Pour un débat énergétique dépassionné

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(Crédits : Reuters)
La récente vague de chaleur qui a frappé la France a suscité de nombreuses réflexions. Elle a tout d'abord illustré (bien qu'il ne faille pas confondre « météo » et « climat ») que le monde devait se préparer à l'aggravation et à la multiplication de phénomènes climatiques extrêmes. De fait, il s'agit d'assurer la possibilité pour nos enfants et petits-enfants d'habiter une planète que nous aurons laissé, littéralement, vivable. La démission de Nicolas Hulot, par sa dimension symbolique et par le choix des mots qu'il a utilisés pour la justifier, doit également remettre chacun devant ses responsabilités. Par Eric Besson, ancien ministre, président fondateur d'Eric Besson Consulting.

Comme l'a très justement rappelé le Président Macron devant le Congrès américain : « Il n'y a pas de planète B ! ». C'est pour répondre à ce défi majeur que les 196 pays signataires de l'Accord de Paris se sont engagés à limiter la hausse de température à 2°C d'ici à 2100. Pour cela, l'article 4 de l'Accord prévoit de viser la « neutralité carbone » dans les meilleurs délais.

Autrement dit, ce sont nos modes de production et de consommation de l'énergie qui doivent être entièrement transformés. Une « révolution dans nos façons de penser et décider » que le Président Sarkozy avait déjà appelée de ses vœux lors de son discours de clôture du Grenelle de l'Environnement en 2007.

Enième affrontement idéologique

Malheureusement, l'épisode caniculaire a aussi été l'occasion d'un énième affrontement idéologique au sujet du mix énergétique français, alors qu'EDF annonçait la fermeture de quatre tranches de centrales nucléaires en raison de la météo. Comme trop souvent, le débat s'est polarisé entre « pro » et « anti », sans soucis de cohérence ni d'efficacité.

Les « anti » éolien ont profité de la situation anticyclonique, avec des vents très faibles, pour ironiser sur le fait que les maxima produit ces derniers mois atteignent à peine le tiers de la puissance installée, avec des variations très fortes d'un jour à l'autre qui supposent que d'autres capacités soient nécessairement appelées en renfort. Des capacités fossiles, le plus souvent.

Les « pro » solaire, dans le même temps, ont mis en avant les avantages du photovoltaïque durant cette période, négligeant son caractère extrême et rare, ainsi que la variabilité inévitable de 100% entre le jour et la nuit.

Des arrêts de centrales qui avaient des causes écologiques

Les « anti » nucléaire, de leur côté, ont pris prétexte de la mise à l'arrêt de quelques tranches de centrales, pour prétendre que l'énergie nucléaire était en quelque sorte intermittente et inadaptée au changement climatique. Pourtant, ces arrêts avaient une cause écologique (ne pas réchauffer les cours d'eau) et non pas technique, et ont surtout représenté un pourcentage assez faible du parc, à une période de l'année où la production n'est pas en tension.

Ces « chicayas » ne sont pas à la hauteur des enjeux actuels. Car, en réalité, que nous enseignent les tendances qui structurent actuellement le paysage énergétique ?

Tout d'abord, il est évident que les énergies renouvelables (EnR) sont notre avenir. Parce qu'elles sont virtuellement illimitées, bien sûr, mais surtout en raison de leurs faibles émissions de Co2. Année après année, les EnR ont réussi à lever bon nombre des difficultés techniques et économiques qui semblaient devoir les restreindre : leurs coûts de production ont baissé à un rythme soutenu, et le stockage d'électricité continue de progresser à grands pas, en réponse à la problématique de leur intermittence. Des chercheurs de Stanford ont ainsi établi qu'au milieu de ce siècle, 139 pays pourraient tirer toute leur énergie du vent, du soleil et de l'eau.

Une consommation mondiale d'énergie qui va croître de 30% d'ici 2040

Mais, et c'est le deuxième enseignement incontournable, les EnR ne suffiront pas à satisfaire tous les besoins énergétiques du monde, quel que soit leur développement. Car dans le même temps, la consommation mondiale est appelée à croitre de 30% d'ici 2040. C'est l'équivalent de la consommation actuelle de la Chine et de celle de l'Inde cumulées ! Selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), le développement rapide des EnR permettra de répondre à 40% de cette hausse de la demande. C'est à la fois énorme... et trop peu : le monde a besoin de beaucoup d'énergie, de toutes les énergies !

La fin du charbon est loin d'avoir sonné

Ce contexte nous amène ainsi à admettre (quitte à le regretter) que nous allons continuer à consommer non seulement du pétrole (pour l'aviation, le transport maritime, la pétrochimie...), mais également du charbon. Abondant, peu onéreux et facile à transporter, celui-ci continue à représenter 40 % de la production électrique mondiale. Si la fin du charbon est donc loin d'avoir sonné, cela s'accompagne d'une exigence : assurer la transition vers des centrales au charbon propre, grâce au stockage de Co2 at à d'autres innovations.

Par ailleurs, tout indique que le gaz sera une énergie en croissance dans les années à venir, jusqu'à atteindre 25 % du mix mondial à l'horizon 2040. C'est d'ailleurs la seule énergie fossile à progresser, sous l'impulsion notamment des gaz de schiste américains qui rendent les centrales à gaz très compétitives.

Le dernier enseignement du paysage énergétique, c'est que le nucléaire dispose d'atouts qui en feront une énergie incontournable dans le nouveau mix mondial. Son facteur de charge (environ 75%) lui confère un rôle stabilisateur des réseaux : une stabilité d'autant plus nécessaire qu'il faudra intégrer des capacités intermittentes (EnR) de plus en plus nombreuses. La quantité produite, avec des centrales d'1,5 GW en moyenne, est également une force importante, face à une consommation grandissante. Enfin, le nucléaire est une énergie décarbonée, qui permet de respecter les engagements de baisse du Co² en attendant que les alternatives soient pleinement opérationnelles.

Bien entendu, le nucléaire pose des questions qui lui sont propres, et qu'on ne peut balayer d'un revers de la main : la sécurité des installations, la gestion des déchets, leur stockage... Mais, là aussi, les innovations vont dans le bon sens, sous l'impulsion d'ailleurs d'une filière française d'excellence (EDF, Orano...) particulièrement bien positionnée pour faire face à ces défis.

On le voit, opposer EnR et nucléaire est une approche particulièrement stérile, irréaliste, et contre-productive. Le nucléaire fournit les volumes et la stabilité nécessaire à la sécurité d'approvisionnement, et ouvre par là même un espace sécurisé pour le développement d'énergies intermittentes comme le solaire ou l'éolien. L'appétit pour les énergies, à l'échelle mondiale, n'est pas prêt d'être rassasié, et heureusement : l'électrification de pays en voie de développement, par exemple, est une étape décisive sur la voie du progrès et la lutte contre le Co2 ne saurait être un argument pour refuser à ces sociétés le droit de se développer.

Le mix énergétique "idéal" n'existe pas

Il n'existe pas de mix énergétique « idéal », ou « pur ». L'enjeu n'est pas d'uniformiser nos modes de productions d'énergies sur la base d'une source prétendument « optimale » à elle-seule. Aucun expert, aucune institution, ne préconise de scénario « tout ENR », « tout fossile » ou « tout nucléaire ». L'enjeu, au contraire est de continuer à concilier et mixer les sources d'énergies en respectant à la fois la sécurité d'approvisionnement, la baisse des émissions de Co2 et la compétitivité des entreprises.

C'est de bon sens, pas d'idéologie, que la politique énergétique mondiale a besoin.

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Commentaires
a écrit le 07/09/2018 à 7:52 :
Le débat écologique est stérile. Il faut ouvrir le débat avec l'aspect économique. Voir la note n°6 du CAE. Il faut répartir les charges sociales sur le travail ET sur l'énergie, et tout le monde serait d'accord pour notre bien être!
a écrit le 06/09/2018 à 17:22 :
Il est intéressant de noter qu'une partie de cet article est basé sur un postulat faux. L'auteur nous indique qu'il serait impossible d'avoir un mix 100% renouvelable. Ah bon ? Qu'en est-il du Portugal et de tous les pays nordiques ?
On note également que tout le soin nécessaire est pris pour oublier la troisième grande énergie renouvelable qui elle n'est pas "intermittent" : l'énergie hydraulique.
Le texte n'a que peu d'intérêt. Il est écrit par un pro-nucléaire comme notre pays en compte des dizaines mais qui a suffisamment de malice de mettre de l'eau dans son vin pour faire passer la pilule.
Réponse de le 06/09/2018 à 21:53 :
Le portugal produit 50% de son électricité à partir de fossiles (30% charbon 20% gaz naturel) et le reste à partir de renouvelables. Ce n'est pas parce que certains jours le renouvelable y permet d'assurer 100% (voire plus) de la consommation que les renouvelables n'y sont pas intermittents (et encore le Portugal bénéficie de conditions d'ensoleillement et de vent plus régulières que la France). Dans le total, le pompage turbinage (qui permet un certain stockage de l'électricité) ne représente que 2,5%. Le problème est toujours le même, du fait de l'intermittence des renouvelables il faut doubler chaque capacité de production de renouvelables d'autant de pilotables (principalement centrales thermiques). Autrement dit si on supprime 1GW de capacités de production nucléaire il faut quasiment créer 1GW de capacité renouvelable +1GW de capacité thermique. Sauf à optimiser le réseau par la smart grid (donc généraliser les compteurs communicants genre Linky) permettant des délestages sélectifs (ex : coupure temporaire des cumulus, des radiateurs électriques...) en cas de coup de mou sur la production de renouvelables.
Réponse de le 06/09/2018 à 22:02 :
1° le potentiel hydraulique de la France est presque totalement déjà équipé. Ce potentiel couvre 12,5% de la consommation électrique en France. Il est de 50% dans les pays scandinaves (qui ont déplus un littoral très long soumis au vent et une population plutôt faible
2° le Portugal a une façade océanique largement plus développée que la France (donc des vents réguliers et forts) et ce 100% n'a été atteint que pour mars 2018 et on ne parle pas de l'intermittence
Alors si vous voulez contester scientifiquement l'article, comportez vous en scientifique ; mais justement c'est ce qui manque aux écologistes. Ils prennent une statistique, sortie d'n contexte très précis et en font une généralisation et hop, le magicien vous salue !
Mais tout le monde sait très bien que la magie n'existe pas. Les enfants y croient, mais les observateurs avisés savent qu'il y a une supercherie !
C'est justement ce que dit Eric Besson et pour une fois, il a raison.
a écrit le 06/09/2018 à 16:43 :
"C est un peu tout le monde il est beau tout le monde il est gentil" ce texte. Les Enr (solaire et eolien) c est l avenir. Le nucleaire c est incontournable. Le charbon pas de pb si on capte le CO2. le gaz ? une Energie d avenir ! A part la bouse de vache, non citee ici, tout est bon ! Enfin peut etre que cette tribune va permettre a l auteur de retrouver sinon un ministere mais au moins une place de conseiller. De Rugy est du meme bois que monsieur Besson. Entre "pret a tout et bon a rien" il faut se serrer les coudes ! Il n y a pas de raison que seule Agnes Saal touche le jackpot !!
a écrit le 06/09/2018 à 16:11 :
Monsieur BESSON, on connait vore remarquable apyitude à modérer vos idées à tel point que vous passez d'une idéologie à l'autre sans aucun souci mais surtout pour vos seuls intérêts à vous.

Quelle crédibilité du coup ?

Au secours, c'est pas avec des personnages comme ça que l'on va sauver l'humanité !

"Éric Besson" https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Besson

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