Océans  : la menace brune

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(Crédits : Reuters)
Lorsqu'on parle de pollution des océans, on pointe souvent le plastique. Mais on oublie à tort le problème écologique que pose le défaut de collecte et de traitement des eaux usées résultant du non accès de quelque 4,5 milliards de personnes à des installations sanitaires satisfaisantes. Par Céline Robert, responsable adjointe de la division Eau et Assainissement à l'Agence française de développement (AFD).

La Journée mondiale des toilettes du 19 novembre nous rappelle que 4.5 milliards[1] de personnes dans le monde n'ont toujours pas accès à des installations d'assainissement satisfaisantes. Le défaut de collecte et de traitement des eaux usées est non seulement un problème sanitaire majeur mais aussi un problème écologique trop souvent négligé qui contribue, lui aussi, à la mort lente de nos océans.

Le plastique n'est pas le seul fléau

Jamais nous n'avions tant parlé des pollutions plastiques. À juste titre, puisque selon la revue Science, 13 millions de tonnes de plastique se retrouvent dans les océans chaque année[2]. Il faut cependant faire la lumière sur une autre source de pollution, tout aussi alarmante. A l'heure où 10 % de la population mondiale n'a pas d'autre choix que de déféquer en plein air et où 80% des eaux usées ne sont pas traitées, les maladies diarrhéiques continuent de tuer plus de 800.000 personnes chaque année[3], en raison d'une eau insalubre, du manque d'assainissement et d'hygiène. Cette problématique de santé publique cache également un défi environnemental aussi grave que la question des toilettes est taboue.

Le cycle de l'eau suit une loi immuable : après son utilisation par l'homme, l'eau est destinée à retourner dans le milieu naturel. Cette situation devient problématique lorsque les rejets sont tels que le milieu naturel ne peut plus digérer la charge polluante. Or, aujourd'hui, la croissance urbaine se concentre sur les bords de mer, notamment dans les pays en développement. 65 % des agglomérations de plus de 5 millions d'habitants sont situées sur un littoral[4]. C'est le cas de Mumbai, Lagos ou encore de Rio de Janeiro. Cette densité démographique en zone côtière pourrait d'ailleurs doubler d'ici 2060. Résultat : faute d'infrastructures et de traitements adaptés, certaines plages se transforment en toilettes et égouts à ciel ouvert, menaçant aussi bien la santé humaine que l'écosystème marin. Par exemple, les coraux pâtissent du manque d'oxygène et finissent par mourir, que ce soit sous l'effet de la hausse de la température des océans ou à cause des pollutions par les eaux usées d'origine domestique ou industrielle. Pour des régions comme les Caraïbes, où l'économie dépend fortement de la pêche ou du tourisme, les conséquences sont dramatiques.

Au-delà de l'accès aux toilettes...

72 % de la population africaine n'a pas accès à des toilettes à domicile[5]. Equiper les foyers est donc une absolue nécessité. Reste que la problématique de l'assainissement ne peut pas se réduire à ce seul maillon de la chaîne. C'est d'ailleurs le sens de l'un des objectifs de développement durable adopté par les Nations unies en 2015. Le développement de services d'assainissement durables pour tous, incluant le traitement des eaux usées en plus de l'accès aux latrines, est dorénavant une priorité pour la communauté internationale.

Au Sri Lanka, pays insulaire de l'Océan Indien, moins de 2 % de la population est connectée à un réseau de collecte des eaux usées. Au-delà de la construction des infrastructures, le défi consiste surtout à pérenniser la gestion des dispositifs. Car l'eau ne s'épure pas seule : les stations d'épuration coûtent cher - et leur exploitation au quotidien nécessite des compétences spécifiques. Dans la ville côtière de Negombo, à 40 kilomètres au nord de la capitale Colombo, 73.000 habitants bénéficieront bientôt d'un réseau de collecte et de traitement des eaux usées. Ce programme, soutenu par l'Agence française de développement (AFD), assure aussi une formation technique des opérateurs et accompagne les ministères locaux pour asseoir la politique d'assainissement sur un modèle économique viable dans le temps.

La grande bleue n'est pas épargnée

Plus près de chez nous, en Méditerranée, le déversement des réseaux d'eaux usées pose évidemment un problème pour la qualité des eaux de baignade, mais menace plus largement une biodiversité marine particulièrement riche.

Si des services d'assainissement existent dans les pays du Maghreb, leur performance et les niveaux de traitement ne sont pas toujours suffisants. Un programme de dépollution de la Méditerranée a récemment été déployé pour améliorer le service d'assainissement de 1,2 million de Tunisiens, notamment autour des villes de Sousse et Kelibia. Pour l'AFD et ses partenaires, il s'agit non seulement de construire ou rénover plusieurs stations d'épuration, mais également d'accompagner l'Office National de l'Assainissement de Tunisie dans un meilleur contrôle des rejets des eaux usées. Là encore, les infrastructures sont incontournables mais leur bonne gestion est la clé du succès.

A l'échelle mondiale, rappelons que 80% de la pollution des milieux marins vient de la terre. Aujourd'hui, 500 zones sans vie, privée d'oxygène, ont été identifiées dans les mers et océans du globe, soit l'équivalent de la superficie du Royaume Uni[6]. Certes, les eaux usées ne sont pas la seule cause de ce désastre. Mais pour sauver nos océans, les investissements en faveur de l'assainissement font assurément partie de la solution.

[1] Progress on drinking water, sanitation and hygiene: 2017 update and SDG baselines, JMP

[2] Jambeck, J. R.; Geyer, R.; Wilcox, C.; Siegler, T. R.; Perryman, M.; Andrady, A.; Narayan, R.; Law, K. L. (2015) « Plastic waste inputs from land into the ocean », Science 347, (6223), 768-771

[3] OMS, http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/drinking-water

[4] McGranahan et al 2007, dans Wong et al., 2014

The rising tide: assessing the risks of climate change and human settlements in low elevation coastal zones, First Published April 1, 2007

[5] Progress on drinking water, sanitation and hygiene: 2017 update and SDG baselines, JMP

[6] UNESCO, http://www.unesco.org/new/fr/natural-sciences/ioc-oceans/focus-areas/rio-20-ocean/blueprint-for-the-future-we-want/marine-pollution/facts-and-figures-on-marine-pollution/

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Commentaires
a écrit le 20/11/2018 à 10:49 :
Y a t il une relation entre l'usage du plastique et le (bas) prix de l'énergie? Il faut appliquer la note n°6 du CAE, c'est a dire répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. Energie plus chère, c'est moins de pollution.
Réponse de le 21/11/2018 à 21:18 :
1)Charges sociales sur le travail :
Oui d’accord mais en cas de problème ( maladie , accident, retraite) le processus ne suit pas ( c’est une arnaque)
L’idéal est la suppression des charges pour favoriser une couverture privée comme aux usa.

2)Taxes sur l’énergie ( =moins de pollution)
exemple concret : taxes sur les cigarettes ça n’empêchent pas à certain de se tuer en carbonisant leur poumon ( avant la pollution de l’air)
Taxer ou surtaxer l’énergie est une arnaque

Solution : rendre l’énergie propre ( processus naturel ; bois...)
a écrit le 19/11/2018 à 20:16 :
Les Américains ont la Salle de bains depuis Roosevelt, ce n’est pas si ancien

1)Si les bouteilles deviennent uniquement du verres : ça limite la pollution par le plastique
( interdire la production)

3)Ensuite proposer aux populations pauvres «  un wc mobile ( qu’on peut bouger et qui peut fonctionner à l’énergie solaire)» broyeur et recycleur ( il n’y a rien que l’homme ne peut pas inventer)

3)Et des aspirateurs géants de mers pour dépolluer les mers des plastiques avec des systèmes filtrants qui retiennent tous les micro- particules de plastique.

4)Ensuite créer des gendarmes de plage pour sanctionner la pollution des mers par plastique et autre avec un minimum de 150 euros pour «  base ».

Ce n’est pas parce que la mer augmente de volume qu’il faut faire n’importe quoi.

Interdire d’utiliser la mer comme un wc en proposant une «  autre solution moins coûteuse « que la dépollution des mers( c’est un moyen aussi de lutter contre les épidémies et la migration des bactéries des animaux vers les humains...)

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