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Marchés financiers : "objectif nul"

Karl Eychenne

Publié le 04 avril 2022 à 11:43 - Mis à jour le 04 avril 2022 à 11:54

Wall street acheve sa meilleure semaine depuis novembre 2020

Photo d'illustration

BRENDAN MCDERMID

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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CHRONIQUE. Difficile de parler finance lorsque l’actualité est ailleurs. On relèvera seulement que l’année 2022 ne promet plus grand-chose à l’investisseur. Par Karl Eychenne, stratégiste et économiste.

Nul ne sait comment évoluera le conflit ukrainien dans les jours qui viennent, quel sera l'impact des sanctions économiques dans les mois qui suivront, et où finira l'inflation en fin d'année. Par contre, il existe quelques certitudes, 4 précisément.

Première certitude : le pouvoir d'achat du consommateur va souffrir, de plus en plus. Les tensions en cours sur les prix de certaines matières premières n'ont plus rien à avoir avec la pandémie, mais sont liées au conflit ukrainien et sont bien parties pour durer. +30% de hausse du prix du pétrole depuis le début de l'année, +40% pour le blé, et +50% pour le prix du gaz... Les efforts gouvernementaux pour limiter la casse sont toujours les bienvenus, mais tellement dérisoire face à au choc subi.

Deuxième certitude : les marges des entreprises vont aussi souffrir. La facture s'annonce salée avec d'une part la hausse du coût des « inputs » liée aux tensions des prix de l'énergie notamment, et de l'autre la hausse du coût du capital liée à la remontée des taux d'intérêt. Un seul secteur devrait tirer son épingle du jeu : l'énergie évidemment. Mais le reste des entreprises devra faire l'effort, et au besoin couper dans les embauches et l'investissement. Les analystes prévoient encore 10% de bénéfices en 2022. Ils rêvent.

Troisième certitude : la Banque Centrale européenne va durcir de plus en plus son message, anticipant une politique monétaire de plus en plus restrictive. Bon, il ne faut pas pousser non plus : on devrait plutôt parler de politique de moins en moins accommodante. En effet, rappelons quand même que les taux d'intérêt directeurs sont à 0%, et l'inflation à près de 7%. Avant que la politique monétaire ne devienne restrictive, il faudra passer un long moment à priori, et de nombreux comités de la Banque Centrale.

Quatrième certitude : les politiques budgétaires ne vont plus pouvoir financer les prochaines crises aussi facilement. Le quoi qu'il en coûte ne coûte toujours pas grand-chose malgré les tensions sur les taux d'intérêt. Mais il coûte un peu plus quand même, et il pourrait coûter bien davantage encore si les taux continuent de monter. Et il ne faut plus compter sur la Banque Centrale européenne (BCE) pour limiter la casse. En effet, la dette publique sera bientôt persona non grata dans le bilan de la BCE. Fini la création de monnaie pour financer la politique de l'État. L'inflation a rappelé à la BCE ses premiers devoirs.

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L'investisseur désenchanté

L'investisseur n'a pas besoin qu'on lui fasse un dessin. Il comprend très vite que ces 4 certitudes ne promettent rien de bon sur les marchés financiers. Le tout sous réserve évidemment que le conflit ukrainien ne dégénère pas, car alors les perspectives seraient bien plus sombres encore pour l'investisseur.

Commençons par le pire : les marchés obligataires. Depuis le début de l'année, ils perdent près de 5%. La remontée des taux d'intérêt rend les obligations initialement achetées à des taux plus faibles de moins en moins intéressantes pour celui qui les détient. En effet, quel intérêt de détenir une obligation qui rémunère 0% par an, alors que celle émise plus récemment propose du 1%. Autant vendre maintenant avant que les taux ne montent davantage encore. Car si les taux ont commencé à monter à cause de l'inflation et de la BCE, on ne voit pas pourquoi ils s'arrêteraient en si bon chemin.

Puis il y a les marchés d'actions. Ils perdent près de 10% depuis le début de l'année. Mais les investisseurs ne désespèrent pas d'un rebond pour solder éventuellement l'année à près de 0%. Possible, mais de moins en moins probable. Il faudrait pour cela que les marges des entreprises résistent à la hausse des coûts, et que les valorisations des marchés (PER) résistent aux tensions sur les taux d'intérêt. Cela fait peut-être beaucoup. Certes, l'investisseur pourra toujours avancer le plus vieil argument du monde de la finance : après la pluie le beau temps, et saisir l'opportunité de prix bas. Mais bon.

  • Et puis, il y a les actifs de diversification

Ceux qui sont censés faire mieux en termes de performances, ou moins en termes de risque, le tout afin d'améliorer le profil rendement - risque du portefeuille de l'investisseur. Hélas quand ça ne veut pas... Aujourd'hui, on serait bien en peine d'identifier une classe d'actif qui ait su tirer son épingle du jeu de la crise récente, et qui promette de faire aussi bien les jours prochains.

Certes, il y a le marché d'action américain qui fait bien mieux que le marché européen depuis le début de l'année. Mais on ne peut pas vraiment parler d'un actif alternatif qui s'émancipe du cycle économique mondial. D'une manière générale, tous les marchés d'actions se tiennent par la barbichette, au beta près, il s'agit d'une mesure de la sensibilité que chaque marché entretient avec tous les autres réunis.

  • Les actifs de crédit ou émergents ?

Pas vraiment mieux, pas vraiment diversifiant. Tous entretiennent d'ailleurs des liens assez forts entre eux, et même avec les marchés d'actions. Bref, cela fait joli dans un portefeuille, on voyage, mais de là à améliorer le rendement - risque du portefeuille. On repassera.

  • L'obligation indexée sur l'inflation ?

Mouais. L'assurance contre l'inflation est clairement une bonne idée. Mais avec des taux d'intérêt réels négatifs, c'est déjà beaucoup moins intéressant. C'est un peu comme si vous n'étiez assuré que pour la moitié de vos biens. Certes, c'est toujours mieux que rien.

Il y aurait bien les matières premières, seule classe d'actif à réellement performer depuis le début de la crise Covid jusqu'au conflit ukrainien. Mais la règlementation est plutôt rétive à ce genre d'actifs dans le portefeuille de l'épargnant.

Pour les plus courageux ou les imprudents, il y a alors les actifs vraiment alternatifs. Ces actifs qui vous proposent des performances passées plutôt sympathiques, mais inversement corrélées aux performances futures. J'exagère, mais pas trop quand même. Il s'avère après coup qu'on est plus proche de la tontine : primes de risques alternatives, hedge funds quantitatifs, et autres boites noires, dans le même panier.

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Enfin, on ne terminera pas sans parler des cryptomonnaies. Elles font toujours jaser. Sur le plan de la volatilité, on n'est pas déçu, il faut les reins solides. Sur le plan des performances, on est quand même un peu surpris. Depuis le début de la crise Covid, le Bitcoin par exemple est en hausse de près de 400%. Depuis le début de la crise ukrainienne +20%.

 À suivre.

Karl Eychenne

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