Nos territoires ont de l'avenir : n'attendons plus, en-ménageons des territoires désirables

 |   |  1018  mots
(Crédits : Emmanuel Foudrot)
TRIBUNE. Construire un monde plus vivable et plus désirable nécessite d'aider les maires bâtisseurs à réinvestir les territoires et de sortir d'une conception trop schématique. Il faut agir vite et bien. Par Valérie Fournier, présidente de la Fédération des entreprises sociales pour l’habitat (ESH), Benoit Quignon, directeur général de SNCF Immobilier et François Rieussec, président de l’Union nationale des aménageurs.

L'hiver et le printemps 2020 resteront dans l'esprit des Français comme une période exceptionnelle à l'image des grandes pandémies séculaires ponctuant l'histoire de l'humanité.

La pandémie a questionné nos modes de vie et nos façons de penser notre environnement. A chacun sa réponse : délocalisation géographique, télétravail, activité partielle, hyperactivisme connecté, huis clos familiaux, cocooning, engagement solidaire, circuits courts ... les réactions ont été multiples, inventives, parfois « contournantes », souvent expérimentales.

Construire un monde plus vivable et plus désirable

Si, les Français ont majoritairement jugé leur logement « bien adapté au confinement » c'est surtout en zone rurale et grâce à l'existence d'un espace extérieur[1]. Rien ne se fera donc plus comme avant. Ou plutôt, rien ne doit plus jamais se faire comme avant, si nous voulons construire un monde plus vivable et plus désirable. La pandémie a aussi profondément transformé les façons de faire, il a fallu faire face et faire front ! Et nous l'avons fait. Nous avons accepté l'incertitude, l'incontrôlable. Nous avons fait avec ce que nous avions et en acceptant de changer très vite les règles. Dès maintenant, nous devons repartir de ce que nous avons appris.

Habitat, cadre de vie, mobilités, approvisionnement, travail, enseignement, santé, convivialité ... que pouvons-nous proposer aujourd'hui pour demain et comment devons-nous le construire en faisant de cette crise une chance, d'une époque « pandémique » un brassage d'innovations et en objectivation d'attentes essentielles ?

Lire aussi : L'immobilité, un facteur de croissance territoriale sous-estimé

Aider les maires bâtisseurs à réinvestir les territoires

Entre autres enseignements, la crise sanitaire a montré une nouvelle fois la valeur des territoires dans un pays riche de sa diversité. Nous croyons en une échelle de décision et d'action qui valorise le local (les quartiers) au centre de la décision/action (via les élus locaux) au sein d'un écosystème (les territoires), étroitement connectée à l'hinterland (arrière-pays) et aux centres de décisions nationaux grâce aux lignes de TGV, mais aussi largement ouvert sur le monde.

Cela nécessite de flécher des projets et ne pas disperser la dynamique, remotiver la gouvernance locale, aider les maires bâtisseurs à réinvestir les territoires. Pourquoi pas en bonifiant, par exemple, les dotations des communes engagées sur des projets structurants pour l'avenir de leur territoire tel que le logement social. Pourquoi pas en incitant les Français à réinvestir encore plus sur les territoires.

Lire aussi : Déconfinement: les villes moyennes vont-elles (enfin) prendre leur revanche ?

Sortir d'une conception trop schématique

En matière de foncier, il nous faut sortir d'une conception trop schématique et d'injonctions contradictoires (zone tendue/détendue), de l'éclatement par dispersion. Retrouver de la densité mais avec des projets qui donnent du sens aux territoires (logements désirés, mobilités douces l'écologie). Plus que jamais, nos programmes doivent être multifonctionnels, hybrides et réversibles. Ils doivent intégrer le besoin d'équilibre à l'échelle d'un quartier, prendre en compte l'obligation d'équité des territoires et de frugalité, proposer une offre de logements variée, abordable pour tous et désirée. Et bien sûr, répondre aux impératifs de l'écologie, de la biodiversité et de la santé. Les Eco-quartiers délivrés depuis 10 ans pour promouvoir une ville durable et résiliente tentent de répondre à ces exigences. Mais pour qu'il y ait rapidement des projets, il faut que la planification et les PLU puissent les autoriser. Pourquoi un porteur de projet ne pourrait-il pas porter les études de secteur d'un PLU pour en accélérer l'étude de modification.

Le confinement nous a fait expérimenter à grande échelle et en accéléré, la nécessité d'être agile, à distance. Poussons cet avantage en assouplissant les règles administratives et en dématérialisant ce qui peut l'être. Signer un acte notarié avec comparution à distance, instruire un permis de façon dématérialisée, autoriser le permis déclaratif à son dépôt et le vérifier pendant le délai de recours, autoriser la réalisation de permis d'aménager par tranches et la délivrance des permis de construire dès l'obtention d'un permis d'aménager purgé de tous recours, autoriser des destinations transitoires et/ou hybrides... autant de pratiques et de pistes qui doivent devenir maintenant la norme pour professionnaliser les démarches et raccourcir les délais.

Agir vite et bien

Cette agilité - que nous appelons de nos vœux pour la sphère administrative - doit aussi d'ailleurs devenir le principe d'actions des acteurs de l'aménagement du territoire que nous sommes. Le confinement a accéléré l'expérimentation, montré que face à la nécessité on peut arriver à trouver des solutions qui inspirent les usages de demain. Les acteurs du logement et de la ville, les aménageurs disposent des outils, passons aux projets.

Accélérons sur notre lancée : transformer un parking souterrain vide en site d'agriculture urbaine et relocaliser une production de champignon (La Caverne, Paris 18ème), installer dans des bâtiments vacants un tiers-lieux, une salle de concert expérimental ou de l'hébergement d'urgence, retrouver un usage solidaire aux locaux inutilisés en pied d'immeuble... voici la preuve tangible que l'aménagement agile a déjà ses lettres de noblesse et qu'au-delà de l'expérimentation, il doit devenir une solution durable et frugale généralisée pour construire des territoires désirables.

Nous faisons face à une crise massive. Nous devons nous remonter les manches pour agir vite et bien. L'enjeu est autant d'atténuer les effets de la crise économique que de redonner confiance et de bâtir un modèle de vie, avec des besoins et les moyens de les satisfaire, dans un environnement contraint, à protéger. Le retour à l'aménagement du territoire doit fournir l'infrastructure de la mutation sociétale en cours, l'outil spatial des relations en recompositions, le cadre du dialogue entre la nature et le possible local.

[1] Etude BNP Paribas Real Estate, Mai 2020

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/06/2020 à 17:07 :
Des territoires désirables pour qui? Les conflits ont tendance a vouloir se déclarer pour cette raison!
a écrit le 15/06/2020 à 16:05 :
En effet on peut profondément désespérer que nous ayons des dirigeants politiques du 20ème siècle et même ceux tout en bas car les actifs n'en ont pas le temps tout simplement sans parler du dégoût de la politique nationale nous inspire de la politique en générale, pour s'attaquer à des problématiques du 21 ème siècle et de penser à améliorer la vie des actifs d'aujourd'hui.

Alors que nous avons tellement à proposer dans nos campagnes, alors qu'il y aurait tellement à faire pour faire revenir en masse les gens dans nos régions mais voilà les freins sont nombreux et même si seulement d'intérêts oligarchique vu que ce sont eux qui possèdent tout on ne peut absolument rien faire contre cette marché forcée vers la grande ville.

Les grandes villes permettent tout d'abord de mieux contrôler le maximum de population sur des zones géographiques très faibles, la police peut intervenir immédiatement, l'inflation législative s'y répandre comme une traînée de poudre et les juges sont sur place pour vous dire comme ô combien votre attitude est hautement condamnable car hautement contre la morale de nos lois.

Par ailleurs les grandes villes permettent de gagner bien plus de fric, comme me disait une ancienne amie gagnant pourtant bien sa vie, dès que l'on descend de son immeuble à Paris on sort son portefeuille ou sa carte bleue il y a toujours un truc à payer, parkings, protection, pipi et-c... alors qu'à la campagne tout ceci ne rapporte aucun fric aux actionnaires milliardaires.

Enfin il faut savoir que l'agro-industrie est peut-être l'organisation criminelle la plus puissante au monde et qu'elle a besoin des campagnes et de ce silence et espace géants qu'elle propose afin de manœuvrer pour ses multiples magouilles bien plus tranquillement, certainement une raison d'ailleurs pourquoi nous n'avons pas été alertés plus tôt de l'obscurantisme de cette activité.

Le bonheur passe par la nature du moins pour nombreux en tout cas laisser tranquilles ainsi ceux qui ne se voient pas vivre en dehors d'une ville il y a en beaucoup aussi l'essentiel étant que cela soit un choix et non une contrainte mais notre classe dirigeante n'a jamais envisagé du bonheur pour notre avenir d'ailleurs elle n'envisage même plus rien pour nous si ce n'est de travailler toujours plus pour être toujours moins payés tout en continuant d'acheter des produits inutiles et polluants.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :