Logistique : le Nord-Ouest, cette partie de la France qui échappe encore à Amazon

Le groupe de Jeff Bezos cherche à ouvrir un entrepôt triple XL dans le Nord Ouest de la France où il n’en dispose pas. Récemment éconduit près de Nantes, il convoite aussi un terrain sur une friche pétrolière de la banlieue de Rouen où sa possible arrivée suscite des empoignades entre "pro" et "Anti".

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Connue depuis l'hiver 2020, le projet d'Amazon clive dans la métropole rouennaise.
Connue depuis l'hiver 2020, le projet d'Amazon clive dans la métropole rouennaise. (Crédits : collectif Stop Amazon 76)

Il suffit de se pencher sur la carte de France des entrepôts géants d'Amazon - appelés centres de distribution en interne - pour s'en rendre compte. Occupé depuis quelques années à mailler la France, le géant américain de l'e-commerce n'a pas encore conquis le quart Nord Ouest du pays. Il y a créé des micro-hubs mais aucune de ces « usines à colis » qui constitue le cœur de son réacteur.

Ce n'est pourtant pas faute d'essayer. Amazon croyait avoir trouvé un terrain public à Montbert dans la communauté de communes de Grand Lieu au Sud de Nantes. Les élus lui ouvraient les bras. Las. Après plusieurs mois de négociations, les intéressés ont finalement jeté l'éponge, à regret, peu avant Noël. « Trop de risques juridiques et techniques ».

Des Pays de Loire à la Normandie

Dans sa conquête de l'Ouest, Amazon conserve toutefois au moins un fer au feu dans la banlieue rouennaise où il opère déjà une agence de livraison. Cette fois, son intérêt se porte sur une vaste emprise privée située à Petit-Couronne : une localité ouvrière où il convoite un emplacement dans l'enceinte d'une ancienne raffinerie propriété de la société Valgo. Situé en bord de Seine, l'endroit est  labellisé « site clés en mains » par le ministère de l'industrie.

Comme à son habitude, le groupe de Jeff Bezos s'abrite derrière un promoteur. Il ne confirme ni n'infirme son intention d'y exploiter un centre distribution, se bornant à faire répondre par son service de presse qu'il est « régulièrement amené à étudier des opportunités pour développer ses capacités logistiques ». Cela étant, le dossier qui a été soumis à l'enquête publique par un spécialiste de l'immobilier logistique (Gazeley) ne laisse guère de doutes sur l'identité du futur locataire.

Un projet clivant

Le projet consiste en un bâtiment à étages de 160.000 m2 par où transiteront quotidiennement 240 camions et 33.000 colis. A la clef, la promesse de la création de 1.200 emplois (1.800 en périodes de pointe).

Mais la perspective de l'arrivée d'Amazon clive dans cette agglomération tenue par une alliance PS/EELV. Elle menace même de fracturer la majorité de la Métropole dont les élus se sont prononcés contre à 82 voix sur 113 au grand dam du maire socialiste de Petit Couronne.

Affilié à la majorité métropolitaine, Joël Bigot a signé sans barguigner le permis de construire au nom « des 17% de taux de chômage » de sa commune, fragilisée par la fermeture de la raffinerie en 2013.  Et il s'y tient. « Je serai très en colère et rancunier si le projet d'Amazon venait à échouer » a t-il prévenu, il y a quelque jours dans un entretien au quotidien Paris Normandie. « Nous avons tant de personnes qui cherchent du travail » se désole en écho sur Twitter, son collègue Dominique Gambier, un autre cacique de la gauche locale.

Le tribunal administratif devra trancher

Pour l'heure, le dossier est entre les mains de la justice administrative saisie par le collectif Stop Amazon 76, agrégat d'associations dont Les Amis de la Terre, Alternatiba, et France Nature Environnement. Fort de 300 adhérents, il entend bien torpiller le permis de construire et l'autorisation délivrée par le préfet de Seine-Maritime.

« Nous comprenons que Petit-Couronne est une commune sinistrée mais l'argument de l'emploi est fallacieux. De plus, nous avons des doutes sur la dépollution du site », justifie l'une de ses porte-parole.

A première vue, les deux recours déposés par le collectif ont peu de chances d'aboutir. A défaut, ses membres envisagent  déjà des actions plus radicales. « Pour l'instant, nous avons usé de voies légales mais s'il le faut nous occuperons les lieux au nom de la désobéissance civile », prévient sa représentante. Sans doute le début d'une guerre d'usure dont il est difficile de dire qui sortira gagnant.

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Commentaire 1
à écrit le 03/02/2022 à 8:23
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Les pros sont toujours les mêmes à savoir ceux prêts à sacrifier les autres pour leurs seuls intérêts tandis que la façon dont les employés sont traités dans ces entrepôts est intolérable et l'impuissance crasse de nos politiciens à y remédier catast...

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