Profit, moralité et RSE, des apparences à la réalité

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Marc Guyot et Radu Vranceanu sont tout deux professeurs d'économie à l'ESSEC
Marc Guyot et Radu Vranceanu sont tout deux professeurs d'économie à l'ESSEC (Crédits : DR)
Les entreprises ne devraient-elles pas veiller à leur impact sur la société? La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) amène à s'interroger sur la recherche permanente du profit. Mais celui-ci est non seulement un moteur mais aussi un indicateur de l'efficacité de l'entreprise, à l'égard de la société toute entière. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs d'économie à l'ESSEC

En 2014, le nombre de défaillances d'entreprise c'est élevé à 62 600 selon les chiffres que viennent de publier Deloitte et Altares. Bien qu'il constitue une petite amélioration par rapport à l'année précédente, avec une diminution de 0,8%, il reste très élevé et notamment en coût humain puisqu'il concerne 250 000 emplois et illustre bien la situation industrielle difficile que connaît la France. Ces chiffres et leur impact sur les salariés concernés renvoient à la question du rôle prioritaire de l'entreprise et à sa responsabilité à l'égard de la Société.

La recherche unique du profit, source d'abus

La conception courante de la Responsabilité Sociale de l'Entreprises (RSE) est bien illustrée par la définition qu'en donne la Commission Européenne « Une entreprise est considérée comme socialement responsable lorsqu'elle se donne, dans le cadre de ses activités quotidiennes, des objectifs sociaux et environnementaux plus ambitieux que ceux prévus par la loi ». Derrière ce concept massivement adopté par les entreprises, les ONG et les gouvernements, il y a l'idée que l'objectif unique de profitabilité maximale est la cause d'un certain nombre d'abus (non respect des normes anti-pollution, travail des enfants, rémunération excessive et imméritée de dirigeants, pressions sur les employés ... ). L'adoption et la poursuite d'objectifs « «sociétaux » par les entreprises, en complément voire en substitution de la quête du profit, serait donc censée mettre un terme aux abus.

Un survol rapide de l'actualité des multinationales montre que la plupart des grandes entreprises mènent des actions orientées vers des causes culturelles, sociales ou environnementales. Un grand nombre de multinationales a noué des partenariats avec des ONG qui les conseillent et relayent leurs actions. Quasiment toutes les grandes entreprises ont adopté des chartes éthiques, voire ont crée une division Responsabilité Sociale ; elles rendent compte dans leur bilan annuel de leurs actions en RSE à côté de leur performance financière standard.

Du "greenwashing"?

Les sommes prélevées sur le profit et dirigées vers des causes publiques peuvent bien évidemment faire de bonnes choses et contribuer au bien public. Cependant, la critique courante faite à l'encontre de ces actions est qu'elles constitueraient du « greenwashing ». Ces actions étant clairement bénéfiques pour l'image des entreprises, donc pour leur profit de moyen terme, elles deviennent donc des actions de communication et n'ont plus de caractère moral particulier. Un exemple frappant de cette ambivalence est le débat qui a eu lieu autour de Coca-Cola. D'une part, la firme a récemment été mise en cause par certaines ONG indiennes comme le Center for Science and Environment et The Energy and Resources Institute ainsi que par le gouvernement du Kerala, un Etat du sud de l'Inde, car ses usines d'embouteillage assècheraient les nappes phréatiques et pollueraient les sols. D'autre part, le World Environment Foundation la félicite pour la qualité de ses usines indiennes et le World Wide Fund for Nature salue son action en faveur de l'eau.

L'entreprise, le seul acteur créant de la richesse

Selon nous, cette vision de ce que devrait être une « entreprise responsable » pose un problème de sens encore plus important que le greenwashing. Cette focalisation implique indirectement qu'une entreprise qui ne s'investirait pas dans la RSE ne serait pas « morale ». En réalité, l'entreprise est le seul acteur qui, dans la Société, est capable de prendre des risques et d'innover afin de produire biens et services réclamés par la Société. Elle est donc le seul acteur qui crée de la richesse, du développement, des emplois, et qui est un facteur fondamental d'insertion et de vie commune, sachant que l'action de l'entreprise doit se déployer dans le cadre législatif et réglementaire imposé par les pouvoirs publics. Cette organisation économique est morale de par ses fruits dans la mesure où elle a permis d'élever le niveau de vie partout dans le monde et de sortir de la pauvreté des milliers d'êtres humains.

Négliger Le profit, en se focalisant sur des actions sociales?

Par rapport à cette finalité collective, le profit est le moteur individuel qui pousse l'entrepreneur à l'action et qui constitue sa rémunération en cas de réussite. Le profit pourra donc être très élevé ou bien négatif, en fonction de la pertinence des apports de l'entreprise aux besoins des consommateurs. Il est également le signal de la qualité organisationnelle de l'entreprise, qui réussit à offrir des biens et services en diminuant au maximum le gaspillage des ressources productives. Un profit positif est le garant de la pérennité de l'entreprise. Lorsqu'il devient durablement négatif, l'entreprise disparaît et avec elle, un savoir-faire, une histoire et des emplois.

En revanche, demander à l'entreprise de se focaliser sur des actions sociales en négligeant le profit passe sous silence l'enjeu clef de la pérennité de la firme. Les partisans de cette forme de RSE occultent complétement le fait que l'entreprise est « mortelle » en ce sens qu'aucune entreprise n'est à l'abri de la faillite. L'actualité vient de nous rappeler cette réalité avec les 62600 défaillances de 2014 ainsi que ses conséquences sociales. Cette fragilité des entreprises, couplée à leur rôle central dans le progrès social devrait, bien plus que la question de la RSE, être au cœur de la réflexion sur l'organisation et la réglementation des entreprises dans la Société.

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Commentaires
a écrit le 30/03/2015 à 16:31 :
Article qui relève d'une formulation binaire et des plus simplistes, qui pose des questions et n'y répond pas, tout en prétendant le contraire.
Le niveau de recrutement des enseignants a beaucoup baissé à Cergy depuis 30 ans?
Quant aux aspirations humaines et chrétiennes qui ont longtemps joué un rôle important dans la culture de l’École, ...
Pas de nostalgie, juste une interrogation légitime sur les dérives actuelles de la langue de bois et du tout compétition.
a écrit le 29/03/2015 à 17:29 :
Cet article est truffé de fautes.
a écrit le 27/03/2015 à 16:02 :
On ne le dit pas souvent, mais c'est une responsabilité du citoyen d'être actionnaire dans la possibilité de ses moyens, et ainsi d'imposer une autre priorité que la recherche du profit maximum...
a écrit le 27/03/2015 à 15:24 :
"le nombre de défaillances d'entreprise c'est élevé à 62 600"
"à l'égard de la Société"
"voire ont crée"
"dans la mesure où elle a permis"
"Négliger Le profit"
"complétement"
La qualité de l'orthographe reflète la qualité de la pensée.
Bonne journée chers Professeurs,

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