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Renseignement de source ouverte (OSINT): l'excellence française peut-elle encore être renforcée?

Antoine Violet-Surcouf

Publié le 27 mars 2023 à 17:14 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 19:46

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OPINION. Longtemps l'apanage des seules communautés d'initiés, la pratique de l'OSINT (Open Source INTelligence) connaît une popularité nouvelle à la faveur de la guerre en Ukraine, qui voit des enquêteurs en ligne rivaliser d'ingéniosité pour obtenir, à partir de sources ouvertes, des renseignements stratégiques et tactiques souvent décisifs. La France, par la diversité des profils qu'elle recense et la structuration déjà ancienne de son écosystème s'inscrit en pointe dans cette discipline. Et peut...

Peu de monde avait entendu parler de l'OSINT (pour « Open Source INTelligence ») avant la guerre en Ukraine. Parfois traduite dans la langue de Molière par ROSO, pour « renseignement d'origine sources ouvertes », l'expression désigne le fait de rechercher des informations à partir de sources ouvertes, c'est-à-dire des sources accessibles publiquement, que ce soit de façon gratuite ou payante, et ce sur un support numérique ou tout autre format (papier, TV, radio...). Sans surprise, l'explosion des données numériques a fortement accéléré le développement de cette forme d'investigation, tout en la perfectionnant à un degré inégalé.

Un fourmillement de données à exploiter

Ainsi, la nouvelle génération d'Osinteurs peut s'appuyer sur un terreau d'informations potentiellement inépuisable. Les données numériques, de plus en plus denses grâce aux réseaux sociaux, aux appareils biométriques connectés, aux caméras de surveillance, aux objets connectés et autres bases de données, fournissent en effet une matière première considérable, qu'il est ensuite possible de trier, de vérifier, de consolider et de recouper. Et qui, surtout, permet de rebondir vers d'autres informations.

Les applications de l'OSINT sont nombreuses. Par exemple, l'OSINT permet d'enquêter sur des enjeux de criminalité tels que des affaires de fraudes, d'escroquerie ou de lutte contre les trafics illicites. D'autres praticiens utilisent, de leur côté, leurs compétences à des fins géopolitiques ou militaires, afin par exemple de localiser des mouvements de troupes, de recenser du matériel de combat ou encore de collecter les preuves de crimes de guerre. Autant de faits et d'événements dramatiques qui sont, malheureusement, le quotidien des Ukrainiens depuis le 24 février 2022.

La guerre en Ukraine, théâtre d'opération ad hoc

Ainsi, il est aisé de comprendre pourquoi le théâtre d'opération ukrainien s'est, pour les Osinteurs de tous les pays, imposé depuis douze mois comme un terrain de prédilection pour mener leurs enquêtes. Alors que l'offensive russe s'abat sur tous les fronts - y compris informationnel -, donnant corps au concept d'une « guerre hybride » se jouant des frontières, l'OSINT et ses communautés transnationales d'enquêteurs répondent, comme en miroir, à cette agression tous azimuts. Au cœur de cette « information warfare » à l'échelle globale, des réseaux, majoritairement issus de la société civile, se sont ainsi constitués en agrégeant spécialistes du renseignement, de la veille, de la cybersécurité ou du journalisme.

Avec, bien souvent, des résultats bluffants. Quelques semaines avant l'invasion russe, ce sont des vidéos publiées sur le réseau social TikTok qui ont, une fois géolocalisées et vérifiées, fait pour la première fois état des déplacements massifs des troupes et chars de Moscou vers la frontière ukrainienne. C'est aussi l'arrivée, sur l'application de rencontres Tinder, de militaires russes qui a permis à des Ukrainiennes de confirmer la présence d'importants contingents à leurs portes. C'est encore et toujours l'OSINT qui a permis de rendre compte du caractère mensonger de certains profils Twitter, comme ce faux volontaire canadien prétendument enrôlé auprès des forces ukrainiennes.

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Un succès qui soulève de nouvelles questions

Cependant, la popularité récente de l'OSINT auprès d'une part croissante de citoyens et d'internautes, couplée à la facilité d'accès à certains outils, ne doivent pas faire illusion. Aussi perfectionnés soient-ils, ces outils ne font pas tout. Ils ne dispensent pas les experts en OSINT de recourir à une méthodologie rigoureuse : recouper les informations collectées, hiérarchiser leur pertinence, rebondir afin de progresser par arborescence dans leur enquête, etc. C'est à la formation à cette méthodologie complexe qu'est par exemple destinée l'Ecole de Guerre Économique (EGE), formation historique des métiers de l'intelligence économique, qui voit passer chaque année 450 étudiants et professionnels sur ses bancs, dont certains s'illustrent dans le conflit ukrainien par leurs découvertes déterminantes.

A mesure que l'OSINT gagne en légitimité, la pratique soulève aussi son lot de nouveaux enjeux ; ainsi, par exemple, de la question de la légalité des informations collectées : une information publiquement accessible peut-elle être exploitée, et si oui dans quelles conditions ? Peut-on rendre publiques des analyses OSINT contenant des informations privées, et incriminer des organisations ou des personnalités ?Passionnants, ces débats seront justement au cœur de la seconde édition de la Journée OSINT, organisée le 5 avril prochain à Lille dans le cadre du Forum International de la Cybersécurité (FIC). Cet événement accordera en effet une large place aux enjeux de droit : un avocat reviendra ainsi sur les limites à s'imposer pour demeurer dans le cadre de la loi, tandis que des représentants du Parquet National Anti-Terroriste et du SBI ukrainien exposeront l'apport de l'OSINT dans les enquêtes sur les crimes internationaux.

Une excellence française à cultiver

A l'image de cette nouvelle Journée OSINT du FIC, les membres de l'écosystème français OSINT se réunissent régulièrement à l'initiative des clubs, associations et autres communautés d'intérêt qui le structurent. Plusieurs profils, souvent hybrides, cohabitent parmi ces experts : des journalistes qui, pour conduire leurs enquêtes, font parfois de l'OSINT à leur insu depuis des années; des experts qui cultivent une fibre plus technique et se rapprochent, en cela, de la cybersécurité ; d'autres, enfin, qui ont développé une approche d'analystes et sont, en général, issus des métiers de l'intelligence économique.

Cette richesse de profils et cette approche transverse font de la France l'un des meilleurs experts mondiaux en OSINT. Notre atout numéro un ? Notre écosystème, composé de groupes d'acteurs qui ont structuré de manière autonome leurs compétences, avant de partager leurs approches façonnées par leurs spécialités avec d'autres groupes. A ce titre, la formation et la mise à jour des compétences demeurent essentielles pour les praticiens OSINT, constamment confrontés à de nouvelles méthodes, techniques ou sources.

Comme en matière de cybersécurité, la formation en OSINT passe avant tout par le partage de connaissances entre pairs. Les communautés rassemblant ces praticiens - comme le Club AEGE OSINT, Open Facto, OSINT-fr, OSINT Tactical, OZINT ou encore Projet Fox -, développent chacune leur approche, journalistique ou technique, sur des enjeux corporate ou géopolitiques. Elles sont le pouls de l'OSINT en France, et il n'est plus rare que leurs membres présentent les dernières techniques à des institutions régaliennes (police, renseignement, etc.). La Réserve est également un excellent moyen d'encourager cette mixité de communautés.

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Enfin, cet écosystème est complété par les éditeurs de solutions, dont quelques pépites sont françaises. Doté d'un écosystème OSINT qui entre, aujourd'hui, dans une phase d'accélération et de consolidation, notre pays peut et doit donc affermir son excellence, en continuant de miser sur la diversité, la complémentarité et l'adaptabilité de ses communautés de passionnés.

Antoine Violet-Surcouf

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