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Le sous-emploi des immigrés, à qui la faute ?

Marc Guyot et Radu Vranceanu (*)

Publié le 11 octobre 2021 à 13:24 - Mis à jour le 11 octobre 2021 à 13:52

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

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OPINION. Avec la campagne présidentielle en cours, le thème de la relation entre travailleurs immigrés et difficultés de l'économie du pays est mise en avant par certains candidats. En réalité, c'est la structure même du marché du travail français qui est un frein à l'intégration des travailleurs non-qualifiés, qu'ils soient natifs ou immigrés. Plusieurs mesures pourraient contribuer à fluidifier les embauches. (*) Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC

La campagne électorale étant de facto lancée, de nombreux politiciens établissent un lien de cause à effet entre les difficultés économiques françaises et le flux migratoire contemporain qu'ils estiment incontrôlé et excessif. Que savons-nous concrètement ? Selon le dernier Rapport de l'Eurostat 2020 sur l'intégration des migrants, au 1er janvier 2019, il y avait 5,1% de migrants d'origine non-union européenne en France, ce qui est proche de la moyenne européenne de 4,9%. Dans la population des migrants, en France, le taux d'emploi des 20-64 ans est de 51,6%, comparé à un taux d'emploi de 72,8% dans la population des nationaux, ce qui pointe vers un dysfonctionnement réel. Certes, la question de l'immigration est complexe et donc nécessite une réponse complexe, qui dépasse largement le cadre sans prétention de cet article. Mais on ne peut pas discuter immigration sans discuter réforme du marché du travail, or, pour l'instant, cette discussion n'est pas engagée.

L'entreprise perçue comme un vecteur d'exploitation

En France, et autres pays d'Europe, il y a l'image d'Epinal de l'intégration idyllique et naïve qui se situerait dans l'appréciation des caractéristiques culinaires, sportives et culturelles du pays d'accueil comme le camembert et le vin rouge ou l'enthousiasme pour le Tour de France et pour « les Bleus ». Dans d'autre pays, comme les Etats-Unis, les communautés gardent leur identité, vivent dans des quartiers où ils retrouvent une masse critique de migrants de même origine, mais s'insèrent parfaitement dans le tissu économique, par leur travail. Dans ce pays, peu importe que le soir les immigrés d'origine russe, chinoise, ou arménienne se retrouvent entre eux, si le matin au travail tout le monde travaille de concert pour la réussite de l'entreprise. En France, l'entreprise est perçue le plus souvent comme un vecteur d'exploitation, un objet social qui profite des talents sans jamais les reconnaitre pleinement et qui doit être contrainte par une morale externe. Cette idéologie nous prive d'un creuset d'intégration efficace.

La difficulté d'intégration dans le monde du travail touche nettement moins les immigrés fortement diplômés - ingénieurs, médecins, chercheurs - que ceux dont le niveau d'éducation est relativement bas. Le rapport de l'Eurostat indique que parmi les immigrés hors union européenne enregistrés au 1er janvier en France, 43% avaient un faible niveau d'études (inférieur aux premières années de lycée) alors que seule 18% de la population native a ce faible niveau d'éducation. Ainsi, l'échec intégratif de l'économie française est une conséquence directe de la grande difficulté du marché du travail français à intégrer des travailleurs non-qualifiés, qu'ils soient natifs ou immigrés. En effet, si en 2019 le taux d'emploi des diplômés du supérieur était de 85,6%, il n'était plus que de 52,5% (données OCDE) pour les actifs n'ayant pas terminé le lycée.

Supprimer le salaire minimum unique

Il y a donc un débat préalable à celui sur l'immigration et qui doit porter sur l'organisation de notre marché du travail et ses effets pervers en termes d'exclusion sociale des non-diplômés, indépendamment de leur origine.

Un dirigeant politique qui déciderait de s'attaquer à l'exclusion sociale des travailleurs moins qualifiés « quoi qu'il en coûte » devrait avoir l'immense courage de supprimer le salaire minimum unique. En effet, le problème est dans l'unicité du niveau de salaire minimum quel que soit l'âge, le secteur ou la zone géographique. Si le salaire minimum se justifie face à un monopsone, il n'a pas de sens lorsque le marché du travail d'un secteur donné est concurrentiel. Il faut en finir avec la dictature morale marxiste concernant ce qui sort des coffres des entreprises. Ici ce qui compte c'est ce qui rentre dans les poches des salariés et, pour les très bas salaires, cela devrait être un mix entre le salaire versé par l'employeur et une contribution publique comme la prime à l'emploi, qui éviterait la trappe à pauvreté. Une telle mesure permettrait de créer immédiatement des emplois pour les personnes exclues par le niveau trop élevé du SMIC unique là où il y a des besoins en heures de travail mais une faible productivité du travail.

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Pour nombre d'emplois faiblement qualifiés qu'ils soient publics ou privés, un niveau disproportionné de diplômes et certifications est requis et joue finalement un rôle de barrière à l'entrée dans la profession.

Le système français CDI/CDD devrait être remplacé par un contrat simplifié comme en Autriche, où les droits en cas de rupture du contrat sont proportionnels à l'expérience, tout en évitant la discontinuité forte associée à deux types de contrats. Augmenter les chances de recrutement des demandeurs d'emplois implique que l'entreprise ne craigne pas d'être coincée en cas d'erreur de recrutement. Cette idée faisait partie des propositions d'Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'Économie de François Hollande, puis elle a disparu, sacrifiée sur l'autel du calcul électoral.

Supprimer l'immigration pourra bien sûr supprimer le problème de l'emploi des immigrés mais ne résoudra pas le problème du sous-emploi des travailleurs non-qualifiés en général. Augmenter l'employabilité des faiblement qualifiés est un impératif économique. Sans emplois non qualifiés, l'éventuelle réindustrialisation du pays sera encore plus difficile en attendant une très improbable robotisation générale. Certaines tâches ne pourront jamais être robotisées ou cela demanderait un prix exorbitant. Le travail non qualifié est complémentaire du travail qualifié et renforce la productivité de ce dernier.

Un Code du Travail qui atteint 3.000 pages

Les règles qui se sont empilées année après année, dans un Code du Travail qui atteint les 3.000 pages, étaient clairement orientées vers le renforcement de la protection de l'emploi des gens qui en ont un, et n'avaient pas pour objectif de favoriser l'accès à l'emploi de ceux qui n'en ont pas. Elles ont fini par éroder l'emploi des non-qualifiés. Outre l'exclusion sociale, la compétitivité des entreprises françaises s'est progressivement mais fatalement délitée au fil des décennies accentuant davantage le phénomène général de désindustrialisation. Établir un système d'immigration plus en ligne avec les besoins du marché du travail a bien sûr tout son sens mais le vrai enjeu est plus large et concerne l'exclusion sociale au sens large des travailleurs faiblement qualifiés et de toutes les personnes fragiles.

Marc Guyot et Radu Vranceanu (*)

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