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OPINION. Sommet IA : le sursaut gaullien face aux libertariens

Arno Pons

Publié le 17 février 2025 à 10:17 - Mis à jour le 17 février 2025 à 11:00

Arno Pons, Délégué général du think tank Digital New Deal.

Arno Pons, Délégué général du think tank Digital New Deal.

Arno Pons dr

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. La politisation de la tech par l'administration Trump-Vance-Musk, nous place collectivement au pied du mur. Avec le Sommet pour l'action sur l'IA, la France semble avoir pris la mesure de ces enjeux en mettant à jour son logiciel gaulliste de l'autonomie stratégique à l'ère de l'IA. Par Arno Pons, Délégué général du think tank Digital New Deal.

Face à la montée en puissance des big tech et l'emprise grandissante d'une vision libertarienne du numérique, l'urgence est palpable : nos démocraties n'avaient pas connu pareil vertige depuis près d'un siècle. La politisation du secteur numérique par l'administration Trump-Vance-Musk, nous place collectivement au pied du mur. Avec le Sommet pour l'action sur l'IA, la France semble avoir pris la mesure de ces enjeux en mettant à jour son logiciel gaulliste de l'autonomie stratégique à l'ère de l'IA.

L'IA de confiance, la nouvelle dissuasion française

Nous nous trouvons à nouveau confrontés à une rupture socio-technique qui interroge la politique au sens le plus large du terme. Il ne s'agit pas cette fois de l'atome, mais du code : au XXIᵉ siècle l'Intelligence Artificielle s'impose comme nouvelle ligne de partage entre les puissances, pivot des stratégies duales et nouvel étalon de la force, conformément à la prophétie lancée par Vladimir Poutine en 2017 : « Celui qui maîtrise l'IA dirige le monde ».

À la faveur de ce contexte, la France semble avoir renoué avec son goût de la planification stratégique. Les annonces du Sommet pour l'action sur l'IA pourraient bien marquer un véritable « moment De Gaulle » pour le président Macron, tant la conjonction inédite entre vision industrielle et ressources financières paraît taillée pour mener à bien cette troisième voie numérique.

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De Gaulle avait posé le principe qu'une alliance n'excluait pas l'autonomie : alliés dans l'OTAN mais souverains grâce à la dissuasion nucléaire, misant sur l'atome pour assurer à la fois son indépendance énergétique et militaire. Il en va de même pour les nouvelles technologies : il s'agit de cultiver notre singularité, d'affirmer notre indispensabilité stratégique au sein d'un jeu d'interdépendances global, à l'image de Taïwan et de son rôle incontournable dans la production de microprocesseurs.

La France semble avoir donc choisi la sienne, ce sera l'IA de confiance, c'est-à-dire une IA éthique, fiable, transparente, et ouverte. Une IA éthique c'est-à-dire respectant les droits fondamentaux ; une IA fiable prenant en compte des normes et standards comme garanties de sécurité (à l'image de l'aviation, où Airbus a construit sa réussite sur une approche exigeante de la sûreté) ; une IA transparente pour comprendre et corriger les erreurs (éviter l'effet boîte noire) ; et une IA ouverte pour réduire les barrières à l'entrée et faciliter la coopération (comme l'IA open source chinoise Deepseek).

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Plan Messmer de l'IA

Le Sommet pour l'action sur l'IA marque sans doute un tournant décisif. La France et l'Europe y affirment leur volonté de jouer un rôle clé dans la compétition mondiale, non en imitant les modèles américain ou chinois, mais en capitalisant sur leurs propres atouts : des talents de renommée mondiale, un écosystème technologique exceptionnel (Mistral AI, Kyutai,...), une culture réglementaire protectrice, une expertise industrielle dans les systèmes à risques (aviation, nucléaire,...), des infrastructures de données de confiance (Data Spaces), et désormais des investissements massifs, comparables au Plan Messmer qui avait engagé l'équivalent de 107 milliards d'euros dans le nucléaire civil.

Même ambition, mêmes moyens : espérons que l'IA française devienne la clé de voûte de la souveraineté technologique européenne du XXIᵉ siècle. Avec 109 milliards d'euros investis en France et 200 milliards d'euros au niveau européen, l'espoir d'une compétitivité mondiale est réel. À condition toutefois de faire le choix de la spécialisation et des paris industriels audacieux.

Dans ses rapports « IA de confiance » (2022) et « IA générative : s'unir ou subir » (2024), notre think-tank Digital New Deal propose justement des solutions adaptées à cette double exigence. En premier lieu, nous insistons sur l'importance de la régulation, qui procure un « soft-protectionnisme » face aux offensives américaines tout en assurant un cadre sécurisé et compétitif pour les entreprises européennes. C'est précisément grâce à l'extraterritorialité du droit que l'IA de confiance peut s'imposer comme valeur étalon mondiale.

Sans data de confiance, pas d'IA générative de confiance

En second lieu, nous proposons, à l'invitation de rapport Draghi, à faire des paris technologiques stratégiques. En l'occurrence celui des Agentic AI, ces agents autonomes capables d'exécuter des tâches complexes au sein des systèmes d'information des entreprises, rendant ainsi les données actionnables. Les Large Language Models (LLM) étant déjà des produits, l'Europe a plutôt intérêt à miser sur les Large/Small Action Models (LAM/SAM) qui dépendent non pas des données du web, mais des données des entreprises.

Enfin, nous insistons sur un atout majeur de l'Europe : la maîtrise des données de nos entreprises. C'est tout l'enjeu des Data Spaces, ces communs numériques voulus par le Data Governance Act (DGA) qui ouvrent la voie à des IA génératives dédiées à l'intérêt général ou aux intérêts collectifs d'une filière (exemple des acteurs du Voyage avec le projet Gen4Travel visant à exploiter les données mutualisées du Data Space EONA-X pour concevoir des agents conversationnels).

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À ce titre, l'annonce lors du Sommet du lancement de la fondation CurrentAI est une excellente nouvelle, à condition bien sûr que ces efforts et investissements soient coordonnés, car nous avons parfois un peu tendance à diluer notre stratégie en multipliant les initiatives qui s'empilent et parfois se neutralisent...

« Plug baby plug » mon Général

Le nucléaire, à la fois source d'inspiration et d'alimentation de ce plan Messmer de l'IA, permet à notre pays de renouer avec ses plus belles heures. La France n'a pas de pétrole, et elle a bien plus que des idées. Elle a de la data et de l'énergie décarbonée.

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Une position qu'Emmanuel Macron a résumé lors du Sommet pour l'action sur l'IA en une formule « plug baby plug ». Si nous sommes sans doute à mille lieues du verbe gaullien, peut-être le fond n'a-t-il jamais été aussi proche de l'héritage du Général.

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Arno Pons

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