMEs ».

Jérémie Bertrand et Aurore Burietz (*)

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