Le rêve américain -enfin- démontré ?

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Barack Obama avait annoncé vouloir combattre les inégalités. Elles n'ont pas baissé, aux Etats-Unis
Barack Obama avait annoncé vouloir combattre les inégalités. Elles n'ont pas baissé, aux Etats-Unis (Crédits : © POOL New / Reuters)
Des économistes américains cherchent toujours à démontrer la réalité du rêve américain, à savoir de larges possibilité d'ascension sociale. Peine perdue, leurs calculs sont totalement faussés. Par Maxime Parodi, économiste, OFCE

Dans un court article sorti récemment, Thomas Hirschl et Mark Rank (2015) nous livrent quelques chiffres très étonnants sur la société américaine - chiffres qui, pris au sérieux, amèneraient à nettement relativiser les inégalités de revenus aux Etats-Unis. En effet, leur étude laisse entendre que la société américaine est beaucoup plus fluide qu'on ne le croit. Les Américains vivraient certes dans une société très inégalitaire mais, au cours de leur vie, la plupart des Américains feraient l'expérience de la richesse. Il y aurait, en réalité, un fort turn-over entre les riches et les pauvres et ceci expliquerait pourquoi les Américains se montreraient aussi peu critiques à l'égard des inégalités.

Selon cette étude, au cours de leur vie active (de 25 à 60 ans), 69,8% des Américains auraient eu, au moins une année, des revenus suffisant au sein de leur ménage pour faire partie des 20% les plus riches. 53,1% des Américains auraient fait partie - au moins une année - des 10% les plus riches. Et, plus sélect encore, 11,1% des Américains seraient entrés pour au moins une année dans le club des fameux 1% les plus riches.

Un exercice de modélisation

Mais avant de croire à ces énormités, il faut examiner plus sérieusement l'étude de Hirschl et Rank. En effet, les chiffres qu'ils présentent ne sont pas une simple description de la société américaine, mais le résultat d'un exercice de modélisation. Derrière ces chiffres, il y a donc des hypothèses et des méthodes qui ont été mises en œuvre et qui méritent d'être discutées.

Dans la dernière Note de l'OFCE (n° 56 du 12 janvier 2015), je montre que les hypothèses utilisées sont irréalistes et que la méthode employée ne supporte pas la présence de données manquantes dans la biographie des enquêtés. L'un dans l'autre, les résultats apparaissent très fortement biaisés en faveur du rêve américain. Il est possible, toutefois, de corriger en partie ces biais. On obtient les résultats du tableau ci-dessous.

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En gros, les chiffres de Hirschl et Rank sont divisés par deux ! Ainsi, 31% des Américains auront au moins une année (entre leurs 25 et 60 ans) un revenu du ménage suffisant pour faire partie des 20% les plus riches. Et 5% des Américains auront une année un revenu du ménage suffisant pour faire partie des 1% les plus riches.

54% des Américains auraient été pauvres un jour?

Etant donné l'ampleur des corrections, il est clair que l'étude de Hirschl et Rank déforme la réalité en laissant croire que les destinées sociales aux Etats-Unis sont très chaotiques - comme si une société entière jouait à la roue de la fortune. D'autres articles de Hirschl et Rank complètent d'ailleurs ce tableau. En effet, ce n'est pas la première fois que les auteurs produisent des chiffres avec cette méthode. En 2001, ils l'avaient déjà appliqué à l'autre extrémité de la distribution des revenus. Ils ont ainsi évalué le pourcentage d'Américains qui ont connu dans leur vie un épisode de pauvreté (Hirschl et Rank, 2001).

Les chiffres qu'ils exhibent sont également énormes. Par exemple, 54% des Américains auraient vécu un épisode de pauvreté[1] avant leurs 40 ans. En 2005, ils ont appliqué à nouveau cette méthode aux bénéficiaires de coupons d'alimentation (food stamps) et estimé que 50% des Américains ont eu ou auront recours à des coupons d'alimentation au moins une fois dans leur vie (avant 65 ans). L'ordre de grandeur, à nouveau, n'est guère crédible. Une méthode moins coûteuse et plus directe permettrait certainement de s'en rendre compte : il suffirait de demander aux Américains s'ils ont bénéficié un jour de coupons d'alimentation. Même si certains Américains préfèreront peut-être cacher cet événement de leur vie, ce biais d'omission ne sera jamais aussi énorme que celui des analyses de survie précédentes. Soyons clair : leur méthode est une machine à produire des énormités.

 Plus d'informations sur le blog de l'OFCE

[1] Le seuil de pauvreté retenu est ici de 1,5 fois la valeur du panier de biens propres à satisfaire a minima les besoins de base.

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Commentaires
a écrit le 14/01/2016 à 9:42 :
Le rêve américain, ben voyons ! L'entrée aux grandes universités américaines par exemple, vous pensez que c'est comme en France avec un examen sur une copie ou le nom est caché ? Ben non, l'entrée se fait par cooptation, tout d'abord en priorité les enfants des professeurs, puis les enfants dont les parents ont des liens avec les grands chefs d'entreprises, puis ceux qui des relations politiques (c'est comme cela de Georges Busch junior est entre à Harvard malgré son poix chiche dans la tête ) et enfin l'américain moyen en dernier... Les 60 millions d'européens qui ont émigrés aux US n'a été qu'un prétexte a une main d'œuvre a bas coût. Et quel autre choix ont ces pauvres gens qu'à tout prix gagner encore plus dans un pays où l'appât du gain et écraser son voisin est le but suprême du Way of live...
a écrit le 13/01/2016 à 23:56 :
Le rêve américain me fait penser au rêve communiste des années 50. Entre le Wisky et la Vodka, moi je choisi un bon petit bordeaux ( à boire avec modération, bien entendu ) C est toute la différence entre mode de vie et art de vivre. Mais les imbéciles imbibés d ideologie ne peuvent pas comprendre cette différence
a écrit le 13/01/2016 à 20:18 :
Le rêve américain, à savoir de larges possibilité d'ascension sociale au dépend des autres, ne se fait plus que sur le territoire des USA, mais sur toute la planète!
a écrit le 13/01/2016 à 18:08 :
C'est là que l'on constate le "niveau" intellectuel des cowboys... Et dire que ces veaux domine la planète.
a écrit le 13/01/2016 à 16:36 :
Le rêve, américain ou autre, est le sentiment qu'on va s'en sortir. La grande différence entre l'Amérique du Nord (et d'autres pays positifs), c'est l'horizontlité. A savoir par exemple que le chef n'est pas tout puissant et qu'il est l'égal de ses concitoyens. Ecrivez par exemple à un élu nord-américain et vous aurez une réponse. En France, c'est la verticalité qui prévaut et les gens ont le sentiment que quoi qu'il fasse, ils ne s'en sortiront pas (défaitisme et fatalisme). Celui qui a le pouvoir en France se sent au dessus des autres et traitent les gens comme des sans dents (Hollande) et ne pouvant de toute façon rien faire (Juppé condamné pour vol d'argent public, mais malgré tout candidat à la présidence). Le rêve américain est donc le postivisme qui fait progresser la société versus le négativisme qui l'englue dans un système corruptif sans avenir puisque les forces vives du pays fuient :-)
Réponse de le 13/01/2016 à 17:50 :
le rêve américain :
30% de pauvreté (cf. IW Koeln, "Inequality perceptions and reality"), 33% de gamins pauvres (UNICEF), les revenus de 80% des ricains en recul sur les 10 dernières années, 26% de travailleurs sous-payés dixit OCDE (moins de 10% en France ou Scandinavie), des tas de gens qui quittent le marché du travail (étude sur la Labor Force Participation de la Fed de St Louis, juin 2015), poids de plus en plus lourd du coût de l'immo/de la santé/des études/de l'éducation et garde des enfants, 66% des ménages qui ne peuvent faire face à une dépense imprévue de $500 (CBS MoneyWatch de ces jours-ci), prêts étudiants qui pèsent encore à 65 ans (seniors qui doivent donc continuer à travailler), 50% des 55 ans qui n'ont pas d'épargne retraite et 30% qui n'ont aucune épargne quelle qu'elle soit (Government Accountability Office), espérance de vie médiocre pour un pays "très riche" (tueries, consommation de drogues qui grimpe...), hyperconsommation oppressante, des dettes massives, une classe politique pas meilleure que la nôtre...

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