Quand Macron a en tête le modèle anglo-saxon

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(Crédits : STEPHANE MAHE)
Emmanuel Macron dit vouloir faire de la politique autrement, et se pose en défenseur des oubliés du système social. Il défend en fait, en creux, un programme très libéral, largement inspiré du modèle anglo-saxon

Désormais candidat -qui en doutait vraiment ?- Emmanuel Macron n'a pas encore dévoilé son programme. Tout juste a-t-il annoncé 8 propositions, dont la cohérence n'apparaît pas au immédiatement. Quel rapport entre la réforme de la carte scolaire et la fin des 35 heures pour les jeunes ? Et le droit au chômage pour les travailleurs indépendants et les autoentrepreneurs ? Leur indemnisation serait une rupture avec le système actuel. Emmanuel Macron s'en est expliqué dans une interview à l'Obs :

"Nous devrons donner des droits nouveaux et rentrer dans une logique beaucoup plus transparente, qui ne sera plus pensée en fonction de la durée et du montant des cotisations, mais qui protégera des aléas de la vie professionnelle ceux qui aujourd'hui ne sont pas couverts. En particulier ceux qui sont au régime de la microentreprise ou les indépendants."

En apparence, il s'agit là d'une mesure sociale. L'objectif est de donner des droits à ceux qui n'ont pas accès à certaines prestations. Une mesure « de gauche » donc. Emmanuel Macron ne met-il pas régulièrement en avant ses origines de ce côté du spectre politique ? Du reste, c'est fréquemment au nom d'une lutte contre les inégalités, d'une politique de gauche donc, que l'ex ministre de l'Économie entend agir.

Intervenant en janvier 2015 en ouverture d'un colloque à Bercy sur les inégalités, où s'exprimait Thomas Piketty, Emmanuel Macron avait constaté que face aux inégalités de patrimoine, « nous sommes en échec, c'est la cruauté des constats de long terme que Thomas Piketty a établi, il faut bien le constater ". Et de souligner que, comme les inégalités de revenus, elles étaient également des freins à la croissance et à l'innovation. La lutte contre les inégalités de patrimoine est "un sujet fondamentalement fiscal, un sujet de correction, un sujet de coordination européenne et mondiale à avoir", avait ajouté le ministre. Mais « les inégalités de destin » sont le produit d'un système « beaucoup plus généreux que d'autres économies », et qui, reposant sur « un modèle de redistribution, de protection sociale forte », a du même coup « construit ses propres rigidités ». On voyait déjà poindre, à travers la critique des inégalités, la remise en cause du système social. Or, via cette mesure proposée aujourd'hui d'extension de l'assurance chômage, apparemment généreuse pour les indépendants et les autoentrepreneurs, c'est bien cette logique de transformation radicale du système social qui est à l'œuvre. Pour résumer le point de vue macronien, sous jacent : "ça ne marche pas bien, donc il faut tout casser". Et pour mettre quoi à la place ?

Un financement des prestations chômage par l'impôt

S'agissant du système français d'assurance chômage, l'ancien ministre a esquissé dans une interview à Mediapart la solution qui aurait ses faveurs : il faudrait que tout le monde y ait droit, mais, au nom de cet universalisme, le financement devrait avoir lieu par l'impôt, comme pour l'assurance maladie, où l'évolution est allée loin en ce sens. Ce ne seraient plus les cotisations des employeurs et des salariés qui financeraient les prestations chômage, mais l'ensemble de la collectivité, via la fiscalité. Du reste, il préconise aussi dans son interview à L'Obs une nationalisation de l'Unedic (assurance chômage), ce qui est totalement cohérent avec sa proposition de financement par l'impôt.

En quoi ces changements sont ils si importants ? Ils remettraient en cause la logique d'assurance qui prévaut actuellement. On parle bien d'assurance chômage : les prestations reçues dépendent des cotisations versées, dans un fonctionnement purement assurantiel. A ce principe, il serait donc mis fin. Avec quelle conséquence ? Le financement par la collectivité impliquerait que l'indemnisation du chômage soit réduite. C'est bien ce qu'a en tête Emmanuel Macron, qui, à l'occasion du colloque sur les inégalités à Bercy fustigeait le « toujours plus d'argent public" et dénonçait "l'approche collective" qui prévaut depuis l'après-guerre en France et  "a été un frein". Il s'agit d'économiser. Et donc d'accorder aux chômeurs, quelle que soit leur ancien statut de salarié, une prestation minimaliste, un simple filet de sécurité. A la mode anglo-saxonne, donc, où l'indemnisation du chômage est inexistante ou très faible. De même que pour les retraites.

En Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, la pensions de retraite, par exemple, ne dépasse pas quelques centaines d'euros par mois, s'agissant du système public. L'objectif est simplement d'éviter de laisser tomber certain citoyens dans la plus extrême pauvreté. Pour obtenir une retraite plus élevée, il faut être employé d'une entreprise suffisamment généreuse qui offre un fonds de pension intéressant, ou cotiser soi même. Sous couvert de générosité sociale, Emmanuel Macron entend donc faire basculer vers la France vers un système beaucoup plus libéral et individualiste. Vous avez dit hypocrisie ?

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Commentaires
a écrit le 28/05/2017 à 20:40 :
Bébé Macron n'a encore rien fait attendons, ne lui attribuait pas des vertus qu'il n'a pas encore manifesté on pense qu'il va être du même calibre que celui à qui il a succédé alors prenons le temps de le jauger !
a écrit le 17/11/2016 à 15:58 :
Ivan @son... Best ! Oublie ta question de sortie et affirme ta conclusion ! Tu peux aller au delà et décrire sa version sociétale multiculturaliste et ultralibérale (au sens anglo-saxon du terme). Très bel éclairage !
a écrit le 17/11/2016 à 11:47 :
Que va faire une entreprise si elle peut faire travailler un jeune plus qu'un vieux? Elle va se séparer des plus vieux. Ce sera un transfert du chomage des jeunes vers le chomage des seniors. Surtout qu'un jeune est généralement moins bien payé qu'un ancien.
Tout cela n'est pas très cohérent. Surtout lorsqu'on veut reculer l'age de la retraite et qu'on sait que les usines d'aujourd'hui demandent moins de personnel pour produire plus.
a écrit le 17/11/2016 à 11:26 :
Macron est intéressant et il a des idées. Son approche est nouvelle et on aime bien savoir à qui on a à faire...
Très utile papier de Eric Verhaeghe ci-dessous:

http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2016/11/16/macron-soutenu-bfm-tv/
a écrit le 17/11/2016 à 8:17 :
Il faudrait remplacer l'assurance chômage par un crédit à taux zéro accessible à tous y compris à ceux qui démissionne
Plus de cotisation et pas d'impôt en plus.

=> il est stupide de mettre une assurance chômage car les chômeurs sont en partie acteurs de leur état : un malade ne choisi pas d être malade (sauf les faux arrêts maladies d'où des jours de carence), un chômeur peut choisir de le rester.
Il est impossible de le contrôler

Aujourd'hui les intermittents ont institutionnalisé le chômage. Ils s organisent pour être au chômage ce n est pas une assurance

De même nombreux sont les entrepreneurs qui profitent de 2 ans de chômage (y compris pour des boîtes pipo)
=> c'est très bien d'aider les entrepreneurs mais l'état doit alors récupérer des parts de leur entreprise. Aujourd'hui si l'entreprise marche l'état ne récupère rien (du moins rien de plus que pour les entreprises qu il n à pas aider)
a écrit le 16/11/2016 à 21:43 :
Macron ou le cheval de Troie de l'oligarchie financière (en majorité anglo-saxonne). Comme son parcours pré-politique et son programme le montre.
a écrit le 16/11/2016 à 21:21 :
Il y a un impot qui donnerait de bons résultats, c'est l'impot sur l'énergie. Pourquoi personne n'en parle? surtout s'il permettait de financer les charges sociales. Cela permettrait de réduire le chomage et de retrouver un peu de croissance tout en protégeant le climat. Cela serait trop beau!
a écrit le 16/11/2016 à 17:10 :
Le coût actuel de l'assurance chômage est d'environ 40 milliards d'euros, qui pourraient être compensés par 5 point d'augmentation de la TVA. C'est la solution macronnienne.

Qui va s'appauvrir? Les particuliers, essentiellement les plus pauvres qui sont plus impactés que les riches par un impôt non progressif.
Qui va s'enrichir? les entreprises et ceux qui les possèdent.

Les patrons embaucheront t'ils plus? Pas sûr, il y a déjà de nombreux cas de réduction ou d’exonération patronale sur l'assurance chômage pour des CDI alors qu'elles sont majorées pour les CDD.
Et pourtant, les patrons continuent à privilégier à 80% le recrutement en CDD.
De plus, s'il y a un traitement égalitaire (plus de cotisation) de tous les types de contrats, c'est une incitation au CDI qui disparait.

Autre inconnue. Est ce que les patrons vont reverser aux salariés ce qu'ils ne verseront plus en cotisation? (Et puis quoi encore?)
La réforme a pour but d'alléger les charges des entreprises, pas de redonner du pouvoir d'achat aux consomnateurs (qui de toute manière sera repris par la hausse de la TVA, donc une inflation des prix TTC).

Qu'on prenne la chose d'un bout ou de l'autre, c'est 40 milliards de prélèvement qui vont basculer de l'employeur/salarié vers le particulier (SDF, retraité, salarié, étudiant...).
Réponse de le 16/11/2016 à 18:56 :
"Autre inconnue. Est ce que les patrons vont reverser aux salariés ce qu'ils ne verseront plus en cotisation? (Et puis quoi encore?) "
Je trouverais assez normal que les partenaires sociaux apurent leur dette de quelques 30 milliards d'euros... (je ne sais pas ce que prévoit Macron) et, pour ce faire, continuent à cotiser !
Réponse de le 16/11/2016 à 19:04 :
et comment est financé le déficit actuellement SVP?
Vous n'avez pas plus que nous le mode de financement envisagé, donc rien ne vous dit que les entreprises ne seront pas mises à contribution, ce qui se serait logique. Donc votre post est un mensonge complet.

Halte au paritarisme qui engraisse les syndicats patronaux et syndicaux. UNEDIC =deficit, formation professionnel =un gouffre sans résultat etc etc etc

Que les syndicats s'occupent des branches et des salariés dans les entreprises, ce sera bien suffisant et bien plus attractif pour les salariés.
Réponse de le 17/11/2016 à 7:52 :
Le financement par la TVA est une bonne solution, mais elle n'est pas suffisante et il ne permet pas d'améliorer la compétitivité des entreprises. Il faut taxer l'énergie pour détaxer les produits hors énergie. Tout ça est expliqué dans la note n°6 du conseil 'analyse économique.
a écrit le 16/11/2016 à 16:48 :
"inspiré du modèle anglo-saxon

Celui qui amène au Brexit et Trump ?
a écrit le 16/11/2016 à 16:25 :
Très bonne mise au point. A diffuser auprès des naïfs un peu désespérés ! L'opération Macron, sous l'égide de l'Institut Montaigne, fait la une des médias : l'élève bien doué est un missile expédié par le monde des affaires, inquiet de la vague populiste qui parcourt l'Occident. Les masses craquent et il y a péril en la demeure.
a écrit le 16/11/2016 à 16:21 :
le titre de l'article est du terrorisme intellectuel pur jus. On pourrait s'attendre à autre chose sur la Tribune que des pratiques trotskistes. Enfin vive la liberté d 'expression et la pluralité des opinions.
Réponse de le 16/11/2016 à 20:07 :
Faute de commentaires argumentés, vous vous contentez de l'anathème "trotskyste", ce qui prouve votre ignorance de l'économie et du trotskysme. Contentez vous donc de lire le Figaro, vous aurez peut-être une chance de comprendre?
a écrit le 16/11/2016 à 15:37 :
honnetement, vous en etes encore a un niveau d'analyse qui est tellement loin des problemes face auxquels la France fait face. "Modele anglosaxon" vs. "modele francais"..... il n y a pas de modele bon sang ! que des solutions qui marchent ou ne marchent pas !!
Réponse de le 16/11/2016 à 21:46 :
C'est sûr que le modèle qui consite à désindustrialiser son pays et à ne proposer que des boulots bidons dans les services, cela ne marche pas, contrairement à ce que leur défenseurs (maéricano- et anglo- philes) l'affirment. Sauf bien sûr pour la minorité en haut de la pyramide qui s'engraisse et qui voit son pouvoir s'accroître.

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