Quelles utilisations du budget de l'État en 2023 ?
Gabriel Gaspard

Photo d'illustration
Reuters
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Le 26 septembre 2022, à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie, des Finances et de la souveraineté industrielle et numérique a ajouté :
« Si vous avez compris quelque chose au budget, c'est qu'on vous l'a mal expliqué ». Quelle est la part du budget de l'État consacrée au chômage, aux retraites, à la santé, etc. ?
Pour voter le budget 2023, il a fallu 82 jours et dix 49.3. Le budget de l'État correspond à l'ensemble de ses ressources et de ses dépenses. L'essentiel des ressources provient des impôts et des taxes payées par les citoyens et les entreprises. Il faut distinguer le budget/dépenses de l'État et « l'argent public » (prélèvements obligatoires). Ce dernier est composé de l'ensemble des impôts et cotisations prélevés au bénéfice des administrations publiques.
Pour les cotisations sociales, le rôle des partenaires sociaux est très important. Ils représentent les intérêts et les problèmes du monde du travail. C'est un rôle économique et de gouvernance.
Pour le chômage, « ils négocient les règles d'indemnisation, les taux de cotisation et les aides pour encourager le retour à l'emploi » dans le cadre de l'Unedic. Ils déterminent et approuvent pour la Sécurité sociale, sur proposition du directeur, les orientations et le budget de gestion, etc. Ils sont chargés, par délégation du service public, de la gestion des retraites, de certains organismes publics tels que les régimes complémentaires. Ils peuvent cogérer la Sécurité sociale sous le contrôle de l'État.
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En 1996, après une réforme de la constitution, la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) donne le pouvoir au gouvernement avec un droit de regard au parlement sur l'équilibre financier. C'est la reprise en main par l'État de la gouvernance de la sécurité sociale et de remise en cause du rôle des partenaires sociaux.
Depuis 2019, le gouvernement ne veut plus compenser les baisses de cotisations accordées aux entreprises au nom de la diminution du coût du travail. Les nouvelles diminutions de prélèvements obligatoires seront désormais « supportées par la sphère à laquelle le prélèvement est affecté ». En d'autres termes, si c'est une cotisation sociale qui baisse, ça sera à la Sécurité sociale d'assumer la perte de recettes. Avant, lorsque les gouvernements successifs accordaient des réductions de cotisations sociales aux employeurs ou à leurs salariés, l'État compensait le manque à gagner. Cette nouvelle approche met en cause l'équilibre des systèmes sociaux.
En cas de nouvelle crise économique, le système français de protection sociale aura moins de recettes pour couvrir ses dépenses. Ce fut le cas en 2020 avec les dépenses dues à la Covid-19. Compte tenu de la baisse des recettes, les dépenses exceptionnelles sont passées de 1,7 milliard d'euros en 2019 à 39,7 milliards d'euros en 2020. En 2021 la Sécurité sociale a emprunté directement un montant record d'environ 40 milliards d'euros.
Le niveau d'endettement brut de l'Assurance chômage passe de 38 milliards d'euros en 2018 à 69 milliards d'euros en 2021 et 59 milliards d'euros fin 2022.
Le gouvernement souhaite en premier mettre la main sur 60 milliards des réserves d'Agirc-Arrco en confiant la collecte des cotisations complémentaires et leur gestion à l'URSSAF pour compenser les pertes du régime de base. La mesure a été votée en 49.3 dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS) de 2023. Elle sera effective début 2024. En second, dans la nouvelle réforme des retraites, le gouvernement souhaite réformer les retraites pour réduire ses dépenses et baisser les impôts de production pour les entreprises.
Dans la même déclaration sur le projet de loi de finances 2023, le ministre des Finances complète :
Il est trop tôt pour évaluer les effets aujourd'hui sur le budget de l'État.
Dans un billet publié par Fipeco le 21 décembre 2022 à partir de la dernière étude de l'Insee pour 2021, nous pouvons lire :
Les dépenses d'enseignement scolaire et supérieur seraient de 201 euros ; les intérêts de la dette publique seraient de 94 euros ; les dépenses militaires seraient de 94 euros ; pour la solidarité, insertion et égalité des chances, il est prévu 53 euros ; 49 euros seront affectés à l'écologie, développement et mobilité durables. 41 euros seront affectés à la sécurité ; 37 euros au travail et emploi ; 32 euros à la cohésion des territoires : 20 euros à la justice ; 19 euros pour le plan de relance et investir pour la France de 2030 ; 11 euros pour les régimes sociaux de retraite; 7 euros pour la culture ; 6 euros pour la santé ; etc. (sources PLF-2023).
Toutes les réformes de la Sécurité sociale, de l'assurance chômage, des régimes de retraite ont étaient réalisées pour améliorer les comptes de l'État aux dépens des organismes sociaux, de réduire les droits futurs des assurés salariés ou retraités et effectuer des réformes structurelles.
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« Les réformes structurelles contribuent à stimuler l'emploi, encouragent les créations d'entreprises et améliorent la productivité... Les réformes sur le marché du travail, telles que la baisse des charges patronales et la révision des allocations chômage, peuvent faciliter l'entrée dans les rangs de la main-d'œuvre active et la recherche d'emploi... Outre qu'elles alimentent la croissance économique, les réformes réduisent le poids de la dette publique sur le long terme. La mise en œuvre de réformes sera donc salutaire pour les États à court d'argent... » Fonds Monétaire International le 13 mars 2017.
Gabriel Gaspard