Le travail est une valeur périmée !

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(Crédits : DR)
La robotisation pourrait donner à penser que l'homme va pouvoir se consacrer à des tâches nobles. Il n'en est rien. par Michel Santi, économiste*

L'Homme a bien-sûr toujours dû travailler pour assurer sa subsistance. Cependant, sous sa forme actuelle, le travail est un concept très récent dans l'histoire humaine. Jusqu'à la fin de la Renaissance ayant vu en 1602 l'avènement de la société par action, l'Homme avait en effet travaillé pour lui même. Artisans créateurs d'objets ou agriculteurs et éleveurs, les hommes échangeaient leurs marchandises contre d'autres biens ou services. C'est à l'avènement de l'ère industrielle que l'on doit l'apparition du travailleur peu qualifié et facilement remplaçable. Les percées techniques fulgurantes inaugurèrent donc un monde nouveau dominé par une production plus rapide, mais surtout moins chère.

Vers des tâches plus nobles et intellectuelles?


Aujourd'hui à l'ère digitale, l'histoire se répète car les objectifs poursuivis sont toujours identiques, à savoir tirer parti des toutes dernières technologies pour augmenter l'efficience et la productivité avec toujours moins de capital humain, dans le but d'optimiser le capital matériel. Nous faisons, par exemple, 25% moins appel aujourd'hui à la poste qu'il y a seulement quatre ans, optant de plus en plus pour les envois et pour les paiements électroniques. Si l'ordinateur remplace aisément l'Homme en 2015, il accomplit en outre bien plus rapidement et de manière autrement plus fiable les tâches ordinairement confiées à l'humain. Sans charges sociales ni assurance maladie... Depuis l'apparition de la machine, depuis l'avènement de l'ordinateur et - aujourd'hui - à la faveur de l'émergence du robot, l'Homme pense naïvement qu'il sera logiquement conduit à accomplir des tâches plus nobles et plus intellectuelles. En tout état de cause, qu'il assumera en définitive un travail consistant à contrôler et à réparer ces machines.

De moins en moins de capital humain

La réalité est pourtant fort différente car la sophistication de la technologie démontre sans équivoque que l'économie a besoin de moins en moins de capital humain pour gérer un parc robotique toujours plus important. Bref, les progrès - le progrès - tue le travail...précisément à l'heure où l'emploi est la préoccupation majeure de l'Occident. En effet, les économistes keynésiens (dont je fais partie) appellent de leurs vœux des politiques publiques de grands travaux afin de résorber le chômage. Les responsables politiques - qui fondent tous leurs espoirs de ré élection sur la baisse du chômage - font de l'emploi leur priorité absolue. Par ailleurs, les entreprises du secteur privé sont stigmatisées pour ne pas jouer le jeu et ne pas privilégier l'embauche. Mais en fait: à quoi sert la technologie, et pourquoi se réjouir des avancées fulgurantes si nous n'en profitons même pas ?

 Comment procurer du travail à chacun?

Nous avons en effet totalement oublié le but premier de ces percées technologiques qui fut de remplacer l'Homme par la machine. Aujourd'hui, nos sociétés occidentales sont devenues tellement productives, et nous croulons sous tant d'abondance que nous pourrions loger, nourrir, éduquer et soigner toute notre population avec le travail d'une petite quantité d'hommes et de femmes. Parallèlement, l'organisation de nos sociétés s'avère de nos jours caduque car la question cruciale qui nous tourmente n'est pas tant de savoir si nous disposons d'assez de biens et de produits. Elle consiste à savoir comment va-t-on bien pouvoir procurer du travail à chacun afin qu'il mérite une partie des immenses quantités des biens dont dispose la société. Selon cet ordre établi qui relève d'un autre temps, celui qui ne bénéficie pas d'un travail est condamné à toutes les privations, et à toutes les brimades.
Eh quoi: est-ce tout ce dont nos sociétés modernes sont capables à l'heure digitale et de la robotisation massive, alors que nous n'avons plus besoin comme au Moyen-Age de fabriquer des marchandises pour vivre ? Ne devient-il pas impératif de restructurer nos sociétés autour d'une autre valeur que l'emploi rendu progressivement - mais inéluctablement - obsolète par la fulgurance de la technologie ?

 Michel Santi est macro économiste et spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique".

Vient de publier "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 04/05/2015 à 19:44 :
Si le travail n'est pas une valeur, y aura-t-il une fureur publique électoralement parlant, comme un petit fuhreur nul lève pour main pour écraser une mythe?
a écrit le 04/05/2015 à 18:31 :
On disait déjà ça à l'apparition des métiers à tisser... et pas un mot sur l'investissement humain dans l'innovation ?
a écrit le 04/05/2015 à 17:57 :
Tout ça est proposé page 12 de la note n° 6 du conseil d'analyse économique du Premier ministre. C'est compréhensif même pour un élève des CM1 ou CM2.
Réponse de le 04/05/2015 à 20:03 :
ça prouve que notre premier ministre est très mal conseillé par des bureaucrates qui oublient que tout à un coût et un prix et que quel que soit le système de production il faut un critère admis par tous d'allocation de cette production aux consommateurs .. .
et même dans les pays communistes, l'egalitarisme n'a jamais été ni spontané ni réel
a écrit le 04/05/2015 à 17:49 :
Quelle valeur? Mais celle de l'énergie évidemment. C'est long et laborieux à faire comprendre aux "économistes". Il faut répartir les charges sociales sur le travail ET sur l'énergie.
a écrit le 04/05/2015 à 17:19 :
Proposez une autre photo, vous faites peur aux enfants. Hihiii
a écrit le 04/05/2015 à 15:31 :
Bonne question, mais comment reorganiser la societe ? Si vous offrez a tous un acces "gratuit" aux bien et service, comment voulez vous motiver les gens pour effecteur les travaux encore necessaires ? On trouvera encore des volontaires pour les travaux prestigieux mais pour ceux qui le sont pas ? qui ira curer les egouts ou vider les poubelles s il a le meme niveau de vie que celui qui reste chez lui ?
L autre probleme est l impact sur 95 % de la population mondiale qui deja reve d avoir notre niveau de vie et qui est prete a risquer sa vie pour venir ici. Si vous leur dites qu ils n ont meme pas a travailler pour l obtenir, ca va encore encourager les candidats...
Pour le revenu de base, car je suppose que c est a ca que vous pensez, une bonne critique est ici : http://vudesruines.blogspot.com/2013/11/lillusion-du-revenu-minimum-garanti.html
Réponse de le 04/05/2015 à 16:53 :
D'après toutes les études empiriques sur tous les continents sauf en Europe portant sur des millions de gens, les gens n'arrêtent pas de travailler à 2 ou 3% près (USA, Canada, Brésil, Namibie, Inde,...). Les travaux les plus pénibles seront mieux considérés, mieux payés, mieux automatisés. Bref, une catastrophe. Les critiques, c'est bien mais les preuves scientifiques, c'est mieux. Mais les gens ont des mentalités d'esclaves et préfèrent que la création monétaire soit orientée vers les banques. Cette religion du travail qui a remplacé la religion chrétienne (sans doute par le biais du protestantisme décrit par Weber) est fatigante et bien plus fanatique que le catholicisme.
Réponse de le 11/05/2015 à 7:38 :
La réponse principale est la baisse organisée à l'échelle internationale. de la durée du travail. Selon Bernard Maris, dans "Keynes l'économiste citoyen", ce dernier prévoyait 25h par semaine pour 2035.

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