Les évolutions attendues sur le secteur du transport de marchandises

OPINION. Après une fin d'année mouvementée pour le marché du transport de marchandises et avec un début 2022 sous tensions, à quoi transporteurs, chargeurs et donneurs d'ordre doivent-ils s'attendre pour les prochains mois ?  Entre explosion du e-commerce, hausse des prix, pénuries de véhicules et de main d'œuvre, discours et initiatives pour la transition écologique, transformation digitale du secteur et maintenant la guerre russo-ukrainienne, quelles seront les prochaines annonces ? Xavier Villetard, directeur associé du cabinet de conseil bp2r, livre ses prédictions sur le marché pour les prochains mois.

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(Crédits : Reuters)

Les pénuries perdurent. Sur les fronts routiers et maritimes, on peut encore s'attendre à des pénuries. Côté routier, ce sont les chauffeurs qui manquent, et les raisons sont structurelles. La pyramide des âges est défavorable ; le métier n'attire plus. On estime que 40.000 chauffeurs manquent en France, 10 fois plus à l'échelle européenne. Patronat et syndicats ne sont pas parvenus à un accord sur le front des salaires. Peu d'embellies sont à attendre à court terme.

Côté maritime, les conteneurs vont continuer à manquer ces prochains mois. Les ports saturés et, pour certains, au fonctionnement ralenti, vont encore contribuer à maintenir de longs délais d'approvisionnement. Le retour à la normal ne devrait pas intervenir avant le deuxième semestre 2022 au plus tôt.

Des prix toujours élevés

Ces pénuries ont des conséquences financières très concrètes. Concernant le maritime, les prix ont été multipliés par 7 depuis 2 ans et, même si on observe quelques légères baisses, on n'est pas près de retrouver les niveaux pré-covid. Sur le front du routier, les augmentations sont sans commune mesure, mais néanmoins importantes. On parle d'augmentations de 5%, causées principalement le renchérissement du carburant - un phénomène que la crise ukrainienne risque d'accentuer - mais aussi la forte hausse de la demande confrontée à une offre comprimée. Là encore, la situation sous capacitaire devrait aboutir à des augmentations supplémentaires en 2022.

Le virage vers l'omnicanalité va s'accélérer

Si le e-commerce connaît une croissance à 2 chiffres depuis de nombreuses années, le Covid et les confinements ont accéléré le mouvement et, surtout, ont ancré de nouvelles habitudes de consommation chez les consommateurs. La plupart des distributeurs physiques présents sur le e-commerce ont bricolé précipitamment une organisation transport B2C dans un contexte de forte pression concurrentielle. Ces organisations sont souvent incapables de répondre convenablement aux attentes d'omnicanalité, de plus en plus présentes, et les distributeurs vont sans doute avoir un peu de travail pour les mettre au goût du jour.

Vers un transport plus propre ?

La crise du Covid a permis aux préoccupations écologiques d'être mises en avant et mieux prises en compte au sein des entreprises. Celles-ci sont de plus en plus déterminées à prendre le virage de la décarbonation de leur fret. Mais, si c'est une chose de passer du greenwashing aux bonnes intentions, le pas est encore plus grand à franchir entre les intentions et l'action.

Trop d'entreprises veulent encore agir à moyens constants, mais on prend le pari que la prise de conscience de 2021 va davantage se traduire en fait en 2022. Attention toutefois aux conséquences du déficit capacitaire : le renchérissement des tarifs risque de calmer les velléités écologiques, tandis que les pénuries dans le maritime pourraient bien alimenter un report vers l'aérien pour certains produits, bien plus polluant. Côté fret routier, le manque de capacité pourrait également pousser les entreprises à se tourner vers des moyens dédiés via de la location, moyens généralement très peu optimisés en termes de remplissage ou de flux retours.

Digitalisation du transport : coup de frein pour l'IoT ?

2022 devrait être l'année de l'IoT pour le transport. Les contraintes d'interfaçage entre l'informatique embarquée des transporteurs et les différents outils dédiés à la gestion du transport côté donneur d'ordres freinent largement la digitalisation du transport chez ces derniers, en particulier sur les enjeux de tracking et d'ETA. L'un des grands avantages de l'IoT est qu'il permet aux chargeurs de prendre directement le sujet en main, en plaçant puces et capteurs directement au niveau de l'expédition. Malheureusement au-delà de la théorie, l'industrie est heurtée de plein fouet par la pénurie de semi-conducteurs, qui ne devrait pas se résorber avant 2023, et l'IoT se déploie bien plus lentement que prévu tout en subissant beaucoup de mutations...

Une situation illustrée par le récent placement sous redressement judiciaire du leader français Sigfox. Une épine dans le pied de la digitalisation du secteur du transport, plus que jamais nécessaire en ces temps incertains. Ainsi, si le secteur se modernise, il doit encore faire un pas vers la digitalisation pour pouvoir répondre aux besoins d'automatisation et de transparence des entreprises.

Et l'impact de la guerre en Ukraine ?

Bien audacieux celui qui prétendrait pouvoir prédire précisément les conséquences du conflit russo-ukrainien sur le transport de marchandises. On sait que l'offre risque d'être fortement touchée : entre les chauffeurs/marins ukrainiens qui retournent au pays, les fortes hausses de prix des carburants - gazole et gaz, les inquiétudes autour de la route de la soie ferroviaire... Mais, d'un autre côté, la demande subira probablement un impact non négligeable du fait de la probable contraction de l'économie. Beaucoup de choses dépendent également de la durée du conflit et, à ce stade, il est trop tôt pour en savoir plus.

Plus qu'une commodité d'usage, le transport de marchandises devient une ressource de valeur qui se raréfie. On observe cela notamment sur le transport maritime et routier, à travers l'inflation des prix due aux pénuries de conteneurs, de chauffeurs et de capacités, dans un contexte où la demande augmente puisqu'aux flux classiques se sont ajoutés les flux e-commerce. Et, si l'offre de transport est encore insuffisante sur le e-commerce B2C, ses acteurs sont conscients aujourd'hui que la livraison est au cœur de l'expérience client qu'ils ne peuvent de fait pas la négliger. Le transport de marchandises est également devenu un enjeu clé de décarbonation pour les entreprises mises sous pression pour réduire leur empreinte environnementale et atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Autrement dit, le transport de marchandises évolue pour prendre une place de plus en plus stratégique au sein des entreprises. 2021 a initié de nombreuses évolutions pour le secteur. Il ne tient qu'à tous les acteurs, chargeurs, transporteurs et donneurs d'ordre, de donner le ton aujourd'hui en collaborant ensemble pour concrétiser le rôle pilier du transport dans les stratégies commerciales.

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Commentaires 3
à écrit le 16/03/2022 à 18:54
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Dans cet article, on parle de transport routier, maritime, d'écologie, de transport plus propre, de décarbonation du fret. Mais ... jamais, ou presque (route de la soie), de transport ferroviaire ! A croire que ce mode, "décarboné" par nature,... n'e...

le 17/03/2022 à 10:24
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Disons qu'ils protègent une classe politique française qui a démantelé les 3/4 des voies ferrées françaises, comme si on n'avait pas internet.

à écrit le 16/03/2022 à 10:03
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Location du matériel, exigences d'avoir à la place des salariés des auto-entrepreneurs, les entreprises se dégagent toujours plus de leurs responsabilités ne cherchant plus qu'à être de vulgaires intermédiaires. On commence à bien voir leur stratégie...

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